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 [Recit] Echouer sur un os

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SunHunter
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MessageSujet: [Recit] Echouer sur un os   Dim 9 Mai 2010 - 17:04

Bonjour à tous !

Après presque trois semaines de boulot intensif, me voilà de nouveau opérationnel, prêt à apporter ma contribution à UvsN !

En attendant les nouvelles règles du RP (d'ici la fin de semaines prochaine), voici une petite nouvelle écrite dans le cadre de mes études pour réveiller en douceur la section récits. Elle ne se déroule pas dans le monde de Warhammer, mais bien dans le monde réel. Oui oui, l'autre monde.

Certains éléments du récit, notamment la toute fin, nécessitent des connaissances sur certains points historiques. Je mets après le récit quelques liens qui devraient vous éclairer si vous ne voyez pas au cours du récit de quoi il s'agit.
Le thème d'écriture était : "Double".

Bonne lecture !

===============================================



Échouer ...
... sur un os






Je me nomme Anatole Touleblanc. Je suis gradé des soldats du rang dans le second détachement d'infanterie de La Rochelle. Je suis le benjamin de la famille, issue de l'une des nombreuses maisons marchandes qui tirent profit du fleuve et de la circulation des marchandises à hauteur de Nantes. Mais j'ai fui cette condition avantageuse que d'aucun m'enviaient dès que le le pus. Ah ! Qu'aimerai-je renouveler l'exploit !
J'avais besoin d'aventure, voilà tout.
Je fis mes armes et rejoignis le régiment en échange d'un repas et d'un toit. Cela fait vingt-trois ans désormais. Non, vingt-quatre en réalité. Attendez...

...

J'ai bien vite compris les règles du jeu à la caserne. Parmi les gars, j'étais de loin le plus futé. Je ne parle pas d'éducation – quoi qu'aucun n'en ait vraiment reçu, mais de filouterie comme ils disaient. D'intelligence en fait. Les gradés d'en haut n'aiment pas les gars qui filoutent. Ils aiment ceux qui obéissent et, parfois, plus rarement, ceux qui réfléchissent.
Je faisais partie les deux. J'ai été promu. A deux reprises. Que me voilà caporal-chef !
Du moins, c'est ce que j'avais à raconter en arrivant ici.

Un bruit de métal sur un sol de pierre. Les restes d'une paillasse spongieuse feutrent les derniers cliquetis de deux lourdes chaînes qui raclent chaque aspérité du sol. Une forme ramène ses genoux irrités sous son menton, referme ses bras autour. Il tente d'emprisonner un peu de chaleur. Ses fers sont glacés, comme au sortir de toutes les nuits. Ils sont humides, aussi. L'eau s'infiltre partout depuis plusieurs jours, courant à la jointure des pierres au sol jusqu'à dans chaque cellule. Dehors, la tempête fait rage.

Je me nommais Anatole Touleblanc.
Mais, désormais, je me nomme plus. Ou plutôt on ne me nomme plus. Je n'ai plus de nom. Pas besoin. Je sais qui je suis, et eux n'en ont cure. De mon nom je veux dire. Le numéro leur suffit bien. Dieu qu'ils en profitent. Nous ne sommes rien ici. Que des bêtes. Ceux qui restent dans le rang ne sont pas dérangés : les promenades deux fois par jour, l'accès au tabac pour peu qu'on ait encore quelques ronds à dépenser. Le droit de garder la barbe.
Pour les autres, ceux qui comme moi tentèrent leur chance, ou ceux qui méritent vraiment leur entrée ici, pas autant de privilèges. Quoique les truands ont droit à la balade, eux aussi. Moi, je reçois juste la ration de viande. De ce que j'en sais je n'en ai pas aussi souvent que les autres. Mais ce manchon dans le ragoût – celui d'hier, est mon salut.

Son corps est couvert de contusions. Ils l'ont roué de coups après l'avoir à nouveau cueilli, aux abords du chemin de fer, à Aytré, tout grelottant dans ses frusques trempées. A demi-mort déjà. Il s'était jeté par dessus bord lors de la traversée vers l'île de Ré. D'habitude, les passagers ont peur de sombrer et se cramponnent au navire. Pas lui. Il faisait partie de ceux attachés tout à fait à la proue, face aux embrun. Mais pas effrayé pour autant.
Il avait eu de la chance de s'en sortir, ballotté par l'onde furieuse et alourdi par ses chaînes comme il l'était. Un accoup sur le bateau avait dû le propulser dans un sens, ou dans un autre, brisant l'accroche plutôt que ses poignets. Il avait ensuite plongé comme l'éclair.
C'était alors la tempête, comme aujourd'hui, et ils n'ont pas pu le repêcher sur le moment. Ils enrageaient, au dessus du bastingage, et les sénégalais avaient alors grillé quelques cartouches à son intention. Vraiment chanceux.
Certains diront qu'il n'y gagna que le droit aux supplices, et que la mort aurait été préférable. La vie vaut-elle d'être – peut-être – conservée au prix de ce qu'il allait endurer ? L'homme avait sa réponse ; mais une condition s'imposait à son esprit : le continent.

Je me nomme Anatole Touleblanc. Tout ce que j'ai dit était vrai. Peut-être aux détails près. J'ai toujours eu tendance à me faire mousser un peu en présence des civils. Des écouteurs d'histoire aussi. Ça m'a souvent causé des ennuis par le passé. Cette fois ne fut pas différente. C'était un soir il y a, quoi ? trois semaines. Je venais de quitter la caserne pour retourner à la famille, définitivement. Revoir les frangins, depuis le temps... Les gars et moi bûmes de quoi saouler le régiment entier pour fêter ça ! Je m'en allais.
Au milieu de la nuit on m'emmena derrière l'établissement pour quelque obscure raison, et dans mon état d'alors je ne pus qu'accepter. C'était pour me mettre à tabac.
J'ignore encore qui ou pourquoi, mais les gars du détachement n'ont guère cherché ma défense. C'était peut-être un coup à eux, après tout. J'avais sur moi mon couteau, comme toujours.
En face, ils étaient aussi ronds que moi.

Des bruits de pas résonnent au loin. Quelqu'un descend l'escalier. Du moins, l'homme suppose que c'est un escalier. Il était encore assommé de la raclée de ses bourreaux lorsqu'ils l'avaient scellé au fond de sa cellule, un fer piqué de rouille autour de chaque poignet et le tout relié à un anneau fiché dans la pierre. Il ne se souvient pas de son arrivée ici. L'accroche est toute éraflée et blanchie par les doigts et les fers des ses prédécesseurs. Mais tout autour, à peine la roche est-elle entamée. De vains efforts, ce n'est pas ainsi que l'on s'échappe.
Le bruit d'un récipient plein sur une table de bois, un peu plus loin. Le rituel commence ainsi. Toujours. Puis le bruit de la louche contre le métal, et les quelques pas qui mènent le cuistot jusqu'aux cellules. La petite lucarne aménagée au ras du sol crisse, et la gamelle cabossée racle la pierre ; puis il referme l'ouverture dans un nouveau fracas, affreusement puissant comparé au silence habituel des lieux. Ensuite il recommence, plus près.
La troisième et dernière cellule est la sienne. La lucarne s'ouvre et une main envoie la gamelle à quelques dizaines de centimètres vers le prisonnier, manquant de renverser tout son contenu sur les pierres souillées. Enfin l'homme repart. Il ne repassera pas avant demain.

Je me nomme Anatole Touleblanc. J'étais un gradé des soldats du rang dans le second détachement d'infanterie de La Rochelle.
J'étais. Imparfait. Exprime une action ancrée dans le passé. J'entends encore la vieille madame Lapoe qui titille le tableau d'ardoise, du bout de sa baguette de bois, en nous répétant une fois de plus la leçon du jour.
Je vois des images de la sorte. Des sons parfois. Ou comme maintenant toute une scène lorsque la vie autour de moi s'agite et trésaille entre nos murs, réveillant ces vieux souvenirs. Ils me tiraillent, me narguent, se moquent de moi. Ils me disent "Hé. Rappelle-toi de nous. Souviens-toi de ta vie passée, et regrette nous". Je ne créerai aucun autre souvenir de ce genre. De souvenir de vie. Je le sais. Je ne suis pas de ceux qui restent jusqu'au bout sans broncher. A chaque échec ma peine sera alourdie, comme la dernière fois ; jusqu'à la fin... Je dois m'échapper, maintenant. Il y a la tempête. Ce sera dur. J'ai déjà donné. Mais là-bas, ce sont les requins qui m'attendent, et je n'aurai aucune espérance. Je dois réussir ici.
"Personne ne s'échappe de là-bas" nous disait-on à la caserne. "Personne. Dans tout le pays, il n'y en a qu'un seul qui s'est fait la belle. Et ce n'était pas à Saint-Martin-de-Ré mais à Brest. Et ça fait bien longtemps de ça. Et c'était pas un demi-trouillard le Vidocq. Bref, 'avez point votre chance si vous débarquez là-bas."
Mais j'avais déjà échoué une fois ; si proche du but ! Tous les dés ne sont pas encore jetés. Les miens sont pipés, comme toujours. J'ai ma chance.

L'homme déplie ses jambes endolories et, la tête basse, commence à avancer vers son repas. Pour la première fois il ne lutte pas pour l'attraper. Il est à portée. Ses chaînes ne le retiennent plus et les fers sont ouverts là où il les a laissées en se levant. D'habitude le cuistot se débrouille pour que les chaînes soient juste trop courtes pour attraper sa mixture. Même en s'allongeant et tirant la gamelle à soit du bout des pieds, ce n'était pas gagné. Ne pas en renverser.
Cruel.
Il avait lutté une bonne partie du jour, la veille, à en arriver là. Dès que le marmiton était revenu chercher le bol de ferraille, il avait commencé à mâchouiller son os de volaille. Comme les cabots. Très vite il s'était brisé, et des ongles il avait retiré du manchon quelques échardes d'os, longues et suffisamment fines pour tenter le coup. Ses doigts étaient trop gros, et la paille bien trop fragile. Seule la porte le séparait de l'air libre désormais. Il avait crocheté ses fers.

Je me nomme Anatole Touleblanc. Et bientôt, je serai dehors. Libre.
Oui, libre.

Des bruits de pas résonnent au loin. A nouveau quelqu'un descend l'escalier. Le gamin qui récupère la précieuse vaisselle... L'homme replace ses fers, et balance son écuelle jusqu'à la porte, comme il le faisait depuis son arrivée. La lucarne s'ouvre, et une paire d'yeux apparaît. Elle cherche la gamelle, puis un bras s'élance, tâtonne, et récupère le récipient. L'enfant prend la parole. "Le la Loire mouille au port. Vous zallez point tarder à partir. Demain j'pense. P'têt' même ce soir. Zallez avoir un peu d'répit.

Ce soir ?.. Non ! Pas déjà ! Il lui fallait plus de temps, du temps ! L'homme se précipite sur la porte dès que les bruits de pas s'estompent. Il manque de tomber, ses jambes se plaignent. Il saisit les aiguilles d'os préparées la veille, cachées entre deux pierres et regarde une nouvelle fois son adversaire, les yeux exorbités.

Le loquet est large comme le pouce, épais d'un doigt, et quitte la porte avant de s'enfoncer dans l'encadrement métallique qui l'entoure. Il est usé, piqué de rouille lui aussi, mais toujours solide. L'emplacement du loquet, dans le cadre, est vierge de tout effort. Personne avant lui n'a essayé de le forcer. Les chaînes, forcement... La serrure est dans la porte, et le peu de lumière filtrant de l'extérieur, du couloir, suffit à distinguer le début du mécanisme. Il n'y a que trois goupilles. L'homme a cinq aiguilles ; plus qu'il n'en faut ! Du temps, juste du temps.

Je suis Anatole Touleblanc. Ce soir je m'échappe, je grimpe les murs et je saute à la mer. Ce soir. Ce soir.

Les aiguilles crissent contre l'acier, elles glissent sur les pistons à ressort sans trouver de prise pour les enfoncer. Enfin ! C'est fixé. Le troisième sans doute, on appuie, doucement. L'aiguille flèche sous l'effort, et soudain ripe. Elle se brise.
Ce n'est pas grave ! Ah ! Il lui en reste encore. Plus doucement, et on force dans l'axe. Comme ça ? Oui, voilà. Le petit tintement : le piston est arrivé à la césure. C'est à ce niveau que le barillet tourne ! Un regard au loquet. Il n'a pas bougé. Normal ! Normal. On tâte les autres pistons, on les teste, on les enfoncent jusqu'à la césure et on retient. Le premier à mi-chemin. Puis le second à fond. Et le dernier à peine.
Cela fait une bonne heure que l'homme est à genoux.
On replace les aiguilles toutes en même temps maintenant. L'un des morceaux d'os est inutilisable, complètement lisse à l'extrémité, et trop court pour être recoupé encore. Plus que trois aiguilles. Mais plus que trois goupilles.

L'homme place ses baguettes une à une, en commençant par le mécanisme le plus proche, puis se ravise pour commencer par le plus éloigné. Il est perdu, ses doigts tremblent, la fièvre le fatigue, le loquet n'a pas bougé. Il place finalement sa première aiguille sur le dernier piston, la bloque entre deux doigts et place la seconde de son autre main. C'est la plus fragile, il faut faire attention. On ne force que pour bloquer les aiguilles, on ne pousse pas les loquets. Goupilles ! Les goupilles. On ne pousse pas les goupilles. La troisième est en place. Il tient tout dans sa main droite.
Son souffle est haletant. Il tremble de tout son corps et ses yeux sont injectés de sang par l'effort de concentration. Il commencer à appuyer.

Les lambeaux d'os fléchissent, mais ne flanchent pas. Le piston du bas, le deuxième, se positionne. On incline un peu la main sans enfoncer plus. Les autres aiguilles avancent encore. Deux nouveaux cliquetis, presque au même instant.

Enfin.


Sa main est sûre désormais, sa respiration se bloque. Son poignet tourne, lentement, calmement, et le barillet suit. Il tourne aussi. Mais le geste n'est pas parfait et une aiguille se brise dans le mouvement.
L'homme s'en moque. Il jubile. Les pistons laisseront tourner le mécanisme jusqu'à ce que le tour soit achevé, même si on arrête d'appuyer. Ah ah ! Un claquement métallique : le barillet précède le geste et termine tout seul sa rotation. Il est revenu à sa place initiale. A quelque chose près, bien sûr.

Les restes du manchon n'ont qu'à peine toucher le sol que déjà Anatole est debout. Il charge la porte, paumes en avant. Elle résiste et ne bouge pas, résonnant sur son encadrement dans un vacarme d'enfer. Ses voisins s'agitent. Il tombe à la renverse.

Anatole se met à rire. Il a compris ! Elle s'ouvre vers l'intérieur. Simplement. Banalement.
Il se relève avec lenteur. La douleur de ses muscles resurgit dans son esprit. Il est brisé, mais libre.
Il passe l'index dans la serrure, et de sa dernière phalange tire la porte à lui. En vain.

Un mauvais pressentiment l'envahit. Il regarde la porte à nouveau. Les gonds sont invisibles. Non !

Ses genoux flanchent et hurlent lorsque tout le poids de son corps s'affaisse sur eux. L'homme pose une main sur la porte, et l'autre sur le mur. Ses tremblements ont repris.
Il approche la tête et observe.


L'adversaire est là. L'homme reconnaît sa forme, ses aspérités, ses taches de rouille. Mais celles-ci se sont déportées vers le coté, et de nouvelles sont apparues.



Le loquet est encore en place.




Et demain, il partira pour Saint-Laurent-du-Maroni.



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Eléments historiques.

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Dinath
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MessageSujet: Re: [Recit] Echouer sur un os   Dim 9 Mai 2010 - 22:34

Effectivement, la Rochelle n'existe pas dans Warhammer, sinon beau texte :thumright:
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MessageSujet: Re: [Recit] Echouer sur un os   Lun 10 Mai 2010 - 19:28

Joli texte en effet.
Par contre j'avoue qu'il m'est arrivé de m'emmêler entre les flashback et le "direct".

Citation :
Certains éléments du récit, notamment la toute fin, nécessitent des connaissances sur certains points historiques.
Ainsi que sur la serrurerie. XD

D'ailleurs le coup du double tour est une fort belle chute (j'ai pas compris sur le moment **sac**).

Bonne continuation.

Cordialement,
Knur'
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MessageSujet: Re: [Recit] Echouer sur un os   

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