Dans la salle du trône, tout l’état-major était réuni. Tous les commandants présents appartenaient à la fine fleur de sa marine, des elfes formés par Naweng pour la plupart, et d’autres, comme Jiune et Aedron, le suivaient depuis ses débuts. Seul Mentias, le capitaine de sa garde seigneuriale, n’était pas marin.
Ils étaient tous debout autour de la grande carte du monde, posée sur une table en chêne apportée par des esclaves un peu plutôt, et faisait leur rapport à leur seigneur. Les nouvelles n’était ni bonnes, ni mauvaises.
Pourtant Naweng paraissait soucieux, car ces derniers jours, sa bien-aimée était distante, bien plus que d’habitude, et elle refusait de se confier. Elle se rendait souvent dans sa tour et observait les landes gelées du sud des heures durant, sans avouer ce qu’elle voyait au-delà du brouillard du pôle. Et il en allait de même de ses acolytes.
Le dynaste pressentait lui aussi quelque chose, comme si une épée de Damoclés était pendue au-dessus de sa tête, tenue par un fil aussi fin que tendu. Il tenta tant bien que mal à montrer un visage neutre à ses capitaines et se décida de se soucier à ce qu’il pouvait voir. Pour l’instant…
Il glissa son index gauche sur la carte et désigna un point : Le détroit connu sous le nom de Deash Oriyah, la porte du sud.
- Naiath, tu affirmes avoir coulé un navire de reconnaissance asur au large des côtes Nord-Est de Khuresh.
- En effet seigneur. Répondit un elfe aux cheveux blonds nattés.
- Et toi, Aedron, tu as abordé des navires corsaires au large de Nippon, des navires qui descendaient du nord. Qu’en conclues-tu ? demanda Naweng, son regard rivé sur celui de son plus ancien lieutenant.
- J’imagine que comme toujours, les druchiis sont attirés par la soie et l’or des royaumes orientaux, répondit ce dernier.
Naweng secoua la tête. Il prit une plume et la trempa dans l’encre que lui apporta aussitôt une esclave, puis il traça un cercle prenant comme départ le lieu de l’escarmouche entre Naiath et les asurs, ce cercle englobant les îles perdues d’Elithis. Ensuite il traçât un trait entre ce qui était l’itinéraire du navire haut-elfe et les positions des frégates corsaires ennemies, et enfin il inscrivit un grand point d’interrogation au large des côtes ouest de Naggaroth.
- Alors ? interrogea le dynaste en relevant la tête.
- Vous pensez qu’Elithis est en passe de se faire envahir par Naggaroth ! s’exclama Lorkan, le plus jeunes des capitaines.
Autour de lui, les généraux acquiescèrent. Naweng lui sourit.
- Les druchiis de Naggaroth vont s’en prendre à Elithis, et nous, nous attendrons qu’ils soient trop ivres de leur victoire pour les prendre à revers, alors qu’ils repartiront vers le nord certains d’êtres en sécurité.
Les commandants de flotte restèrent interdit. Aucun n’avait imaginé s’en prendre ainsi à leur frères. Après tout, les colonies haut-elfes d’Elithis étaient une épine dans le pied de Ruakynth, et leur disparition de la main des druchiis serait une aubaine pour les corsaires rebelles, qui n’auraient plus à se soucier de patrouilles asurs venant de l’est.
Jiune prit alors la parole. Ses conseils en matière de politique étaient toujours des plus utile au seigneur corsaire.
- Mais Seigneur, se faisant vous attireriez l’attention du Roi-sorcier sur notre Hag, notre nouveau pays dont le sort a été semble-t-il été mit de côté.
- Peut-être que tu as raison, Jiune, mais vois aussi mon point de vue : si la nouvelle de la chute d’Elithis arrive aux oreilles de Naggaroth, alors les Asurs qui étaient malgré eux notre bouclier auront disparu, et les îles perdues pourraient devenir un nouveau bastion druchii qui aurait tôt fait de nous détruire. Et cela, je le refuse.
- Peut-être devrions-nous interroger les prisonniers à ce propos, seigneur Naweng. Intervînt Naiath.
- Je suis d’accord, continua Jiune, mais si comme vous dites seigneur, Elithis est notre bouclier, alors mieux vaudrait que ses colonies survivent.
Les voix des seigneurs corsaires s’élevèrent aux derniers propos de la cousine de Naweng. Certains hurlaient à la trahison, d’autres lui crachèrent au visage et levèrent le poing. « Jamais nous ne sauverons des Asurs ! » « Qu’ils meurent tous ! » et « Au diable les ulhuans, que les druchiis les prennent s’ils les veulent ! » furent les phrases les plus répétées, jusqu’à ce que Naweng Klae frappe la table du poing, si fort qu’elle se brisa en son centre.
« Assez ! » cria-t-il, et les généraux obéirent, même si leurs yeux en disaient long sur ce qu’ils pensaient. Le dynaste les sonda tous du regard, puis il reprit la parole.
- Peut-être Jiune a-t-elle raison dans son raisonnement…
Grognements.
- Mais je sais aussi que comme nous tous… elle les hait au plus au point ! Comme nous, elle voudra les voir morts, gisant dans leur propre sang, alors que leurs maisons brûleront et que leurs femmes gémiront dans nos cales !
Les elfes présents virent la lueur mauvaise dans les yeux de leur seigneur, et s’abstinrent de tout commentaire. Naweng avait toujours été quelqu’un d’impulsif, prompt à déclarer la guerre, ou défier un adversaire pour régler les conflits. Il n’était pas un politicien, ni un diplomate, mais un guerrier rusé et impitoyable, et personne ne souhaitait le contredire.
- Voici ce que je pense, continua Naweng sur un ton plus calme. Leurs patrouilles ont, depuis toujours, indirectement empêché notre découverte par les druchiis. Eux même ne savent pas exactement ou nous nous trouvons, grâce aux pouvoirs d’Arune et de ses sorcières. Nous savons aussi que les grandes îles d’Elithis sont devenues l’objectif de nos anciens frères, et les asurs présents ne peuvent pas résister à toute une armada druchii. Quand ces derniers frapperont – s’ils le font – nous observerons les évènements et j’aviserais. Mais ce qui est sûr, ce qu’aucun des deux camps ne doit sortir vainqueur.
- Quels sont vos ordres, seigneur ? demanda Jiune, qui était son bras droit.
- Pour l’instant, que nos corsaires se reposent. Disons un mois. Cela nous laissera le temps d’interroger les prisonniers, qui semblent être nombreux, n’est-ce pas Aedron ?
Le commandant corsaire cligna des yeux, il semblait avoir été absent durant presque toute la réunion.
- Euh…Oui, certes.
- Bien, Mentias ?
- A vos ordres !
Le capitaine de la garde s’était raidit.
- Ce sera ta responsabilité : que les prisonniers, de tout bord q’ils soient, crachent tout ce qu’ils savent sur Elithis. Les asurs devaient être entrain de surveiller les mouvements druchiis, et ces derniers reconnaissaient le terrain, tu devrais avoir des réponses rapidement.
- Ce sera fait, seigneur !
Naweng continua de donner ses directives, et l’un après l’autre, les généraux quittèrent la salle du trône avec leurs ordres. Aucun ne contesta, ni même Aedron, lorsque sa flotte fut investie de la mission ingrate de surveiller les voies de l’ouest, dont le principal accès aux mers de Khuresh, Nippon et Cathay était le détroit connu sous le nom de Deash Oriyah par les Ruakynths.
En réalité, Le seigneur Lefnar ne moufta pas car il avait d’autres soucis qui prenaient tout son attention…