Ulthuan vs Naggaroth

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 [Récit]La Maison Sarothal

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Echtelion
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Jeu 17 Mar 2011 - 0:01

Elindar a écrit:
Knur' en prépa? T'as le niveau intellectuel pour ça toi?
Bof, ils y acceptent n'importe qui de nos jours, la preuve, j'y suis passé...
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Elindar
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Jeu 17 Mar 2011 - 0:08

Echtelion a écrit:
Elindar a écrit:
Knur' en prépa? T'as le niveau intellectuel pour ça toi?
Bof, ils y acceptent n'importe qui de nos jours, la preuve, j'y suis passé...
Moi aussi
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Knurlnien
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Ven 18 Mar 2011 - 20:52

Narog a écrit:
Knurlnien a écrit:

Moi aussi et ça ne m'empêche pas de flooder tous les jours. XD

Knur'

T'es pas sensé montré l'exemple inverse en fait?
Je m'abaisse au niveau de la Plèbe pour ne pas sembler intouchable. XD

Knur'

PS: S'il vous plaît : stop flood sur ce topic. *:)*
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Dalakh
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Sam 26 Mar 2011 - 16:23

*Roulement de tambour*
Sous vos yeux ébahis... La suite ! Je vous préviens il y a peu (pas ?) d'action, c'est surtout de la mise en place MAIS (comme vous le constaterez) ça va saigner ! (après XD )

De plus edit du vocab et dramatis perso et une petite question : Comment faire un retrait de ligne en BBcode ?

Voici donc :


Chapitre 5 : Corbeaux de Tempête

Sautant agilement de sa monture, Dalakh la mena vers la rampe d’accès jetée entre le navire et les quais. En haut de celle-ci un Druchii colossal vêtu d’une lourde cape de laine noire les attendait de pied ferme. Le noble nota les nombreuses cicatrices zébrant ses bras nonchalamment croisés sur la lourde hache posée devant lui. Alors que Dalakh atteignait le haut de la passerelle, l’elfe ne fit pas le moindre geste pour s’écarter ce qui l’irrita au plus haut point.
–Hors de mon chemin, molosse. Fais place à ton seigneur et maître.
L’attitude du Druchii changea soudain et il s’écarta vivement bien que son expression demeurât imperturbable.
–Sombrevenue à bord de la Lance des Abysses, Effroyable seigneur. Je suis Batukan, le quartier-maître.
–Dans ce cas rassemble immédiatement l’équipage sur le pont et fais en sorte qu’on s’occupe de nos montures.
Batukan s’inclina et se dirigea prestement vers la tourelle centrale et les quartiers de l’équipage, rameutant les corsaires de quart en beuglant comme seul un officier de marine en est capable. Alors que l’équipage emmenait les coursiers vers les cales, Dalakh se dirigea vers la proue du vaisseau, effleurant la lisse de bois sombre jusqu’à rencontrer le métal froid de la figure de proue. Il détailla le profil féroce du dragon finement ciselé dont le regard brûlait de la lueur émeraude de deux sorcelumes. Le jeune noble se retourna et embrassa du regard le pont trempé reflétant le ciel anthracite, les voiles indigo claquant telles d’immenses bannières dans les embruns, la sinistre tour de fer noir trônant au centre du pont et les balistes soigneusement alignées contre les bordées. Voici donc l’instrument de mon destin, médita-t-il. Me propulseras-tu vers la gloire ou causeras-tu ma perte ?

Tandis que son esprit vagabondait, les pillards commençaient à se masser sur le pont. Bientôt, une soixantaine de marins patientaient bruyamment et le quartier-maître reparut, faisant signe au dynaste. Dalakh tonna alors d’une voix puissante, magnétique. Il y avait quelque chose de métallique dans ses intonations.
Corbeaux de Tempête, écoutez moi ! Je suis Dalakh Sarothal, fils d’Huldron Sarothal.
Un silence pesant s’abattit sur le pont tandis que les visages cruels de dizaines de Druchii se tournaient vers la proue du navire. Dalakh les scruta pendant ce qui leur sembla une éternité.
Vaincus, cracha-t-il soudain. Refoulés. Écrasés.
Figés par l’insulte, les corsaires restèrent muets un instant puis des murmures de colère montèrent du groupe et les mains glissèrent lentement vers les épées. Souriant intérieurement, Dalakh s’avança alors vers les oiseaux des mers, passant lentement devant eux, plongeant son regard dans le leur comme pour y lire leurs âmes.
–Vous la sentez monter en vous, n’est-ce-pas ? Elle vous glace l’échine. Elle vous brûle les veines. Elle hante vos rêves. Elle vous pousse vers votre lame pour réclamer votre dû.
Il marqua une pause, écartant les bras comme pour englober le navire entier.
C’est la haine ! hurla-t-il. Nous sommes les Druchii – fils de Khaine et de la Sombre Mère ! Impitoyables ! Implacables ! Nul de saurait vivre avec le sang des nôtres sur les mains. Forgez votre vengeance dans vos cœurs car bientôt nous la tremperons dans le sang des traîtres et nous l’affuterons sur leurs ossements ! La Lance ressurgira des Abysses telle un spectre vengeur issu de leurs pires cauchemars. Nous leur arracherons leurs rêves, leurs vains espoirs et leurs âmes hurlantes à la pointe de l’épée car tel est le prix du sang de nos frères !
Il dégaina son épée, la brandissant vers les cieux alors que les rugissements de l’équipage répondaient au sien. Un éclair déchira les nuées, illuminant les visages déformés par la rage et le grondement du tonnerre couvrit les hurlements de haine.
–Voyez ! La bénédiction de Khaine est sur nous ; nous ne pouvons faillir ! lança Dalakh à l’équipage.
–La chair déchirée répond à l’appel du sang ! entonnèrent les corsaires en brandissant leurs lames vers les cieux déchainés.
Dalakh se fendit d’un sourire carnassier. Nous-y voilà enfin.
–Par le Serment de Sang je lie mon destin à celui de la Lance des Abysses et réclame ce navire comme mien ! Par les flots, le sang et l’acier, que la Sombre Mère et les Dragons du Dessous acceptent notre pacte !
L’elfe s’entailla la main d’un geste vif. Le sang s’accumula au creux de sa paume et d’un puissant revers, Dalakh projeta les gouttes écarlates d’ichor sur le pont, l’équipage et dans les flots noirs.
–Par les flots, le sang et l’acier, que la Sombre Mère et les Dragons du Dessous bénissent notre pacte ! reprirent les Druchii en chœur.
S’accroupissant, Dalakh traça alors du bout de l’index une rune sanglante sur le pont détrempé. Puis il se redressa de toute sa hauteur et ficha sauvagement sa lame au centre du motif écarlate.
–Que chacun me prouve son allégeance sur-le-champ ou qu’il soit emporté dans les Abysses par les Dragons du Dessous.
Les pillards formèrent une longue procession. Chacun d’entre eux entailla sa paume en saisissant le tranchant de l’épée fichée avant de réciter le Serment de Sang sous le regard glacial de son nouveau capitaine. Tandis que les elfes noirs affirmaient un à un leur allégeance, les planches semblaient absorber l’ichor qui s’écoulait le long de l’acier.

Alors que Batukan achevait son serment et retournait dans les rangs de l’équipage, Nash fixait la lame ensanglantée, encore hébété par la tournure des évènements. Tout s’était enchainé si brusquement – bien trop, songea-t-il. Il avait pourtant pris soin d’omettre le très secret Serment de Sang de ce qu’il avait révélé au jeune noble sur les coutumes des corbeaux des mers. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : les "leçons" exigées par Dalakh n’étaient qu’une inique mascarade, un test auquel il avait brillamment échoué.
Alors que son esprit bouillonnait, il sentit les poils de sa nuque se hérisser. Dalakh le fixait intensément, un sourire indéchiffrable plaqué sur le visage.
–Vous semblez fort désireux de visiter les profondeurs, second.
Des ricanements grinçants montèrent des Druchii dans son dos mais c’était ce dernier mot qui sonnait comme une injure moqueuse aux oreilles de Nash. Second. Tu ne seras jamais qu’un pion, lui soufflait-il. Il s’avança vers la proue et s’agenouilla devant la lame écarlate en ravalant sa fierté. Il en saisit le tranchant, serrant les dents alors que l’acier aiguisé pénétrait sa chair, et prononça le Serment de Sang, chaque mot lui écorchant la langue. Alors que les dernières paroles franchissaient ses lèvres, Nash se raidit. Il sentait le souffle de Dalakh comme une brise glaciale sur sa nuque.
Funeste, siffla-t-il.
Un frisson glissa de long de l’échine du second comme une dague contre sa peau.
Funeste est le sort des traîtres.
Nash releva la tête, une réplique cinglante au bord des lèvres, et croisa le regard du noble. Toute trace de sourire avait déserté son visage qui n’était désormais qu’un masque dénué d’émotion. Le lieutenant soutint le regard reptilien de Dalakh un instant et ce qu’il y lut lui glaça les sangs. Vous pouvez compter sur moi, capitaine, songea-t-il en baissant servilement la tête. Comptez sur moi pour bien vous saigner.

Sous son habituel masque d’impassibilité, Dalakh jubilait. Les bandages blancs qu’il enroulait soigneusement autour de sa main blessée lui rappelaient la toile de mensonges qu’il avait habilement tissé autour de l’équipage. Il n’avait eu qu’à entailler légèrement leur orgueil blessé pour y déverser foutaises sanguinaires et mensonges mystiques, le tout mélangé en une bouillie revancharde élaborée depuis son départ de Naggarond. Ils avaient répondu instinctivement à ces pulsions familières, – carnage, mort, vengeance, haine – tels des requins flairant l’odeur du sang, le faisant par là-même capitaine légitime de la Lance des Abysses et plaçant leurs vies entre ses mains. Désormais ils lui appartenaient. Une seule tache venait salir ce tableau de pure malveillance : Nash. À peine étaient-ils partis que ce chien entravait déjà ses pas, menaçant ses plans et fragilisant sa position. Bien que l’"alliance" avec le lieutenant soit essentielle, Dalakh ne pouvait se permettre de laisser cet imbécile croire qu’il pouvait le duper. Le vaillant lieutenant risquait de perdre malencontreusement la vie avant d’avoir pu fouler à nouveau le sol gelé de Naggaroth.

Dalakh détailla la cabine du capitaine où il se trouvait. Façonnée dans le bois noir qui composait tout le navire, elle était sombre mais spacieuse en comparaison de celles du second et des sous-officiers, sans parler des quartiers communs de l’équipage. Celle-ci portait encore les traces de son ancien occupant : cartes maritimes étalées sur la table, quelques bouteilles d’un subtil vin tiléen rangées au fond d’un coffre. Dalakh se saisit de l’une d’entre elles, la débouchant pour humer les arômes fruités et capiteux de l’alcool tout en scrutant les flots glacés de l’embouchure du Vin-noir, où se dressait le Port des Chaînes, à travers les meurtrières de sa cabine. Es-tu satisfait mon illustre père ? Ton souhait de voir ta progéniture s’entretuer pour le pouvoir est-il exhaussé ? Tu me croyais de faible et pourtant ton misérable règne s’effacera bientôt devant le pouvoir et la grandeur qui seront miens ; ton souvenir disparaîtra sous les rivières de sang que je ferais couler.

Le bruit d’un poing contre sa porte sortit Dalakh de ses ruminations et il intima au visiteur d’entrer tout en continuant à fixer le sillage du navire. Il reconnût immédiatement la démarche assurée et puissante de Kelen qui s’immobilisa au milieu de la pièce. Il pouvait entendre le faible grincement des lattes alors que l’ancien corsaire s’agitait nerveusement d’un pied sur l’autre.
–Tu as été d’une aide précieuse ses derniers jours, Kelen, déclara finalement le dynaste en se tournant vers son suivant, et ta science de la mer va encore pouvoir nous servir.
Il se dirigea vers le coffre et en tira une seconde bouteille de précieux vin tiléen qu’il tendit à son suivant.
–Celle-ci est ta récompense pour l’instant. Et celle-ci est ce qui t’aideras à te faire accepter et apprécier de l’équipage. Je veux connaître jusqu’au plus futile racontar de loup de mer.
–Vos désirs sont des ordres, Terrible seigneur.
Le corsaire tendit les mains pour prendre l’alcool mais Dalakh les retira au dernier instant.
–Et si je venais à apprendre que tu étais ivre en compagnie de l’équipage, je récupérerais ces deux litres de liquide directement à tes veines avant de te faire boire le reste de ton sang.
Pâlissant subitement, Kelen se saisit des bouteilles comme si elles risquaient de disparaître à tout instant. Il s’inclina profondément et repartit prestement vers le pont sous le regard acéré de Dalakh.
Quelques instants plus tard, Talaneth émergea silencieusement des ombres de la pièce.
–Surveille-le de près. Rapporte-moi le moindre de ses faits et gestes.
Sans un mot, le Druchii se glissa hors de la cabine. Sa démarche était si fluide et furtive qu’on eu dit qu’il frôlait le plancher sans jamais le toucher et le suivant disparut dans les coursives étroites. Une ombre parmi les ombres, songea Dalakh, tandis qu’il empruntait à son tour les couloirs sombres du navire. Il déboucha finalement sur le pont et la bourrasque salée qui gifla son visage lui apprit qu’ils venaient d’atteindre la Mer Traîtresse. Ils filaient désormais à la surface des flots agités, les voiles tendues à craquer par le vent du sud, la coque profilée du vaisseau fendant les vagues ardoise. Les grincements sinistres du navire répondaient au vent sifflant de la tempête qui les poussait vers leur proie.

*
* .. *

–Les fils sont tendus, les marionnettes apprêtées et les pions se meuvent conformément à Ses Sombres Désirs, entonna une voix grave et dissonante à laquelle s’ajouta un écho puissant et entêtant.
Une seconde voix résonna alors, étrangement stridente et harmonieuse, produisant un écho carillonnant.
–Le décor est planté, la pièce peut débuter. Le mensonge et la vérité entremêlés tissent le fil invisible du Destin. La Lame du Mensonge rencontrera sous peu la Némésis et la voie de la Négation s’ouvrira, pavée de corps agonisants, devant le Fléau.
–Louée soit la Volonté du Prince ! répondit la première voix.
Un chœur hurlant s’éleva en un bourdonnement discordant issu d’une multitude de gorges avides.
–La chair mortelle et l’âme éphémère se plient à Son Verbe !
–L’heure du sacrifice approche à grands pas, reprit la seconde voix. Alors la lame perdue et la chair honnie s’uniront dans le sang. Abreuvez-vous des délices ténébreux qui vous sont offerts et honorez Sa Magnificence de votre appétit charnel et de vos pulsions secrètes !
Slaanesh !
En un instant, le silence se mua en un hurlement suraigu, la pièce en un improbable charnier de corps ondulants et la cérémonie en une orgie de démence dépassant l’entendement.

*
* .. *

Après un mois de navigation à travers les mers Traîtresse et Glaciale puis le long des côtes orientales de Naggaroth, ils arrivaient enfin vue d’Ulthuan la Maudite et Dalakh avait de nouveau convoqué l’ensemble de l’équipage. Tandis que les corbeaux des mers s’attroupaient sur le pont, il nota les regards furtifs mêlés de crainte et de respect qu’ils lui jetaient.

Une semaine durant, Dalakh avait enduré le froid, le vent et le sel qui le tourmentaient, fermement campé à la poupe du navire, jours et nuits, sans répit. Une semaine durant, les pillards avaient senti le poids du regard brûlant de leur capitaine fixé sur eux, jours et nuits, sans répit. Privé de sommeil, presque sans nourriture ni boisson, il avait repoussé les limites de sa constitution afin de montrer à tous la force de sa volonté. Pas un instant il n’avait faibli, pas une fois il n’avait chancelé et lorsque ses forces avaient fini par l’abandonner, il avait discrètement mâché de faibles quantités de courva, soutenant ses muscles meurtris et aiguisant ses sens. Lorsqu’enfin il s’était éclipsé de son poste, l’équipage n’avait remarqué son absence que deux heures plus tard, lâchant des cris de surprise, tant sa présence et son autorité étaient devenues tacites, naturelles. Chaque oiseau de mer était désormais conscient que le regard de Dalakh était constamment rivé sur lui, jugeant le moindre de ses actes.

–Ils disent que vous n’êtes pas un être de chair et de sang, Effroyable seigneur, lui avait rapporté Kelen, et que votre regard peut percer le bois, la chair et les os.
–Je n’ais rien entendu d’aussi sensé depuis au moins deux cents ans, avait-il répliqué, sincèrement amusé.

Dalakh avait fait appel à la soif de vengeance de ses bandits, mais un tel enthousiasme se payait toujours tôt ou tard en sang fumant et en cris d’agonie ; et plus le temps passait plus leur provenance devenait secondaire. Avant d’envisager toute poursuite de ses propres objectifs il devait donc assouvir l’appétit carnassier qu’il avait éveillé chez les Druchii de la Lance des Abysses sans quoi il en ferait lui-même les frais.
–L’heure du sang approche, où nous enverrons les âmes brisées des faibles et des traîtres servir nos frères à Mirai, lança-t-il aux elfes massés sur le pont.
Le dynaste pivota, le doigt pointé vers les côtes déchiquetées de Nagarythe et Tiranoc, à l’horizon.
–Le voici – notre berceau aux langes maculés du sang de milliers d’entre nous – chaque jour un peu plus souillé par les fils de chiens dégénérés qui l’usurpent depuis près de cinq milles ans. Cette nuit, ces rivages marqués par la folie héréditaire de nos cousins s’abreuverons du sang des pitoyables fils d’Asuryan ! Tous à la manœuvre ! La Lance des Abysses ne stoppera sa course qu’une fois fichée dans le cœur de nos ennemis !
Sous les ultimes rayons rougeoyants d’un soleil crépusculaire, les marins filèrent à leurs postes, semblables à des ombres assoiffées de sang et d’âmes. Guidés par les ordres chuintants du capitaine et du second, les elfes noirs manœuvrèrent habilement le navire à faible tirant d’eau parmi les écueils meurtriers et les hauts-fonds traîtres des Terres Immergées. Grâce à une carte dressée par les innombrables pillards des mers qui s’étaient aventurés sur la côte occidentale d’Ulthuan, Dalakh mena son vaisseau jusqu’à une petite crique entourée de falaises blanches et d’une étroite plage de sable fin, abritée des courants et des regards indiscrets.

Les étoiles scintillantes régnaient seules sur l’obscurité lorsque les Druchii jetèrent l’ancre et mirent les canots à la mer, ne laissant qu’une dizaine de marins à bord. Dalakh se tenait à la proue de la chaloupe de tête, scrutant les ombres du rivage en quête du moindre mouvement. Seules les rames des frêles esquifs faisaient doucement clapoter l’onde, troublant le calme envoûtant des lieux. Alors que son embarcation accostait sur le sable fin, Dalakh sauta agilement par-dessus la bordée, foulant pour la première fois le sol d’Ulthuan. Il ne put réprimer un rictus sauvage en songeant à la quiétude sereine qui enveloppait cette splendide nuit étoilée et s’agenouilla lentement sur la grève.
–Berce bien tes enfants, vieille putain, murmura-t-il en amenant une poignée de sable argenté devant ses lèvres. Cette nuit est le dernier instant béni de leurs misérables existences, ajouta-t-il en laissant le sable glisser lentement entre ses doigts gantés de métal.

Cette nuit là, le glas résonna jusqu’aux astres immortels, sous la forme d’un éclat de rire sépulcral.


Dernière édition par Dalakh le Ven 13 Mai 2011 - 22:56, édité 1 fois
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Knurlnien
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Sam 26 Mar 2011 - 23:04

Superbe ! Le meilleur passage jusqu'à maintenant AMHA.

Dalakh donne des cours d'éloquence ? XD

Citation :
-Et si je venais à apprendre que tu étais ivre en compagnie de l’équipage, je récupérerais ces deux litres de liquide directement à tes veines avant de te vider de ton sang pour te le faire boire.
Mal formulé AMHA : il le saigne puis le vide de son sang ? XD

Citation :
De plus edit du vocab et dramatis perso et une petite question : Comment faire un retrait de ligne en BBcode ?
No sé. On appelle d'ailleurs alinéa entre gens civilisés si j'ai bien compris ce que tu voulais dire.

Knur'
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Sam 26 Mar 2011 - 23:57

Citation :
Dalakh donne des cours d'éloquence ? XD
Tu veux émouvoir une bande de tueurs pour liquider ta famille ? *:p*

Citation :
Citation :
-Et si je venais à apprendre que tu étais ivre en compagnie de l’équipage, je récupérerais ces deux litres de liquide directement à tes veines avant de te vider de ton sang pour te le faire boire.
Mal formulé AMHA : il le saigne puis le vide de son sang ? XD
Euh,ben c'est l'idée XD . Il le finit quoi (on est des grands perfectionnistes nous les EN).

Citation :
No sé. On appelle d'ailleurs alinéa entre gens civilisés si j'ai bien compris ce que tu voulais dire.
Ouais, c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mar 29 Mar 2011 - 15:46

Bien, bien.
Ça me semble bien ficelé, tout cela.

La suite !

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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 30 Mar 2011 - 17:35

Vostre épitre semble fort bien moulé ; et il se pourrai que mon auguste personne accorde une mention plussoyante au résult de tout cela. XD

Les HE sont des tapettes, hein ?
Enfoiré aimable traître druchii utilise ton Qi négatif ton intellect afin de répondre à ces magnifiques paroles :

" Les elfes noirs, apeurés, n'eurent d'autres idées pour éviter l'anéhantissement que de fuir et d'utiliser les nains pour combattre ce qu'il n'osaient provoquer"

Sensé, non ?
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Narog
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 30 Mar 2011 - 17:50

Citation :
Tu veux émouvoir une bande de tueurs pour liquider ta famille ?
C'est quoi ses tarifs? *siffle*

Plus sérieusement superbe transition, on attend la suite. XD
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Dalakh
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 30 Mar 2011 - 17:56

Merci à tous !

@Artha'

Une action on ne plus sensée en effet qui a évité notre anéantissement, vous a enlisé dans une guerre stérile et saigné à blanc. Cela relève du pur génie car au final nous sommes toujours là et Ulthuan est toujours menacée. Et en plus vous avez trouvé le moyen de perdre dans la foulée un roi phénix, sa couronne du phénix et les colonies d'elthin arvan et tout ça contre des demi-portions puantes, velues et gavées de bière. *lol*

PS : Si tu tiens à continuer le débat, fais le via MP ou sur le topic dédié, stp. *;)*

Dalakh,
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Arthamir
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 30 Mar 2011 - 20:51

Citation :
@Artha' s

XD

Mais, j'y compte bien ! rdv à la taverne...

[Knur'] Redirigé ici. *;)*
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Dalakh
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mar 19 Avr 2011 - 14:25

Bonjour, il y a seize minutes et trente-six secondes, je me suis posé devant mon PC et je n’ai pas eu le temps et dire "ouf" que j’avais pondu un pâté de huit pages Word (j’ai beaucoup de souffle). C’est mon choix…

Plus sérieusement, voici la suite du récit, preuve que tiens toujours mes promesses pour ceux qui ont un minimum de mémoire *eviloui*. Peu d’avance dans l’intrigue, j’espère que vous ne le ressentirez pas comme un temps mort mais plutôt comme une entracte ludique avant de passer aux choses sérieuses *siffle*. Vous pourrez notamment faire connaissance avec l’humour très sain des druchii XD . Sur ce, bonne lecture !

PS : Edit du vocabulaire


Chapitre 6 : Sang et Larmes

Les Druchii dissimulèrent les canots à l’extrémité de la bande de sable, à l’ombre de la falaise blanche qui la bordait, laissant cinq corsaires sur la grève pour les surveiller. Dalakh envoya deux groupes réduits en éclaireur, de chaque côté de la baie. L’un revint une demi-heure plus tard, rapportant qu’ils avaient repéré un village, quelques kilomètres au sud et le second, dix minutes après, annonçant qu’il n’y avait rien à signaler vers le nord.

Filant silencieusement à travers les bois denses et les étendues d’herbe grasse, le groupe parvint rapidement aux abords du village. Dalakh détailla la bourgade. Elle était coupée en son centre par deux grandes allées bordées de cyprès aux reflets argentés sous la clarté des étoiles. La grande majorité des bâtiments étaient d’élégantes demeures aux murs d’un blanc immaculé, aux toits pentus couverts d’ardoises en forme d’écaille et aux fenêtres dont les verres étaient décorés de motifs chatoyants. Il y avait là entre cent-trente et cent-soixante habitants, soit entre cinquante et soixante-dix elfes aptes à manier une lame, évalua le dynaste en bénissant la faiblesse des femmes d’Ulthuan – à Naggaroth il aurait fallu compter entre quatre-vingt et cent-vingt défenseurs ; sans compter les ruelles étroites et les nombreuses impasses, parfaites pour les embuscades, ni les maisons conçues comme autant de citadelles afin de repousser tout ennemi, qu’il soit envahisseur, pillard, maisonnée rivale ou encore voisin.¬¬¬¬ Ici le bilan était consternant : l’ensemble des habitations était uniquement protégé par une palissade de deux mètres cinquante de hauteur, faite d’un bois albâtre, sur laquelle une demi-douzaine de sentinelles effectuaient leur ronde.
–Tant d’arrogance, tant de confiance, tant d’inconscience, siffla-t-il.
Dalakh n’avait que mépris pour ces minables qui ignoraient tout de la force et du pouvoir. Tandis que les Druchii tiraient leur force de la souffrance et des ténèbres de leurs existences, ceux-ci se prélassaient impunément dans leur paradis terrestre. Voilà bien trop longtemps que l’oisiveté nonchalante et la paix mièvre régnaient en ces lieux. Ce soir ils ne sortiraient de leur torpeur débilitante que pour contempler la seule vérité de ce monde : le faible succombe pour que le fort domine.

Effectuant un ample mouvement en tenaille, les Druchii avaient lentement complété l’encerclement de leur proie. Dalakh peinait lui-même à distinguer les guerriers tapis dans les ombres, vêtus de lourdes capes en peau de dragon des mers ou en laine noire par-dessus leurs plastrons et leurs longues toges. Les mailles de leurs kheitan et l’acier des lames étaient noircis de cendres et il percevait uniquement le faible éclat des tranchants intacts.
Soudain, l’une des quatre portes ouvragées s’entrouvrit et deux silhouettes se découpèrent en dehors du cercle formé par la palissade. Il s’agissait de l’un des gardes, accompagné d’une jeune elfe, uniquement vêtue d’une longue robe vaporeuse. Ils échangeaient de tendres baisés sous les étoiles scintillantes tout en se dirigeant vers un petit bosquet de bouleaux, non loin. Dans la pénombre ce même bosquet, Dalakh distinguait les silhouettes menaçantes de trois Druchii embusqués. Même s’il rechignait à perdre une si belle prise, le jeune noble ne pouvait se permettre le moindre faux-pas à ce stade du raid. Il pivota vers Ashyr qui portait une arbalète à répétition et enchaina une série complexe de mouvements fluides et vifs de la main droite.
–*Elimination furtive : transmet. Soit prêt : feu sur mon ordre.* signa-t-il.
Le serviteur acquiesça et transmit le signal muet au Druchii directement à sa droite avant d’épauler son arbalète en épiant les deux amants de ses yeux perçants. De proche en proche, le message silencieux parvint aux corsaires du bois alors que le couple, ignorant tout des dizaines de regards hostiles fixés sur lui, atteignait la lisière. Les tueurs embusqués se raidirent imperceptiblement lorsque les deux Asurs passèrent à leur hauteur. Il y eu un mouvement fluide dans l’ombre des frondaisons et un bruissement à peine perceptible suivit de râles étouffés.
Satisfait, Dalakh pivota vers Talaneth qui se tenait à quelque pas sur sa gauche, légèrement en retrait dans la pénombre de la végétation. Il hocha légèrement de la tête alors que leurs regards se croisaient et l’assassin se coula hors des ténèbres dans un silence de mort.

Talaneth progressait agilement dans les herbes folles qui commençaient à se perler d’une rosée printanière. Il couvrit la distance jusqu’à la palissade de sa foulée silencieuse, focalisé sur chacun de ses gestes et sur les mouvements des gardes. Il n’était qu’à une dizaine de mètres de l’enceinte lorsque le regard vigilant d’une sentinelle s’abattit sur lui. L’Asur balaya la zone du regard et poursuivit sa ronde. Mû par l’instinct, Talaneth s’était accroupi dans les hautes herbes – la main crispée sur le couteau de lancer glissé dans sa botte – une fraction de seconde avant que l’elfe ne l’aperçoive. Le Druchii attendit un instant que la sentinelle s’éloigne et que les battements de son cœur ralentissent avant de s’élancer vers le mur de bois. Une impulsion puissante de sa jambe droite le propulsa vers le haut du mur et il crocheta de ses deux mains le rebord du parapet. Un rapide coup d’œil sur le chemin de ronde lui apprit qu’il était désert, hormis le milicien qui lui tournait désormais le dos. Avec une force surprenante, il se propulsa par-dessus le garde-corps, atterrissant en douceur sur la palissade. L’assassin s’élança vers l’elfe dans un léger bruissement de tissu, tirant une dague effilée des replis de sa cape. Une seconde trop tard, le Tiranocii se raidit et Talaneth devina qu’il allait regarder par-dessus son épaule. Il plaqua fermement sa main gantée sur la bouche du milicien et enfonça sa dague d’un geste fluide juste sous l’oreille droite, perforant directement le cerveau. Le sang coulait à peine de la plaie et Talaneth projeta le cadavre par-dessus l’enceinte dans un fracas sourd.
Arpentant furtivement le chemin de ronde, le serviteur surprit un second garde qui scrutait l’obscurité en chantonnant. Il pointa calmement son arbalète de poing, retint son souffle et pressa la détente. Le carreau alla se ficher directement dans la nuque de l’Asur, sectionnant la moelle épinière dans un craquement sinistre. Un sourire cruel se dessina sur le visage blafard de l’elfe noir alors qu’il planifiait la mort du haut elfe suivant. S’accroupissant auprès du corps, il retira le carreau du cadavre dans un bruit de succion sordide avant de faire passer sa dépouille par-dessus le parapet avec la nonchalance du tueur accompli.

Silorion était inquiet. Alors qu’il effectuait une nouvelle ronde sur la palissade de bois, il ne pouvait chasser le mauvais pressentiment qui le tourmentait. Cette nuit encore, Ellaniel avait un rendez-vous secret hors de la ville avec Mælina, et Silorion ne pouvait s’empêcher de ressasser ce qui se passerait pour son ami si on venait à l’apprendre. Il serait couvert de honte, peut-être même exilé des terres du village si la famille de Mælina l’exigeait et cette dernière serait déshonorée, dans l’impossibilité de se marier convenablement. Silorion priait pour ne pas voir leur idylle se transformer en tragédie et sa dernière discussion avec Ellaniel tournait en boucle dans son esprit.

–Tu ne peux pas prendre un tel risque, sois patient Elli, lui avait-il conseillé.
–Un risque ? Allons Sil, j’ai confiance en toi, que veux tu qu’il arrive ?
–Il ne s’agit pas de moi, avait répliqué l’Asur, agacé par l’attitude désinvolte de son compagnon. As-tu pensé un instant aux conséquences ?
–Au diable les conséquences ! c’était exclamé Ellaniel avec emportement. L’amour est-il un crime sur cette île pour que je doive vivre dans la peur d’éprouver la moindre passion ?
–Calme toi, je t’en prie, l’avait-il coupé en jetant des regards inquiets au alentour. Ne deviens pas l’esclave de tes émotions, tu n’en tirerais que souffrance.
–Mais l’amour n’est-il pas une souffrance ténue et délicieuse ? Si je dois être son esclave pour la côtoyer, qu’il en soit ainsi.
Avisant la mine sombre de son ami, il s’était empressé d’ajouter :
–Excuse-moi, chaque seconde passée sans Mælina me torture l’âme et je m’oublie. Je te promets d’être prudent jusqu’à ce que je demande officiellement sa main… et le reste.
S’apprêtant à foudroyer Elli du regard, Silorion avait croisé ses yeux espiègles et ils avaient tout deux éclaté de rire.

Il sortit de sa rêverie et son regard se porta sur la silhouette en armure de Lannaris, cachée derrière son long bouclier. Ce dernier fixait l’obscurité, totalement immobile.
–Rien à signaler ? s’enquit-il.
Il n’y eu aucune réponse. Silorion appela de nouveau, sans plus de succès.
–Voilà qu’il dort debout maintenant, maugréa l’elfe, tout en entreprenant de secouer la sentinelle endormie.
Approchant d’un bon pas, Silorion remarqua à peine le frémissement de la silhouette alors qu’il ne se trouvait plus qu’à une dizaine de pas. Le bouclier et la lance s’écartèrent soudain, révélant un elfe enveloppé dans un drapé noir, coiffé du casque de Lannaris : un Druchii ! La silhouette sembla tourbillonner et le jeune Asur crût apercevoir un éclair argenté. Aussitôt, la souffrance explosa dans sa gorge, étouffant du même coup son cri d’alerte. Il pouvait sentir le sang chaud lui couler le long du torse. Sa main se porta, tremblante, à sa gorge et il effleura le manche du stylet barbelé. C’était comme un cauchemar terrifiant, baigné d’une agonie atroce. Le sol sembla se dérober sous lui, les étoiles décrivirent de longues courbes argentées devant ses yeux exorbités et il s’écroula au sol. Silorion sentait la vie s’échapper à gros bouillons de sa gorge dévastée alors qu’il essayait vainement de colmater la plaie de ses mains ensanglantées. Déjà, la forme sombre se penchait sur lui, comme un charognard.
Rien à signaler, susurra une voix à son oreille, dans un Eltharin sifflant.
La culpabilité envahit Silorion dans une déferlante amère qui décupla son supplice. Une unique larme roula le long de sa joue avant de se perdre dans son propre sang. Au moins, Ellaniel et Mælina étaient saufs, songea-t-il en rendant son dernier soupir.

Souriant encore de son humour morbide, Talaneth sentait la joie sauvage du meurtre échauffer ses muscles et aiguiser ses sens. Même si ses compétences d’assassin étaient très loin d’égaler celles des élus de Khaine, il restait un des meilleurs tueurs de Naggarond. Sans un bruit, le Druchii s’accroupit dans l’ombre du garde-corps. L’assassin venait de repérer les deux derniers gardes. Ceux-ci discutaient au-dessus d’une des portes, éclairés par un globe produisant une lumière légèrement bleutée. Il progressa lentement, en rasant le garde-corps tout en détaillant ses proies. L’un paraissait clairement plus jeune que les précédents. Il portait seulement une ample tunique immaculée, une courte lame et un arc de belle facture. Le second était clairement plus le plus âgé des Tiranocii. Vêtu d’une longue mante d’écailles, d’un plastron et d’un heaume allongé, il portait une épée en plus de sa lance et de son long bouclier orné d’une grande étoile dorée. Talaneth nota également le long cor argenté qui reposait contre le parapet, juste à côté du lancier.
L’archer qui lui tournait le dos masquait sa progression à l’autre sentinelle et le Druchii accéléra légèrement sa course. L’archer pivota soudain, dégageant le champ de vision de l’autre Asur. Le cœur de Talaneth fit un bon dans sa poitrine sous le coup de l’adrénaline alors que son esprit cherchait désespérément une échappatoire. L’assassin se jeta de l’autre côté de la palissade, saisissant in extremis le rebord des planches. Il patienta ainsi quelques secondes, l’oreille tendue. Un des elfes parla – une question d’après le ton. Il y eut un silence avant que l’autre ne donne une réponse laconique et que la conversation ne reprenne. Talaneth poussa un long soupir de soulagement avant de reprendre sa chasse. Il entreprit de longer la palissade par l’extérieur, agrippé au parapet tel une araignée noire.

Bælnor ne pouvait se défaire de son malaise et sa main se crispait et se décrispait nerveusement sur la hampe de sa lance. Il fixait les ombres de la palissade, là où il avait juré voir une ombre passer furtivement. Cothir, le jeune archer, l’appela plus fort et sa voix le sortit du vague.
–… Bælnor ? Bælnor, tu m’entends ?
–Oui. Excuse-moi, ce n’est rien, répondit-il après un instant, avant de détourner le regard de la pénombre.
Le Tiranocii sursauta en découvrant Cothir, pantelant, les yeux écarquillés et la mâchoire béant dans un cri muet. Le jeune Asur s’effondra dans les bras de Bælnor, révélant la fleur écarlate qui s’épanouissait dans son dos autour du manche sombre d’une dague. Le milicien releva les yeux, juste à temps pour apercevoir le Druchii qui fondait sur lui avec un rictus sanguinaire. N’ayant pas le temps de dégainer, Bælnor repoussa le cadavre de Cothir et darda sa lance vers le sternum de l’assassin. À sa grande surprise, celui-ci se coula comme une vipère autour de la lame rutilante, pénétrant sa garde. Bælnor écarta légèrement la tête, laissant filer la dague de son adversaire à un pouce de sa gorge dénudée. Son sourire de satisfaction avorta lorsque les lames d’avant-bras du Druchii lui déchirèrent la carotide. Alors qu’il s’affalait sur le bois taché d’ichor, la dernière pensée de Bælnor fut pour le cor poli qui reposait à quelques centimètres seulement de son corps agonisant.

Talaneth empoigna vivement le globe magique qui éclairait la scène sanglante avant de courir de long de l’enceinte du village, lançant de grands signaux lumineux aux pillards de la Lance des Abysses. Lâchant finalement la lanterne magique, il bondit à l’intérieur du village, à la recherche de sa prochaine victime.

Dalakh entama sa course vers la petite ville, imité par l’ensemble des corbeaux des mers. Ils progressèrent vivement autour du village ensommeillé, resserrant l’étreinte mortelle comme une meute de loups affamés. Les corsaires les plus agiles et véloces se hissèrent tant bien que mal par-dessus le mur de bois et d’autres se firent la courte-échelle. Bientôt les quatre portes s’ouvrirent devant les pirates assoiffés de sang qui déferlèrent dans la bourgade assoupie. Le noble Druchii ralentit sa course à l’approche du portail, prenant le temps de se composer une démarche assurée et un port altier. Il franchit les portes béantes, semblable à un seigneur en sa demeure, scrutant les pillards vêtus de capes sombres qui envahissaient les rues tel des fantômes avides. Sa lèvre supérieure se retroussa dans un rictus méprisant lorsqu’il constata, à sa grande surprise, que les portes des maisons n’étaient même pas verrouillées. Il poursuivit sa progression impérieuse sur la grande allée bordée de cyprès qui menait droit au cœur du village tandis que les Druchii, répartis en groupes de trois ou quatre, s’engouffraient dans les premières demeures, armés – outre leurs sabres et arbalètes – de chaînes, de colliers étrangleurs et de masses d’arme.

Nash poussa la porte ciselée d’une quatrième demeure alors que les bruits étouffés de lutte et de pillage perturbaient à peine la quiétude des rues. Il évalua rapidement l’aménagement du hall. Au rez-de-chaussée se trouvait la pièce à vivre qui s’ouvrait sur une magnifique cour intérieure élégamment fleurie, agencée autour d’une fontaine d’eau miroitante sculptée à l’effigie d’une vierge portant une amphore de vin. De l’autre côté se trouvait une pièce plus fonctionnelle : cuisine et garde-manger. Nash grimpa furtivement la volée de marches qui menait à l’étage, suivit de trois autres Druchii. Ils se séparèrent de part et l’autre du couloir sur un signe du second. Nash poussa la première porte qui s’ouvrit sur une chambre faiblement éclairée par la clarté des étoiles. Il fit signe au corsaire qui l’accompagnait de s’occuper de l’Asur qui y dormait paisiblement avant de repasser dans le corridor pour inspecter la pièce suivante. Soudain, un cri de terreur hystérique retentit dans son dos. Faisant volte-face, le lieutenant découvrit une elfe d’âge mûr, grande et élancée, au visage déformé par la peur, qui fuyait en hurlant. Il se précipita vers l’escalier pour lui couper toute retraite mais celle-ci avait déjà dévalé les marches lorsqu’il l’atteignit. Ordonnant aux oiseaux des mers de poursuivre le pillage, il s’élança à la suite de la femme qui sortait au même instant dans les rues enténébrées. En quelques foulées, Nash gagna la porte et se lança sur les talons de l’elfe hystérique.
–Mère de la Nuit, cette sale garce va alerter toute la région, jura-t-il entre ses dents.
Il accéléra encore sa course pour rattraper l’Asur à qui la peur donnait des ailes. Toutefois, l’athlétisme de Nash eu vite raison d’elle. Il tendit la main, empoignant fermement sa chevelure, et tira brutalement dessus, manquant de lui briser la nuque. Nash l’égorgea promptement, la réduisant finalement au silence. Mais le mal était déjà fait et toute la ville grouillait comme une fourmilière. L’heure n’était plus à la discrétion.
Sa’an’ishar ! beugla-t-il aux corbeaux des mers. Fermez les portes de la ville ! Trouvez l’armurerie ! Dénichez les survivants et regroupez-les sur la place du village ! Pas de quartier à ceux qui tentent de combattre ! Allez et faites passer le mot. Exécution !
Les pillards se divisèrent, disparaissant dans les allées et les habitations au gré de ses ordres tandis que l’officier se hâtait de transmettre ses instructions aux autres Druchii.

Talaneth filait à travers les rues, au milieu des escarmouches qui éclataient de toutes parts. Il estropia sournoisement quelques Asur engagés par les corsaires qui passaient à portée de sa lame, sans toutefois ralentir sa course. Le suivant repéra finalement sa proie alors qu’il débouchait sur la place centrale : un elfe vénérable aux cheveux argentés, équipé d’une armure rutilante d’Ithilmar et d’une longue et fine lame qu’il maniait tantôt à deux mains tantôt d’une seule.
Le seigneur des lieux faisait face à deux pillards Druchii qui tentaient de l’acculer contre un mur et l’assassin nota qu’il était borgne. Une profonde balafre courait de son arcade droite jusqu’à sa lèvre supérieure, tordant sa bouche dans un perpétuel un rictus sévère. Alors que Talaneth entamait sa course, le vieil elfe entra en action. Son épée scintillante décrivit un arc meurtrier vers le genou d’un des corsaires qui entama une parade. Mais ce n’était qu’une feinte et le coup dévia pour cueillir le Druchii sous l’aisselle, au point vulnérable entre le plastron et le bras. L’elfe noir s’effondra, les poumons et le cœur transpercés et le second pirate en profita pour porter une estocade vicieuse vers la gorge du noble Asur. Ce dernier para l’attaque d’un revers presque méprisant et son épée se trouva fichée dans le cœur du Druchii en une fraction de seconde.
Déjà, Talaneth fondait sur le seigneur qui lui tournait le dos. Seul son instinct de combattant sauva l’assassin du coup fulgurant qui manqua alors de le décapiter. Sa charge se mua en roulade précipitée et il se rétablit de l’autre côté du noble. Le serviteur réévalua son adversaire alors qu’ils se tournaient lentement autour. Il aurait dû remarquer cette garde parfaite, cette posture équilibrée et ces mouvements millimétrés. Rageant de sa propre audace, il dégaina une longue dague en sus de son épée barbelée et ses yeux dévièrent une fraction de seconde du vénérable Asur, en quête de soutien. Ceci faillit lui coûter la vie lorsque l’épée blanche du borgne fondit sur son torse. Talaneth se jeta sur le côté, déviant la lame de sa dague tout en contre attaquant. Sa propre estocade vint cogner sans effet sur le solide plastron de son ennemi. Les passes d’armes et les coups s’enchainèrent à une vitesse incroyable. Malgré ses deux lames, l’assassin avait toutes les peines du monde à passer à l’offensive tandis que son adversaire martelait sa garde sans répit. Les frappes de l’épéiste émérite se firent sans cesse plus denses et plus dangereuses à tel point que le Druchii se demandait s’il ne jouait pas avec lui. Alors que ses parades se faisaient plus instinctives et que ses membres se couvraient progressivement de fines entailles, Talaneth cherchait frénétiquement une issue cette maudite passe d’arme.
–Tu es perdu, barbare. Tu es peut-être un guerrier, mais je suis un maître, murmura le seigneur borgne pour lui-même, d’une voix dégoulinante d’arrogance.
Talaneth ne put contenir un sourire carnassier et faillit hurler de joie alors que le vieil elfe lui offrait une chance de salut inespérée.
–Je ne suis pas un guerrier…, rétorqua-t-il en Eltharin, esquivant de justesse un nouveau coup d’estoc destiné à son cœur.
Sous le coup de la surprise, l’attaque suivante du noble Tiranocii manqua de précision. Talaneth arqua brusquement son buste en arrière et la lame de son adversaire frôla dangereusement sa gorge. Ses mains prirent appui sur le sol et il projeta violemment ses jambes par-dessus son corps. Ces dernières frappèrent le plat de la lame et le bras directeur du haut elfe qui échappa son arme. L’assassin acheva élégamment sa voltige et son bras se détendit en un clin d’œil. Le vénérable Asur perçut à peine la douleur lorsque le couteau de lancer creva son œil valide, perforant du même coup son cerveau.
–… je suis un tueur, conclut Talaneth en Druhir.

Les oreilles de Dalakh résonnaient d’un chœur enchanteur de pleurs, de cris de détresse et de terreur provenant des Tiranocii affolés qui couraient en tout sens, cherchant vainement une échappatoire. Cependant, les Druchii les rabattaient inexorablement vers la place principale, semblables à des requins autour d’un banc de poissons. Bientôt, toute la population survivante fut acculée sur la place et les Asur qui avaient pu accéder à l’armurerie formèrent un dernier carré de boucliers autour des leurs, brandissant lances et épées. La plupart ne portaient ni plastron, ni cotte de maille et certains n’avaient même pas pris le temps d’enfiler un casque. Les elfes noirs se rapprochaient lentement de leurs proies et les pleurs des femmes et des enfants se firent plus intenses.
Soudain, Dalakh leva la paume et les Druchii stoppèrent instantanément leur avance ; un silence pesant s’abattit sur le village. Il lutta pour ne pas laisser transparaître sur son visage ou dans sa voix le dégout et le mépris qu’il éprouvait lorsqu’il prit la parole dans un Eltharin impeccable.
–J’ai perdu assez d’homme et vous avez combattu vaillamment. Rendez vous sur-le-champ et je laisserais la vie sauve à vos familles.
–Retourne crever dans ton trou gelé, ordure dégénérée ! cracha un Asur à l’intention du dynaste.
Dalakh éclata d’un rire cruel qui résonna étrangement dans le village silencieux.
–Mais très certainement. Vous d’abord, mon cher, riposta-t-il en se jetant sur les Tiranocii.
Les claquements des arbalètes retentirent lorsque les corsaires ouvrirent le feu sur les miliciens mal protégés avant de se jeter dans la mêlée avec leur capitaine. Dalakh fondit sur l’Asur qui l’avait provoqué. Ce dernier frappa de son épée vers de crâne du noble qui para aisément le coup de sa propre lame avant de sectionner la main de l’elfe d’un mouvement sec du poignet. Déjà, la mêlée s’achevait et les Tiranocii en sous-nombre gisaient morts ou capturés, aucun ne s’était rendu au moment de l’assaut. Dalakh se pencha vers l’elfe prostré qu’il venait d’estropier. Ce dernier avait la main valide crispée sur son moignon, tentant vainement de stopper l’hémorragie.
–Ne t’inquiète pas, susurra-t-il à l’Asur, tu atteindras vivant mon "trou gelé" avant de "crever" dans une souffrance que tu n’imagine même pas. Je t’enverrais directement dans les mines de Hag Græf. Ton cadavre putride hanté par ton âme pitoyable continuera à extraire le minerai de fer au plus profond des boyaux criblés de Malepierre bien longtemps après ton dernier souffle. Et lorsque ta chair pourrie aura quitté tes os pour se décomposer dans la poussière toxique, ton squelette poursuivra sa besogne des siècles durant jusqu’à tomber en poussière. Telle est ma promesse, je ne l’oublierais pas.
Le noble Druchii se redressa et s’adressa en Eltharin à la population gémissante sur un ton inflexible et suintant de morgue, les mots s’échappant de sa gorge dans un crescendo de haine.
–Vous avez été trop faibles pour vaincre. Vous avez été trop faibles pour mourir en guerriers. Vous avez encore été trop faibles pour mettre fin à vos jours. La souffrance et la terreur seront le prix de votre faiblesse pour le restant de vos misérables vies.

Talaneth rejoignit Dalakh et se planta à deux longueurs d’épée, conformément au Hithuan, tandis que les pillards maîtrisaient brutalement les Tiranocii survivants et les enchaînaient sans ménagement.
–Terrible seigneur, j’ai la babiole que m’avez demandée, lança le Druchii avec un sourire malveillant.
Le suivant dévoila la tête décapitée du seigneur borgne qu’il dissimulait sous les replis de sa cape et l’envoya rouler aux pieds du dynaste, ce qui provoqua des cris d’épouvante et de surprise chez les hauts elfes.
–Ce vieux débris a la peau coriace, Monseigneur, ajouta l’assassin alors que son sourire s’élargissait, dévoilant ses dents blanches. Elle ferait une belle paire de gants ou une bonne carte marine.
Une hilarité malsaine parcourut des rangs des Druchii et Dalakh prit un air faussement sévère.
–Des gants ? Tu déraisonne Talaneth. Ils seraient bien trop disgracieux et la carte serait salement fripée à cause de la peau ridée de cette antiquité.
Il posa sa botte sur le visage figé du vénérable Asur, déformant ses nobles traits en une grimace grotesque et les rires cruels des pirates reprirent de plus belle.
–En revanche, il fera un magnifique marchepied, tu ne crois pas ?
Les éclats de rire de Talaneth et Dalakh se mêlèrent à ceux des autres Druchii dans un chœur de ricanements provocants.


Dernière édition par Dalakh le Ven 13 Mai 2011 - 22:59, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mar 19 Avr 2011 - 14:27

(suite)

La procession des chaînes s’enfonçait dans l’obscurité, sous le regard des astres scintillants, témoins muets du malheur des fils d’Ulthuan. Sous les coups et les injures des Druchii, les esclaves progressaient lentement en une longue file accablée. Le raclement des chaînes sur le sol et le cliquetis des lourds maillons se mêlait aux pleurs des plus fragiles tandis que les autres observaient un silence affligé et un port résigné. Les coups des esclavagistes s’intensifièrent et un mutisme lugubre s’abattit sur la colonne.

Dalakh observait l’avance de son bétail, essayant d’estimer sa valeur ainsi que les pertes qu’il ne manquerait pas de subir. Le raid avait été un succès total. Il n’avait perdu que neuf marins dans l’opération et tous étaient de jeunes Druchii engagés pour combler les pertes subies par son père lors de sa dernière expédition. Cela représentait presque un sixième de son équipage mais il ne s’en souciait guère. La guerre purgeait ses rangs des moins robustes et des imbéciles, ainsi les moins aptes succombaient toujours les premiers. S’ils sont morts c’est qu’ils étaient faibles et qu’ils le méritaient, médita-t-il.
Le nombre de prises s’élevait à quatre-vingt-douze sur les cent-trente-huit habitants du village. Soit un ratio de prisonniers exceptionnel – environ soixante-dix pourcents de la population initiale. Il pourrait permettre quelques "distractions" à intervalles réguliers pour conserver le moral de l’équipage durant la période cruciale qui allait suivre. Le dynaste porta son regard vers la ville, où une partie privilégiée des elfes de la Lance des Abysses pillaient les objets de valeur – orfèvrerie, pierres précieuses, or, argent – et rassemblaient toutes les denrées alimentaires qu’ils pourraient embarquer à bord du navire afin de ravitailler équipage et cargaison en vue la suite du raid.

Alors qu’il suivait le déroulement du saccage, l’attention de Dalakh fut attirée par un mouvement furtif dans la pénombre de la palissade est. Il plissa les yeux pour mieux percevoir la scène et une silhouette se découpa dans la faible lueur des étoiles ; elle semblait de petite taille et courait au milieu des herbes hautes. Ashyr, qui avait suivi le regard de son maître, épaula son arbalète à répétition et ajusta son tir. Dalakh se jeta précipitamment sur lui et dévia l’arbalète un instant avant qu’Ashyr ne presse la détente. Ce dernier se tourna vers le dynaste, l’air étonné et contrit.
–Monseigneur ?
–Laisse, ordonna-t-il avant de s’élancer en direction de la silhouette.
Courant à toutes jambes, Dalakh réduisit aisément l’avance de sa cible. Il distinguait désormais parfaitement sa proie : une fillette d’à peine quarante printemps qui courait et trébuchait au milieu de la végétation dense. Elle jeta un œil apeuré par-dessus son épaule et poussa un cri strident en découvrant le Druchii qui fondait sur elle comme un faucon. Dalakh empoigna l’enfant terrorisée par la nuque et les griffes de son gantelet se plantèrent légèrement dans sa peau douce. La fille se débattait dans son étreinte cruelle et ses pleurs redoublèrent. Soudain elle se mit à crier dans le vide en Eltharin, répétant sans cesse un mot inconnu de Dalakh.
–… farnil, farnil, farnil, aide-moi ! Pitié, ne m’abandonne pas ! hurla la fillette de sa voix suraigüe.
Dalakh s’apprêtait à la faire taire lorsqu’il saisit le sens du mot mystérieux. "Farnil", c’était un prénom ! Elle suppliait une personne dissimulée dans le bois qui se situait à une vingtaine de mètre à peine devant elle.
–Grand frère, pitié, pitié… poursuivit-t-elle alors que le désespoir affaiblissait ses cris.
Les yeux gris de Dalakh étincelèrent de ruse et de satisfaction. "Grand frère", ricana-t-il pour lui-même alors qu’une idée odieuse émergeait dans les méandres de son esprit. Il tira un stylet effilé de sa ceinture et le plaqua contre la gorge blanche de la jeune Tiranocii, ce qui la réduisit instantanément au silence.
–Montre-toi Farnil, ou je l’égorge sous tes yeux, clama-t-il en Eltharin dans la direction de la forêt.
Il n’eut pour toute réponse que le bruissement nocturne de la nature. Les sanglots de la jeune elfe reprirent faiblement comme qu’aucune réponse ne venait et Dalakh fit une nouvelle tentative.
–Pourras-tu survivre en sachant que ta lâcheté à condamné ta sœur ? Pourras-tu encore supporter la vue de ton reflet après avoir trahi les tiens ?
Nouveau silence. Le Druchii n’avait qu’une légère torsion à imprimer à son poignet et la fillette mourrait égorgée. Cependant, il leva bien haut la dague pour l’abattre sur le cou dénudé de sa victime. Un cri retentit dans les bois et Dalakh, emplit d’une joie mauvaise, figea aussitôt son bras.
Non ! Arrêtez, ne la tuez pas ! Prenez-moi mais relâchez-la.
–Sors de ta cachette et approche, que je puisse te voir, répliqua-t-il en gardant un ton aussi neutre que possible.
L’Asur quitta finalement le couvert des buissons. C’était un jeune elfe d’environ quatre-vingt ans, sa longue toge ambrée était poussiéreuse et son visage juvénile n’exprimait que l’angoisse. Hésitant, il fit une dizaine de pas vers le Druchii. Lorsqu’il jugea que le Tiranocii était assez proche, Dalakh desserra son étreinte sur le cou de la gamine, qui partit aussitôt en courant pour se jeter dans les bras de son frère.
–Oh, Eolyne mon ange ! s’exclama ce dernier en serrant sa sœur contre son cœur. Je suis là, ne t’inquiète pas, tout va bien.
Ces paroles réconfortantes quoique vides de sens rassurèrent la jeune fille. Farnil releva la tête et ses yeux humides croisèrent ceux, glaciaux, du noble.
–J’ai tenu parole. Si tu souhaite qu’elle vive, fais-en de même.
Il étreignit sa sœur encore plus fort et Dalakh distingua le scintillement des larmes qui roulaient lentement sur ses joues. L’Asur inspira profondément et, dans un effort de volonté colossal, se sépara de sa sœur. Il marcha vers le Druchii, tâchant de paraître aussi digne que possible malgré la peur qui lui nouait les entrailles.
–Farnil ? appela doucement Eolyne, la gorge serrée. Farnil !
Le jeune elfe se figea devant à la détresse déchirante qu’il percevait dans la voix de sa sœur, à tel point que Dalakh crut qu’il allait tourner les talons. Il se reprit cependant et poursuivit sa progression, la mâchoire crispée. Paradoxalement, son martyre rendait ses traits encore plus nobles alors qu’il ignorait tant bien que mal les cris de plus en plus affolés et hystériques de sa sœur. Farnil s’approcha du seigneur qui le toisait, imperturbable, et se planta face à lui, dans une posture de défi. Alors seulement, Dalakh s’autorisa un rictus moqueur qui pétrifia le Tiranocii. Sa main gainée d’acier faillit en un éclair et l’agrippa comme une serre. Son pouce griffu s’enfonça à la base du cou, à la jonction des nerfs, et l’adolescent tomba à genoux, paralysé par la souffrance.

Son cœur manqua un battement lorsque que Farnil vit, impuissant, l’elfe noir sortir une petite arbalète des replis de sa cape. Il n’entendit même pas son propre hurlement à la seconde où Dalakh pressa la détente.
Durant un instant terrifiant, le temps sembla se figer et il croisa les grands yeux émeraude et incrédules d’Eolyne. Soudain, sa tête angélique fut projetée en arrière dans un tourbillon de sang et de cheveux dorés. Farnil n’aperçut qu’après coup le carreau empêné de noir fiché dans son orbite gauche.
Le monde sembla se contorsionner autour de lui, le sang lui battait douloureusement les tempes. Tout s’évanouissait et dansait autour de lui. La nausée l’envahit et il se plia violemment, vomissant ses entrailles.

–Vous m’aviez promis, vous m’aviez promis…, répétait-t-il sans cesse en se balançant faiblement d’avant en arrière, les yeux fixés sur le sol et les bras serrés contre son corps.
Dalakh, qui avait relâché sa prise, observait le jeune Tiranocii avec un mélange d’amusement et d’aversion.
–J’ai promis de la relâcher et c’est ce que j’ai fait, rétorqua le Druchii, impitoyable.
Farnil leva vers Dalakh ses yeux rougis par les larmes et la haine que ce dernier y perçut le frappa par son intensité. L’Asur, fou de chagrin, se leva d’un bond et se jeta sur le jeune noble qui le toisait. Il délivra un déluge d’injures et de coups, frappant vainement son oppresseur. Ses insultes moururent dans un sifflement aigu lorsque Dalakh lui écrasa brutalement la trachée entre ses doigts fins, le soulevant légèrement du sol. Il relâcha finalement sa prise et Farnil s’effondra par terre, pris une violente quinte de toux. Le dynaste se pencha vers lui jusqu’à ce que leurs deux visages ne soient plus séparés que de quelques centimètres.
–Tu me hais ? demanda-t-il avec une curiosité et une franchise qui le surprirent lui-même.
Les yeux ravagés de l’elfe croisèrent ses siens et il vit une lueur nouvelle y naître lentement.
–Je ne serais jamais comme vous, sales monstres, cracha-t-il à la face du dynaste.
Les yeux de ce dernier s’agrandirent lentement de surprise et il éclata d’un rire sans joie qui fit tressaillir Farnil.
–Rassure-toi, tu ne seras jamais comme moi, reprit Dalakh, sur le ton de la confidence. Non, tu dois me haïr maintenant et de toute ton âme car bientôt tu n’en aura même plus la force. Le désespoir et la douleur seront ta seule compagnie pour l’éternité et tu souhaiteras ta propre mort bien plus souvent que la mienne.
Il se pencha encore pour chuchoter dans l’oreille de l’Asur sur le même ton apaisant que lui, quelques minutes plus tôt.
–Ne t’inquiète pas, je vais t’aider.
Le Tiranocii planta son regard perdu dans le sien et Dalakh vit l’infime lueur d’espoir qui naissait dans le tumulte et la confusion qui l’habitaient. Il sourit intérieurement et s’empressa de l’étouffer.
–Sache ceci : si tu meurs durant le voyage jusqu’à Naggaroth, je te dépècerais, je t’équarrirais et je jetterais ta chair en pâture aux tiens. Qu’ils t’aient aimé, qu’ils t’aient élevé, peu importe ; ils se jetteront sur la viande encore fumante comme des rats affamés. Tu n’as qu’une option : survivre.
Il lut dans les yeux de l’elfe l’horreur et la folie qui le menaçaient alors que les mots empoisonnés de Dalakh se gravaient dans les tréfonds de son âme.

Dalakh se détourna de l’Asur prostré pour faire face à Nash qui approchait d’un pas assuré. Il semblait parfaitement à l’aise dans son rôle d’officier en second et Dalakh nota qu’il ne laissait qu’une longueur d’épée entre eux.
–Terrible seigneur, nous avons presque fini de vider le village des ses richesses et vivres. À l’heure du loup, nous pourrons embarquer à bord de la Lance des Abysses.
–Parfait, lieutenant. Une fois que nous aurons extrait tout ce que cette bourgade a à offrir, réduisez-la en cendres.
Les yeux de Nash s’agrandirent sous l’effet de la surprise et il lutta pour contenir les mots qui se bousculaient dans sa bouche. Finalement, il objecta d’une voix totalement neutre mais qui ne faisait que souligner son irritation aux yeux de Dalakh.
–Cela risque d’attirer l’attention, Effroyable seigneur, ainsi que les patrouilles côtières et maritimes.
Les lèvres de Dalakh se retroussèrent, révélant sa dentition parfaite.
–Précisément.

La Lance des Abysses faisait voile vers le sud, à travers les eaux traîtresses des Terres Immergées, restant aussi loin que possible des routes maritimes fréquentées. Dalakh avait réuni ses officiers et suivants dans la cabine du capitaine. Les Druchii se tenaient debout autour d’une somptueuse table d’ébène où reposait une grande carte extrêmement détaillée – et onéreuse – de la côte ouest d’Ulthuan, au milieu des raisins, des agrumes, du vin et autres témoignages du succès de leur précédente attaque. À droite du capitaine, Nash étudiait attentivement une zone au sud de leur position actuelle en compagnie de Batukan, le quartier-maître. De l’autre côté de la table se tenaient ses suivants, Ashyr, Kelen, et Talaneth. Ce dernier était posté légèrement en retrait, à l’angle de la table, si bien qu’il tenait tout les occupants de la cabine ainsi que la porte dans son champ de vision.
–Jusqu’ici cette expédition a été un succès total, entama Dalakh. Nos cales sont remplies de chair, de mets et de trésors, à tel point nous pourrions dès à présent rentrer sans honte à Naggaroth. La vengeance est consumée, cependant il reste un dernier détail à régler pour que la gloire de la Maison Sarothal soit intégralement restaurée.
Il marqua une pause et nota que tous buvaient ses paroles, dans l’expectative.
–Comme certains d’entre vous le savent, poursuivit-t-il en jetant un coup d’œil en direction du second, le but premier de cette expédition est de récupérer certaines choses qui appartiennent de droit à ma famille. Le draïch de mon père, symbole de notre autorité, et également sa meurtrière, dont la vie nous appartient désormais par les droits de la vengeance. Nous abordons donc la partie la plus délicate de la campagne. Je vais être très clair : nous ne savons ni où se trouve notre proie ni où se trouve l’arme.
Ashyr, Kelen et Batukan échangèrent des regards dubitatifs tandis que Talaneth demeurait impassible, un léger sourire flottant sur son visage. Les yeux de Dalakh glissèrent subtilement vers Nash, guettant sa réaction. Le lieutenant s’était légèrement raidi, les yeux braqués droit devant, et son visage n’exprimait absolument rien. Dépit, supposa Dalakh avant de reprendre.
–Nous ne pouvons pénétrer en force dans les terres et prendre par les armes ce qui nous revient, ce qui signifie nous allons devoir nous séparer. Un petit groupe que je mènerais s’infiltrera en Ulthuan tandis que le reste de l’équipage fera diversion en mer.
Les Druchii se rapprochèrent de la carte et Dalakh surprit la lueur de d’allégresse qui dansait dans le regard de son second. La Lance des Abysses ! C’est donc ça que tu désire, sale rat des mers, réalisa Dalakh en modifiant du même coup ses plans.
–Talaneth, Ashyr et Nash m’accompagnerons à terre. Kelen et Batukan dirigerons la Lance des Abysses en mon absence, annonça le dynaste, ignorant le regard brûlant de haine du second lui picotait la nuque.
Ce dernier bouillait littéralement de colère et de frustration à peine contenues, à tel point que le colossal quartier-maître fit un pas prudent sur le côté.
–En ce qui concerne le navire, ne prenez absolument aucun risque, indiqua-t-il à Kelen et Batukan. Frappez des cibles vulnérables et éloignées les unes des autres afin de semer de trouble. Livrez régulièrement un esclave à l’équipage en cas d’inactivité. Si vous devez absolument effectuer des réparations ou recruter, faites-le à Klond, ajouta Dalakh en pointant le port Druchii sur la carte.
Il se tourna vers les autres.
–Talaneth, tu sélectionneras un vétéran parmi l’équipage pour nous accompagner. Nous débarquerons au même lieu qu’Huldron pour atteindre les villages qu’il a pillé et "récolter" des informations sur notre gibier. Ensuite nous aviserons. Au bout de deux semaines, passez hebdomadairement avec le vaisseau au point de débarquement, indiqua-t-il au quartier-maître et à l’ancien corsaire. Le premier jour de chaque semaine, hormis si la zone est trop dangereuse.
Dalakh ne donna sciemment pas d’instructions dans le cas où il mourrait. Tout ce qui pourrait alors contrarier son frère Syras serait le bienvenu.
Druchii ! tonna-t-il. Les larmes écarlates ont coulé pour nos frères défunts. La dette de sang est payée. La traque peut débuter.


Dernière édition par Dalakh le Ven 13 Mai 2011 - 23:00, édité 3 fois
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Knurlnien
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mar 19 Avr 2011 - 19:23

Toujours aussi bon !
Je réprouve quelques clichés mais ils sont tellement efficaces (sauf le dernier avec la fuite de la fillette vraiment en trop AMHA)...

J'ai relevé quelques fautes :
Citation :
Dalakh éclata d’un rire cruel pour qui résonna étrangement dans le village silencieux.

Citation :
aucun ne cs’était rendu au moment de l’assaut

Citation :
es griffes de son gantelet se plantèrent légèrement dans sa peau douce.

Sinon, où se trouve Klond ?

Knur'
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mar 19 Avr 2011 - 21:57

Toujours aussi bon ;-)
Sinon pour étoffer le travail de Knur:

Citation :
Livrez régulièrement un esclave à l’équipage en cas ld’inactivité.

Narog qui se dit que l’icône de nouveau message privé devrait être plus visible...
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Dalakh
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 20 Avr 2011 - 14:31

Merci ! Et surtout à Knur' pour m'avoir fait prendre conscience que c'était mieux si on s'attachait à un HE avant qu'il se fasse liquider. *siffle*

Knurlnien a écrit:
Je réprouve quelques clichés mais ils sont tellement efficaces (sauf le dernier avec la fuite de la fillette vraiment en trop AMHA)...

Sinon, où se trouve Klond ?
Dommage, je l'aimais bien celui là. XD

Sinon Klond c'est ici *gg* (petit hommage au travail de Kormin)

Dalakh,
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Mer 20 Avr 2011 - 16:14

DALAKH,

m'autoriserais tu à copier/coller dans un fichier word pour usage perso ? j'aimerai bien voir pour un sénar de JDR :) (ok y aura peut etre quelques joueurs au courant de l'histoire ...... il le faut bien !)
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Jeu 21 Avr 2011 - 11:30

Pas de problème pour moi (si tu me cite précise-le que ça me fasse un peu de pub *;)* ).

En fait tu veux le scénar' complet ?

Dalakh,
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Jeu 21 Avr 2011 - 14:37

non non je vais laisser faire mon imagination d'après ce que tu as ecris et inventer tout un truc pour l'adapter à jdr ! j'aime bien quand y a de l'intrigue ! (je dois faire ça dans 15 jours j'ai le temps)

Copyright DALAKH - Ulthuan VS Naggaroth TEAM.
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Jeu 21 Avr 2011 - 19:14

farfa34 a écrit:
non non je vais laisser faire mon imagination d'après ce que tu as ecris et inventer tout un truc pour l'adapter à jdr ! j'aime bien quand y a de l'intrigue ! (je dois faire ça dans 15 jours j'ai le temps)

Copyright DALAKH - Ulthuan VS Naggaroth TEAM.

Bonne réponse ! Tu aurais vraiment raté quelque chose *;)* depuis que j'ai légèrement changé l'intrigue je trouve ça rend beaucoup mieux (suspense).

UvsN Team ? Je suis pas vraiment de la team du fofo... A voir avec les chefs.

Dalakh,
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Sam 23 Avr 2011 - 23:24

Hum, juste pour signaler que je suis toujours un lecteur assidu, qui t'encourage à continuer.
Ce genre de récit, ça se savoure sur le long terme.

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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Ven 13 Mai 2011 - 22:40

Merci Llo, c'est incroyable ce qu'un petit encouragement peut être motivant *^^* . Pour la peine voilà la suite !

Bonne lecture ! (petit edit du vocab.)


Chapitre 7 : La Traque

Dalakh se leva et inspecta ses habits. Il portait une longue toge bleue royal, ornée d’un phénix cousu de fils dorés et écarlates qui s’élevait d’un brasier rougeoyant vers un ciel profond, constellé d’étoiles de fils argenté. Les ourlets étaient bordés de flammes dans lesquelles on pouvait lire des prières à Asuryan. C’était un habit de cérémonie, réservé aux jours d’hommage au roi des dieux, qu’ils avaient dérobé lors du pillage avec de nombreux autres. Dalakh avait longtemps hésité sur le déguisement adéquat pour s’infiltrer en Ulthuan. Un uniforme de soldat leur aurait conféré une certaine autorité mais ils auraient alors été sujets aux contrôles militaires et autres procédures strictes qui aurait pu les perdre. Il avait finalement opté pour un accoutrement de fidèle d’Asuryan qui leur donnait une certaine respectabilité tout en les laissant relativement libres de leurs mouvements. Le dynaste inspecta son paquetage : il y avait là quelques poisons aux effets particuliers, une gourde d’hushalta, des provisions séchées pour plusieurs jours et de l’eau, ainsi qu’une épée de facture tiranocii. Dalakh passa une pèlerine sobre et légère, d’un gris brumeux, par-dessus sa toge et enfila ses bottes avant de quitter la cabine.
Les autres étaient déjà prêts et patientaient sur le pont, au milieu des regards moqueurs et des piques douteuses de l’équipage. Ils étaient ceci dit bien moins ridicules que Dalakh ne le craignait – voire même convaincants. Il subsistait cependant plusieurs accrocs de taille : le teint pâle des Druchii et leurs cheveux de jais, sans compter leur attitude martiale, marque de siècles de combat. En outre Ashyr l’avait convaincu d’emmener une arbalète à répétition pour la chasse, étant donné qu’aucun d’entre eux n’était rompu au maniement de l’arc. Mais il était trop tard pour y remédier, désormais ils devraient gérer cela pendant la marche jusqu’aux villages pillés par son père.
Nash, qui scrutait le rivage, héla alors le jeune noble.
–Capitaine, jetez un coup d’œil par là.
–Et bien ? répondit finalement Dalakh, agacé de ne rien voir.
–Cet arbre-ci, indiqua le second en pointant du doigt un vieux pin vrillé par les vents et les tempêtes, je le reconnaitrais entre mille. C’est ici que nous avons débarqué, à partir de là il nous suffit de remonter la piste jusqu’à notre destination.
–Parfait, Nash. Parez à la manœuvre, nous débarquons sur-le-champ.

Le groupe réduit filait à travers les vastes plaines fertiles et les bosquets lumineux de Tiranoc, chassant à l’occasion le gibier local – principalement daims et lièvres – pour préserver leurs provisions. Ils progressaient aussi loin que possible des voies fréquentées et campaient au cœur des bois malgré leur déguisement. Moins il y aurait d’Asur au courant de leur présence ici, mieux cela vaudrait. Sous le soleil estival, le teint de Dalakh ne tarda pas à se hâler, passant d’une pâleur d’ivoire à un doré léger alors que ces compagnons demeuraient presque aussi blafards qu’à Naggaroth. Le climat doux d’Ulthuan et l’abondance de proies facilitait grandement le voyage et ils parvinrent le lendemain de leur départ sur les lieux de la défaite d’Huldron.

Nash parcourait le champ de bataille, ou plutôt le champ de mort. Les Tiranocii avaient dû emporter les leurs pour les inhumer car il n’en comptait aucun parmi les cadavres qui jonchaient l’herbe verdoyante. Ils avaient laissé les Druchii de la Lance des Abysses pourrir sur place, si bien que l’air était saturé par la puanteur écœurante de la putréfaction et le bourdonnement constant des mouches. Les corsaires avaient tous eu les yeux crevés par les corbeaux et certains s’était fait dévorer les parties tendres par des renards ou des sangliers si bien qu’ils n’avaient plus ni nez ni lèvres. Les cadavres violacés étaient bouffis, rongés par les larves blanches et grasses de mouche qui grouillaient dans leurs bouches et leurs plaies suppurantes. Le lieutenant sentait le goût amer de la défaite se mêler à la pestilence des oiseaux de mer défunts et saturer ses sens, provoquant un haut-le-cœur. Nash avait une longue expérience de la guerre et de sa laideur, mais voir ses anciens camarades de bord aussi corrompus et souillés c’en était trop. Ils étaient ses hommes, ses marins, il les avait formés, commandés et côtoyés pendant des décennies. Ces Druchii étaient comme ses frères et chacun de leurs tourments était une offense personnelle. Ils étaient morts en guerriers, ils méritaient mieux que ça, s’insurgea-t-il. Bientôt, la nausée et l’indignation se muèrent en une rage bouillonnante, une sainte colère qui lui dévorait les entrailles et déformait ses traits.
Par la main de Khaine ! jura-t-il au milieu du charnier. Dette de sang payée, quelle foutaise ! Ils paieront encore, mes frères, ils paieront encore…
Le lieutenant releva les yeux, la main crispée sur la poignée de son épée, à la recherche d’une cible sur laquelle déverser son courroux. Son regard irradiant de haine s’arrêta sur Dalakh qui parcourait le champ de bataille. Ce nobliau de pacotille, ce sale reptile vicieux, cette vipère répugnante ; il inspirait à Nash une aversion presque atavique, tel un serpent venimeux – dangereux et abject. Parfois Nash rêvait de frapper les corsaires de la Lance des Abysses, encore et encore, pour qu’ils se réveillent enfin, qu’ils ouvrent les yeux sur la pourriture derrière le masque. Le second peinait à croire qu’ils aient pu se laisser aussi aisément berner par ce mince verni de charisme et de promesses creuses que Dalakh leur agitait sous le nez pour dissimuler sa vanité et son mépris de tout. Mais Nash n’était pas dupe et il sauverait ses hommes et son vaisseau, avec ou sans leur consentement.

Dalakh arpentait la colline et son espoir d’y trouver l’arme de son père se noyait peu à peu dans une tension croissante, sans qu’il parvienne à en déterminer la cause. Il enjambait les cadavres grouillants de vermine, assailli par l’odeur pénétrante de la pourriture, cherchant des yeux la lame effilée du draïch des Sarothal. Dalakh parvint finalement à un carré d’herbe brûlée, jonchée de cadavres carbonisés et contorsionnés dans des poses qui exhalaient une souffrance muette. Il poursuivit vers l’autre colline alors que son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine et que tout son corps se raidissait. Il ne comprenait pas son malaise et cessa lentement de raisonner, se mouvant machinalement à travers les morts.
Soudain, il se figea, les yeux braqués sur le sol à ses pieds et tout devint d’une effroyable clarté. Devant lui se trouvait un cadavre bouffi et en grande partie décomposé. Son visage était réduit à une masse corrompue et des vers gigotaient au fond de ses orbites vides, pourtant il n’y avait aucun doute possible. C’était Huldron Sarothal. À cet instant, la réalité le frappa de plein fouet : son père était mort. Dalakh tituba comme si on l’avait giflé et les vannes de son esprit s’ouvrirent en grand, déversant tout ce qu’il avait jusque là refoulé dans les tréfonds de son être : la honte, l’espoir, les regrets, l’envie, la peine, l’impuissance. Il venait de perdre celui qui avait été le pilier de son existence pendant tant d’années. Tant d’années passées à tenter désespérément de le rendre fier, de lui tirer autre chose que du mépris, du silence ou des reproches obscurs. Enfant, Dalakh surprenait parfois dans son regard une tristesse lancinante lorsqu’Huldron le battait ou le dépréciait et il croyait devoir être plus fort, il essayait, encore et encore. Mais, malgré tout ses efforts, rien ne changeait et l’espoir, la honte, la peine et l’impuissance se muèrent en colère et en désespoir, en jalousie pour ses frères. Alors vint la haine, profonde et glaciale, patiente et implacable. Chaque coup, chaque marque de mépris, chaque injustice venait alimenter la gangue de glace noire qui lui enserrait lentement le cœur, consumant ses sentiments et ses peines. Il n’en resta au bout du compte plus rien, rien que l’ambition dévorante et l’intelligence froide dans l’attente de son heure. Mais ils revenaient le hanter – ses fantômes du passé – pour le mettre face à sa propre faiblesse. Le jeune dynaste repoussa violemment ces pensées loin de son esprit, avec une véhémence et une brutalité qui le laissèrent lui-même abasourdi. Non, s’insurgea-t-il, il ne fallait pas s’attacher, il ne fallait pas regretter, jamais. Il n’y avait que le pouvoir, rien que le pouvoir, juste le pouvoir…
Le pouvoir avait un atroce goût de cendre et de désolation.

-Sire ?
La voix de Talaneth sortit brutalement Dalakh de ses souvenirs et il réalisa qu’il s’était accroupi devant la dépouille de son père.
Quoi ? cracha-t-il sur ton cassant avant de parvenir à se maîtriser.
Talaneth ne parut pas s’en émouvoir et sa voix était aussi dénuée de passion de son visage spectral lorsqu’il répondit.
–Le lieutenant rassemble les corps. Il souhaite dresser un bûcher funéraire.
Le jeune noble jura en se relevant. Sa stupidité était-elle donc sans bornes ? Il se dirigea à grande enjambées vers Nash et le pillard vétéran qui entassaient les cadavres infects des corbeaux de tempête.
–Avez-vous trouvé la lame, Terrible seigneur ? demanda Talaneth alors que le dynaste passait à sa hauteur.
Dalakh s’immobilisa instantanément en réalisant qu’il avait totalement oublié le draïch.
–Non, maugréa-t-il. Poursuit les recherches. Ashyr, suis moi.
Dalakh dévalait la pente en direction des Druchii affairés, talonné par Ashyr qui arma son arbalète à répétition dans un cliquetis métallique. Nash releva la tête vers les elfes en approche et le capitaine nota que son visage exprimait une franche hostilité. Dalakh vit la main du lieutenant glisser en direction de son épée et sa colère gonfla d’autant. Il se planta à deux longueurs d’épée du corsaire alors que la haine semblait figer l’air entre eux.
–Par les milles visages de Khaine, qu’est-ce-que vous croyez faire, Nash ?
–Mon devoir, rétorqua-t-il aussitôt, accusateur.
Votre devoir ? Votre devoir est de me servir et rien de plus !
–J’ai un devoir envers mes frères et mon navire. Tout comme vous, ajouta-t-il finalement.
Vos frères ? Mon père est mort ici ! Je n’ai pas de temps à perdre avec vos jérémiades !
Sa voix manqua de se briser alors qu’il prononçait ses mots funestes mais la colère le soutint. Alors, le rire de Nash vint résonner à ses oreilles ; un rire moqueur, empli de sous-entendus, qui n’exprimait que trop bien les pensées du second à son égard. Un rire qui le traitait de menteur. Sans même réfléchir, Dalakh tira son épée et avança sur le lieutenant qui faisait de même, avec la ferme intention de l’égorger sur place. Son geste fut bloqué par une poigne de fer. Le noble pivota vers Talaneth qui l’entravait et tenta de le frapper sauvagement.
–Seigneur ! Songez à la mission, siffla le suivant avec insistance.
Dalakh essaya encore de se dégager afin d’étriper le serviteur mais l’assassin le maîtrisait avec une force surprenante. Leurs yeux se croisèrent et la rage du dynaste reflua face au regard froid et imperturbable de son suivant, faisant place à la raison. Il se décontracta tandis que Talaneth tardait à relâcher son emprise.
Écarte-toi, siffla-t-il à l’assassin, menaçant.
Ce dernier le gratifia d’un sourire énigmatique avant de le lâcher et de reculer à distance hithuan.
–Nous ne pouvons nous permettre le moindre gâchis, articula Dalakh à contrecœur, ni d’être repérés. Suivez mes ordres à la lettre et nous survivrons peut-être.
Son regard anthracite croisa celui, flamboyant de colère, de Nash.
–Ou peut-être pas, songea-t-il froidement.

Il n’y avait pas la moindre trace du draïch d’Huldron parmi les carcasses pourries et Dalakh voyait sa tâche devenir encore plus complexe. Le dynaste avait espéré récupérer ici le symbole de l’autorité de la famille et ne s’occuper de la magicienne, jugée secondaire, que si cela présentait un risque minime. Désormais il devenait impératif de la capturer vivante pour lui soutirer la localisation de l’arme tant convoitée. Le noble druchii avait en outre noté que le corsaire choisi par Talaneth pour les accompagner s’était tenu à l’écart lors de leur incartade, évitant manifestement de prendre parti. Dalakh ne parvenait pas à déterminer si c’était une bonne chose ou pas et il héla Talaneth.
–Le vétéran que tu as choisi…
–Je le surveille de prêt, Monseigneur, l’assura-t-il d’un air entendu.
–Je sais, trancha Dalakh qui n’avait pas songé un instant qu’il pût en être autrement. Éloigne-le de Nash. Fais en sorte qu’ils ne puissent se parler en privé.
Le suivant acquiesça en silence alors que Dalakh donnait l’ordre de reprendre la route.

Les Druchii déguisés parvinrent au premier village pillé au crépuscule du lendemain. La bourgade était déserte, uniquement peuplée par le vent, gémissant tel un spectre égaré dans les maisons béantes et abandonnées. Aussi passèrent-t-ils leur chemin, contournant le village mort à bonne distance pour rejoindre le second. Ils eurent plus de chance lorsqu’ils atteignirent ce dernier, en fin d’après-midi. Dissimulés dans les fourrés, les infiltrés détaillèrent la population. Le village paraissait relativement peuplé sachant qu’il avait subi un récent pillage et il apparut rapidement que la majeure partie des Asur qui l’occupaient étaient des militaires. Dalakh fut tout d’abord contrarié par cette nouvelle donnée, avant d’y réfléchir à deux fois. Finalement cela lui apparaissait comme une bénédiction de la Sombre Mère en personne. En effet, il s’agissait certainement des troupes qui avaient défait son père et qui pourrait mieux les renseigner sur la magicienne que ceux qu’elle avait elle-même commandé ? Le jeune dynaste résolut de ne pas tester ici leur supercherie. La zone venait de subir un raid et la méfiance ambiante risquait d’avoir raison d’eux. Il avait dans l’idée de capturer un Tiranocii isolé pour l’interroger et disparaître aussitôt.
Leur proie se présenta au crépuscule, alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient à travers l’épais feuillage mordoré, sous la forme d’un héraut chevauchant un coursier athlétique. L’elfe fut quelque peu ralenti dans la livraison de sa missive lorsque le carreau à empenne noire d’Ashyr creva l’œil de sa monture, perforant le cerveau de l’animal. La bête lancée au galop s’effondra sur la route, projetant son cavalier en avant. Le messager avait à peine touché le sol lorsque les autres Druchii se jetèrent sur lui. Talaneth lui assena un coup expert derrière le crâne, l’assommant avant même qu’il ne réalise la menace. Le groupe traina aussitôt le cheval et le cavalier à l’écart de la route, recouvrant de terre le sang frais. Moins d’une minute après l’attaque, il ne restait pour seul témoignage de l’agression qu’un peu de terre retournée et des craquements sourds dans la forêt environnante.

La première chose que Rovaniel ressentit lorsqu’il revint à lui fut la souffrance, lancinante et diffuse, qui lui compressait le crâne comme un étau. La seconde fut l’ouïe et le sifflement de ses oreilles se mua en une multitude de bruits aussi flous et indéchiffrables les uns que les autres. Le héraut ouvrit lentement les yeux mais ne voyait absolument rien. La panique l’envahit en songeant qu’il était aveugle avant de pouvoir distinguer une légère nuance de gris et finalement la dentelle sombre du feuillage qui le surplombait. La douleur de son crâne refluait lentement et Rovaniel perçut les bruissements et les cris nocturnes typiques des bois auxquels vinrent s’ajouter des sons étrangement durs et sifflants qui semblèrent s’amplifier avant de disparaitre soudainement. Une ombre indistincte s’approcha de Rovaniel, le surplombant, et la peur chassa instantanément toute brume de son esprit. Il sursauta lorsque la silhouette lui adressa la parole d’une voix claire, en Eltharin.
–Comment allez-vous, mon garçon ?
Cette question raviva brusquement les contusions de l’Asur qui lui engourdissaient la jambe et le bras droit ainsi que tout le dos.
–Hum, j’ai mal au crâne, répondit-t-il finalement.
–Tenez, buvez.
L’inconnu lui tendit une écuelle remplie l’eau fraiche et Rovaniel la vida d’une traite. Ses esprits revenaient rapidement désormais et il distinguait un peu l’ombre accroupie. C’était un elfe portant une longue toge dont il percevait quelques reflets dorés et argentés. Il détailla son visage à la faible lueur nocturne. Sa bouche lui offrait un sourire avenant qui semblait pourtant ne jamais atteindre ses yeux gris perçants. Rovaniel éprouva soudain un certain malaise.
–Qui êtes-vous ?
–Je suis juste un humble serviteur d’Asuryan, mon garçon. Nous t’avons trouvé inanimé sur la route.
Le messager nota l’accent curieux de l’elfe, semblable à celui de Chrace mais légèrement plus sec.
–Vous êtes Chracien ? Je ne reconnais pas votre accent.
–Oui, répondit finalement la silhouette, d’une voix curieusement tendue. De l’extrême ouest de Chrace.
Puis Rovaniel se remémora sa chute, son cheval et la mission. Son esprit s’emballa et l’Asur se redressa d’un bond
–Le message ! Sharyl (son cheval) !
–Reste allongé, lui intima l’elfe, tu dois te reposer. Ta monture n’a pas survécu à sa chute.
Le fidèle d’Asuryan le bloqua d’une main ferme et le ton de l’elfe augmenta son malaise. Il crut y déceler un avertissement, voire une menace, et sa panique augmenta d’un coup. La voix dénuée d’émotion de l’elfe alors qu’il prononçait la dernière phrase lui fit l’effet une douche froide et Rovaniel scruta l’adepte, méfiant.
–Lâchez-moi, je vais bien, lâcha-t-il, plus cassant qu’il ne l’aurait voulu. Je dois porter un message urgent à Lothern.
Son instinct lui dictait de mentir sur sa destination qui était en réalité un fort de garnison, non loin. Le fidèle tira le cylindre cerclé d’argent qui contenait la missive.
–C’est ça que tu cherche ? demanda-t-il sans aucune bienveillance.
–Donnez-le-moi !
–Qui commandait cette troupe lorsque vous avez vaincu les Druchii ? Où est-elle ?
Le ton inquisiteur et inflexible de l’elfe fit frémir le héraut et ses entrailles se nouèrent sous le coup d’un terrible pressentiment. Il tâta vers sa ceinture, constatant qu’il n’avait plus d’armes. Son cerveau travaillant à toute vitesse, Rovaniel saisit une pierre et frappa vers le crâne du soi-disant fidèle d’Asuryan. Son coup manqua de précision et l’agresseur le bloqua en saisissant son poignet.
Répond ! chuinta l’ombre en lui agrippant sauvagement la gorge de sa main libre.
Rovaniel frappait vainement le bras de son assaillant mais ce dernier ne fit que refermer son étreinte d’acier sur sa trachée. Soudain, le monde ne fut plus que douleur. La souffrance déferla dans tous les muscles du corps de Rovaniel qui se cambra sous le choc. Il ne parvenait même pas à hurler, alors que l’elfe avait relâché sa prise, tant la souffrance le tétanisait. La douleur n’en finissait pas, irradiant dans chaque parcelle de son être comme s’il se trouvait au cœur d’un brasier infernal. Tout disparut de son esprit, il ne restait plus que la souffrance, infinie, inimaginable, qui le consumait sans qu’il puisse y échapper.

Dalakh lavait consciencieusement les humeurs séchées qui lui maculaient les mains, le torse et le visage, rougissant l’eau limpide d’un ruisseau forestier. Il eut un bref sourire en repensant aux cris étouffés de l’Asur alors qu’il ravageait ses chairs et au supplice lisible dans ses yeux privés de paupières. Le poison qu’il avait versé dans l’eau de l’Asur avait bien rempli son office. Il s’agissait de sitrya, un poison à base de salive d’hydre qui avait la propriété de stimuler à l’extrême toutes les terminaisons nerveuses de la victime, provoquant une sensation de brûlure intense dans tout le corps et une souffrance incroyable, sans pour autant la tuer. Même si l’elfe n’y avait pas cédé, faisant preuve d’une impressionnante volonté, cela avait efficacement entamé sa résistance et sa volonté. N’ayant pas d’outils de torture civilisés sous la main, Dalakh avait dû se cantonner à des techniques grossières mais éprouvées et le prisonnier avait fini par parler après six heures d’interrogatoire intense.
Le jeune noble avait apprit que la magicienne qui commandait l’ost se nommait Ilthea et qu’elle avait laissé son poste vacant suite à sa victoire pour aller à Tor Elyr. L’inquisition c’était poursuivie un certain temps avant que Dalakh n’acquière la certitude que le messager ne savait rien du draïch. La meurtrière de son père restait donc sa seule piste et il savait désormais où la débusquer.


Dernière édition par Dalakh le Dim 15 Mai 2011 - 19:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Ven 13 Mai 2011 - 22:43

(suite)

Dalakh décida d’atteindre Ellyrion en traversant les Annulii loin des cols fréquentés, arguant que si les Asur s’apercevaient de la disparition d’un héraut de l’armée il y aurait des contrôles sévères à ses points frontaliers stratégiques. Les Druchii se trouvèrent bientôt confrontés aux majestueux pics enneigés qui se dressaient d’un horizon à l’autre tels une muraille impénétrable et resplendissante. Le voyage à travers les vallées sinueuses et les versants escarpés fut autrement plus rude que dans les plaines. Les provisions diminuaient rapidement et le gibier se fit rare et farouche. Le groupe eu à fuir à plusieurs reprises pour échapper à une hydre, une chimère ou autre bête monstrueuse qui hantait les cimes des Annulii.
Finalement, après avoir passé plusieurs cols enneigés, les Druchii harassés bifurquèrent vers le nord pour rejoindre la route principale vers Tor Elyr. En réalité il s’agissait d’une large bande d’herbe rase et piétinée au milieu de l’océan infini des plaines d’Ellyrion où galopaient librement les célèbres chevaux éponymes. Dalakh jugea qu’il était temps d’éprouver leur couverture. Ils étaient donc des pèlerins, fidèles d’Asuryan, qui se rendaient à l’Île de Feu pour honorer le roi des dieux. Ils avaient fait vœu de silence en pénitence, hormis Dalakh leur porte-parole (et le seul qui parlât parfaitement Eltharin). Ils éprouvèrent la ruse à de nombreuses reprises dans des relais sur la route, sans incident majeur, durant les deux semaines de voyage jusqu’à la capitale d’Ellyrion.

Le vent qui battait constamment la plaine ondoyante charriait une fragrance nouvelle : la fraicheur de la brise marine. Dalakh devina qu’ils approchaient de la Mer Intérieure et donc de Tor Elyr. Ils arrivèrent en vue des tours albâtres de la cité alors que le soleil commençait à décliner dans le ciel azuré. La ville ne ressemblait à rien de ce que les Druchii aient jamais put voir ou même imaginer. Tout y soulignait l’harmonie parfaite entre les Ellyriens et leurs majestueux coursiers ; de l’absence de remparts extérieurs à la largeur des portails de la ville intérieure. Les rues étaient également très larges et il n’y avait pas un pouce de route pavée mais uniquement un gazon ras et dense. Même les ponts qui enjambaient les deux fleuves confluant vers la presqu’île centrale de la cité en étaient recouverts. Dans les rues se croisaient indifféremment elfes et chevaux, qu’ils soient montés ou non.
Alors qu’ils atteignaient les abords de la ville le groupe fut intercepté par la garde de la ville.
–Halte. D’où venez-vous ?
–De Tiranoc. Nous avons encore une longue route jusqu’au temple d’Asuryan.
Le garde acquiesça pensivement tout en scrutant attentivement les autres elfes du groupe.
–Vous, retirez vos capuches que je voie vos visages.
Les Druchii ne bronchèrent pas, ne comprenant rien à la conversation. Dalakh songea que ce n’était que mieux en réfléchissant à toute vitesse à une échappatoire.
–Ils ont fait vœu de silence et de pénitence. Ils doivent se cacher au monde jusqu’à ce que le Dieu Phénix ne les lave de leurs fautes, lâcha-t-il un peu précipitamment.
Le garde jeta un coup d’œil à Dalakh qui y lut de la méfiance. Une boule se forma dans sa gorge alors qu’il tentait de conserver son sang-froid.
–Montrez-moi votre sac, ordonna-t-il finalement.
Le noble elfe noir réprima un juron en tendant son paquetage. Son sac contenait ses fioles de poison et son hushalta. Le garde examina le sac, s’arrêtant un instant sur l’épée, et sortit la gourde d’hushalta. Dalakh sentit son cœur s’emballer alors qu’il la débouchait pour en sentir le contenu. Le garde eu une grimace de dégoût et écarta précipitamment le breuvage laiteux.
–Qu’est-ce-que c’est que ça ?
–C’est une boisson de pénitence, répondit Dalakh, de plus en plus nerveux.
Le garde lui jeta un regard ahuri.
–Vous buvez ça ?
–Pas moi, répondit aussitôt Dalakh en feignant un sourire.
L’Ellyrien fixa Dalakh puis le groupe, manifestement suspicieux.
–Suivez-moi.
–Pourquoi ? demanda le dynaste en regrettant aussitôt sa réaction brusque.
–Tous les voyageurs venant de Tiranoc sont contrôlés. Il y a eu un village rasé et un messager a disparu corps et âme récemment.
Dalakh hocha gravement la tête, ce que le garde prit pour un assentiment. En réalité le Druchii tentait de ne pas succomber à la panique. Il n’avait pas prévu que des mesures seraient prises jusque dans les royaumes voisins de Tiranoc et maudit sa propre ineptie. Les gardes les encadrèrent pour les diriger et Dalakh pria la Sombre Mère pour que les autres ne perdent pas leur sang-froid. Ils relevèrent les yeux vers le noble lorsque les Ellyrien les poussèrent en avant et Dalakh, le regard glacial, leur intima l’inaction en signant discrètement de sa main droite.

Le groupe fut escorté sans ménagement vers la cité intérieure par l’un des ponts verdoyants tandis que Dalakh désespérait de se sortir de cette sinistre farce. Ils arrivèrent bientôt au pied du palais de la ville dont les tours albâtres resplendissaient, culminant sur les étendues émeraude des plaines et saphir de la mer. Les Ellyriens les firent pénétrer dans un ensemble d’édifices rattaché au palais et surmonté d’une unique tour. Ils passèrent par une cour intérieure sous les regards vigilants des hauts elfes avant d’emprunter un escalier étroit.
Le garde qui précédait Dalakh se planta face à une porte ornée de chevaux stylisés et frappa énergiquement. Une voix répondit et il fit signe au groupe d’entrer dans la pièce. C’était un bureau spacieux et lumineux, doublé d’une chambre dans la pièce adjacente. Un logement de fonction au sein de la caserne, déduisit Dalakh. Derrière le bureau se dressait un elfe de grande taille, vêtu d’une toge gris bleutée toute en sobriété et rehaussée de quelque filigranes argentés, unique témoignage de son rang. Le personnage en lui-même dégageait une aura d’autorité avec ses traits sévères et son regard d’aigle, marque d’un esprit acéré. Dalakh redouta aussitôt la confrontation à venir. Pourtant quelque chose dans son attitude lui semblait familier, sans qu’il puisse vraiment l’expliquer. Son regard croisa celui du capitaine Asur et une possibilité germa dans son esprit jusqu’à devenir presque une évidence. Il peinait lui-même à y croire. Était-ce possible ? Son désir de s’échapper lui jouait-il des tours ? Son esprit bouillonnait devant les possibilités qu’il entrevoyait et la voix du capitaine coupa net ses spéculations tout en alimentant son sentiment.
–Qu’avons-nous là ?
–Ils prétendent être des fidèles d’Asuryan en route pour l’Île de Feu depuis Tiranoc, capitaine Ishandar, répondit le soldat avant que l’officier ne le fasse taire d’un regard.
–Des fidèles d’Asuryan… Et qu’est-ce qui vous pousse à entreprendre un tel voyage, exactement ?
Dalakh passa sa langue sur ses lèvres et tenta sa chance d’une voix claire et pleine d’emphase.
–Nous sommes les humbles messagers du Roi Éternel, envoyés pour répandre Son verbe aux fidèles parmi les fidèles.
À ces mots, l’elfe se figea avant de plonger son regard intense dans celui de Dalakh, qui le soutint sans ciller. Un silence pesant s’installa et fut finalement brisé par le capitaine de la garde.
–Gardes, sortez. Sortez ! rugit l’officier en voyant que les elfes interloqués tardaient à obéir.
Dalakh ne put réprimer un sourire fugace à ce spectacle. Les gardes quittèrent précipitamment la pièce et l’officier ellyrien fixa un instant la porte avant de se tourner vers le dynaste. D’un geste discret de la main il leur intima de le suivre dans ses appartements privés. Le jeune noble exultait et luttait désormais pour dissimuler un sourire triomphal. Il croisa les regards interrogateurs des autres Druchii et leur fit signe de ne pas intervenir. Le capitaine les fit entrer dans la pièce avant de rabattre la tenture de séparation derrière eux et d’obstruer l’étroite fenêtre de la pièce. Il se planta finalement face au groupe avec un sourire sans joie.
–Les murs ont des oreilles, murmura-t-il en Druhir.
Dalakh crut entendre dans son dos un faible cri de surprise et serra les dents. Ces imbéciles risquaient de tout compromettre. Semblant ne pas y prêter attention, l’officier poursuivit.
–Vos méthodes pour m’atteindre sont peu orthodoxes… mais efficaces, frère des ombres. Alors, quel est ce message du Roi Éternel ?
–Vous êtes menacé, frère des ombres, répondit Dalakh en utilisant la même formule. Nous savons que les maîtres des épées d’Hœth vous soupçonnent.
L’espion Druchii sembla se décomposer à cette nouvelle et Dalakh sentit qu’il pouvait profiter de son désarroi.
–Me soupçonner ? C’est impossible, je…
–Avez-vous des objets, des documents ou quoi que ce soit de compromettant ici ?
–Oui, mais ils sont bien dissimulés.
–Donnez-les nous, nous les ferons disparaître le temps nécessaire.
L’espion fit mine de réfléchir avant d’acquiescer et de se diriger vers un recoin de la chambre. Il déplaça un coffre et, murmurant un mot de pouvoir, tendit la main vers le sol. Cette dernière traversa la pierre comme si elle n’existait pas et il sortit plusieurs objets de la cache ensorcelée. Dalakh sentit son assurance se faner en constatant que l’agent était un sorcier, mais il chassa aussitôt cette éventualité : le Roi Sorcier n’emploierait jamais un sorcier mâle et "Ishandar" ne connaissait sans doute que quelques tours de passe-passe occultes. Le Druchii lui tendit les objets et Dalakh les inspecta attentivement. Il y avait quelques amulettes de protection dédiées aux Cytharai, une longue dague de facture druchii et mieux encore, un ordre de mission. Le jeune dynaste sourit intérieurement.
–Très bien, frère des ombres. Nous savons que celui qui dirige l’enquête contre vous se trouve ici, à Tor Elyr. Nous comptons l’"entraver" dans ses investigations.
–Qui-est-ce ?
–Il s’agit d’une mage d’Hœth nommée Ilthea. En tant que capitaine de la garde, je suppose que vous savez où la trouver.
Sur le visage de l’agent l’infiltré se mêlaient angoisse et espoir.
–Elle loge sans doute dans l’aile ouest du palais princier, dans les quartiers des hôtes.
–Sans doute ? releva Dalakh en laissant poindre son exaspération.
–Je suis sûr qu’elle n’est pas originaire de la ville même, s’expliqua l’agent. Et pour les maîtres des épées, qu’en est-il ?
–Malheureusement, je crains qu’ils ne soient déjà sur le point de vous arrêter, déclara gravement le dynaste, ôtant ainsi toute couleur du visage d’Ishandar.
Quoi ? Mais quand…
Dalakh empoigna la dague de l’espion désemparé et ne put se retenir de lui offrir un rictus cruel.
–Maintenant.
Dalakh trancha la gorge du Druchii d’un revers foudroyant et ce dernier s’écroula en émettant un borborygme liquide. Les cris de surprise des autres elfes retentirent aussitôt et il fit volte-face, croisant leurs regards horrifiés.
–Mais qu’avez-vous fait ? Vous êtes fou ! s’écria Nash.
–Vous avez tué un agent de Malékith, nous sommes tous condamnés ! ajouta le deuxième corsaire.
Silence ! siffla Dalakh entre ses dents, craignant que les gardes n’entendent. Nul ne saura. Il a été démasqué, point final.
–C’est un crime contre la Nation !
–C’était la seule solution, mentit-il. Il est trop tard pour les regrets : obéissez ou mourrez. Allez, faites semblant de fouiller la pièce et surtout pas un mot.
Sans plus attendre, le jeune noble se pencha sur le cadavre au visage figé dans un rictus de surprise totale et lui glissa la dague dans la paume avant de replacer les autres objets dans leur cache magique. Il avisa les Druchii qui le fixaient, immobiles, et les pressa d’agir. Finalement, Dalakh s’éclaircit la gorge et parla d’une voix puissante et impérieuse en Eltharin afin que les gardes l’entendent.
–Capitaine Ishandar, sur ordre de la Tour Blanche, vous êtes en état d’arrestation pour crime de trahison envers le trône du Phénix. Saisissez-le, vite !
Aussitôt, les gardes alertés déboulèrent dans le bureau puis la pièce et leurs yeux affolés volèrent de l’elfe devant eux au cadavre de leur capitaine sans qu’ils sachent quoi faire. Dalakh prit les devants, profitant de la confusion pour s’imposer.
–Soldats, le traître a lâchement mis fin à ses jours. Nous devons faire notre rapport au palais sur-le-champ.
Mais les intéressés ne parvenaient toujours pas à prendre une décision. Sentant que la situation lui échappait, Dalakh planta son regard inflexible dans le leur, comme pour les faire ployer par sa seule volonté.
–J’ai dit : sur-le-champ ! vociféra-t-il en faisant appel à toute son autorité.
À cet instant, Talaneth qui avait saisi la manœuvre de Dalakh lui apporta les preuves comme s’il venait de les découvrir. Ce dernier les prit en dissimulant son soulagement et les examina, laissant les amulettes bien visibles alors qu’il faisait mine de déchiffrer le parchemin. Il fronça les sourcils puis les haussa en feignant l’incrédulité. En relevant la tête il croisa les yeux des gardes qui lui renvoyaient son angoisse feinte.
–Douce Isha, il faut avertir Dame Ilthea immédiatement ! déclara-t-il sur un ton alarmiste en désignant aux gardes les runes aiguës qui noircissaient le parchemin.
Comme vivifiés par l’urgence palpable dans l’attitude de Dalakh, les Asur finirent par se défaire de leur stupeur initiale et le plus âgé pris la parole.
–Nous allons vous escorter jusqu’au palais.
–Très bien, improvisa Dalakh en jurant pour lui-même. Il n’y a pas une seconde à perdre.

En dévalant les marches quatre à quatre le noble druchii sortit son épée tiranocii de son sac et la passa à sa ceinture, bientôt imité par les autres elfes noirs. Ils traversèrent comme un ouragan la cour de la caserne et débouchèrent dans les rues herbeuses qui commençaient tout juste à se vider de la foule journalière.
Dalakh repassa son plan dans son esprit. Il aurait put s’en remettre à l’espion druchii et sa position pour atteindre Ilthea, mais à long terme la supercherie aurait causé de nombreuses complications. En réalité, il haïssait l’idée de mettre sa vie entre les mains d’un autre, de devoir faire confiance.
Le groupe et son escorte atteignirent en quelques minutes le majestueux portail du palais des princes ellyriens. Les gardes du palais chevauchaient de puissants coursiers blancs qui se tenaient aussi stoïques que leur cavalier de part et autre des portes. Après quelques explications soulignant l’urgence de la situation et avoir un peu haussé le ton les Ellyriens les laissèrent les infiltrés accéder au palais avec leur escorte, au grand dam de Dalakh.
Guidés par un serviteur du palais, ils filèrent à travers les halls monumentaux, leurs pas résonnants dans le silence de marbre. Le groupe enchaina d’innombrables escaliers et couloirs et Dalakh se surprit à prier pour que la sorcière ne se trouve pas au sommet de l’une des tours démesurées de la citadelle. Il essaya tant bien que mal de repérer le chemin vers la sortie, maudissant l’ampleur de l’édifice.
Alors qu’ils bifurquaient dans un nouveau couloir, le domestique du palais brisa le silence.
–C’est au bout de ce couloir, déclara-t-il d’une voix guindée.
C’était l’occasion ou jamais de se débarrasser de leurs "gardes d’honneurs", songea le dynaste en empoignant son épée.
Sa’an’ishar !
Dans la confusion qui s’ensuivit les Druchii déguisés se jetèrent sur les Asur. Dalakh dégaina et dans le même mouvement décapita l’elfe à sa droite avant de se précipiter sur le serviteur qui le précédait. Sa lame laboura le visage de ce dernier avant qu’il ne l’achève d’un coup au cœur. Le silence retomba comme une chape de plomb sur le couloir et Dalakh constata que leur escorte avait été balayée par l’attaque surprise des Druchii. Son regard acier se porta alors sur la porte sise au bout du corridor.
–Et maintenant ? s’enquit Ashyr.
–On improvise.
–C’est-à-dire ?
Le jeune noble ramassa l’épée d’un cadavre et lui rendit un rictus féroce.
–On massacre tout ce qui passe à portée de lame.
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Dim 15 Mai 2011 - 13:29

J'aime toujours autant. Vivement la suite !

Knur'

[EDIT] Je trouve la stratégie de Dalakh bien plus hasardeuse que d'utiliser l'espion : il sont en plein cœur d'une citée et paumés dans un palais quand même !


Dernière édition par Knurlnien le Dim 15 Mai 2011 - 23:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Récit]La Maison Sarothal   Dim 15 Mai 2011 - 23:06

La même.


La crédibilité de ce genre d'évènement au sein de la cité même de Tor Elyr peut prêter à discussion, mais c'est tout de même un bon récit.

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