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 Moniale : Heylin Aidyn L'histoire du moine ELfe de Pathfinder.

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Narog
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MessageSujet: Moniale : Heylin Aidyn L'histoire du moine ELfe de Pathfinder.   Sam 29 Juin 2013 - 22:45

Hier soir je commençais une nouvelle campagne de pathfinder avec des amis en tant que MJ (ma toute première fois).
J'ai été agréablement surprit par l'histoire que l'une des joueuse avait fait pour son personnage. Avec son autorisation j'ai décidé de vous le faire partager pour savoir ce que vous en pensiez. Personnellement je trouves sa plume agréable à lire, bien plus que la mienne XD

Fin bon, je vous laisse faire votre avis.


Moniale : Heylin Aidyn

Les descendants de la noble famille Aidyn, Altériel et Gweldyn Aidyn, se rendaient chez leurs amis qui habitaient la ville à côté par un bel après-midi d’été après avoir déposé la petite Heylin chez les parents du mari. Leur souper fut somptueux, les invités parlaient avec leurs hôtes et appréciaient chaque met. Gweldyn s’inquiétait de ne pas rentrer tard pour récupérer leur fille et avait fait préparer une carriole afin de retourner chez eux. Sur le chemin, cependant, des brigands les attendaient. C’est que la richesse de la famille était sans limite et les frasques et les dépenses de la sœur d’Altériel, Myria Aidyn, étaient connues à travers toute la région pour leur coût et leur somptuosité. Organisés, les bandits étaient nombreux et les gardes du corps de la famille furent vite neutralisés. Altériel et sa femme ne rentrèrent pas ce soir.
Arwald, le père d’Altériel, alerté par leur grand retard, les fit chercher et on ramena leurs corps dépouillés en ville. Les projets du grand-père étaient contrariés. Sa femme, Elwë, en fin de vie, s’apprêtait à mourir et ne quittait plus sa couche. Il s’était promis de rester à ses côtés jusqu’à son dernier souffle, puis de vider une boîte des comprimés qu’il lui donnait et de s’endormir à jamais. Il ne pouvait imaginer sa vie sans sa formidable femme. Un nouveau problème se posait à lui : Heylin. La petite de son fils avait à peine un an. L’héritière n’avait plus que lui et sa fille, Myria, mais hors de question de lui confier la petite ! Pauvre gosse si elle y allait, elle deviendrait aussi prétentieuse et idiote que sa fille. Personne ne savait que Heylin n’était pas partie avec ses parents, si ? Arwald avait une idée.
Un de ses amis était moine et allait au monastère situé loin de la ville, retiré au pied d’une montagne où des cascades coulaient. Il fallait franchir la grande forêt pour s’y rendre. La petite serait élevée modestement certes, mais loin de l’opulence et des dangers, espérait-il. Elle saurait quand elle serait grande qui elle est.
La pluie tombait dru et Arwald avait galopé toute la journée pour enfin arriver dans la soirée devant les hautes portes du monastère. N’osant pas frapper, il déposa Heylin dans son couffin à l’entrée. Il se demandait s’il choisissait la bonne solution et resta un moment, pensif, le regard perdu et posé sur le visage de l’enfant. Quelques gouttes tombèrent sur son visage clair. Soudain, elle ouvrit ses magnifiques yeux et le regarda. Arwald ressentit une pointe de culpabilité lui percer le cœur mais Elwë l’attendait. Cette pensée le réconforta.
« Au revoir, ma petite. J’espère ne pas me tromper en t’obligeant à ce destin, comprends-moi. »
L’enfant, malgré la pluie, lui sourit, comme pour l’encourager. Il glissa une lettre entre la couverture et l’enfant.
« Bonne chance, Heylin Aidyn. »
Il sourit tristement et remonta en selle. Le voyant partir, le sourire s’effaça du visage de la petite et des larmes perlèrent au coin de ses yeux. Arwald avait le cœur gros et fit demi-tour sur son cheval. Les cris de Heylin commencèrent à résonner. Le grand-père, rempli de chagrin, lança son cheval au galop et disparu à la lisière de la forêt.
~~~
Le vieux moine Huong faisait sa dernière ronde dans le monastère quand il entendit un bruit inhabituel. Des sanglots étouffés ? Cela venait de derrière les portes. Méfiant, le vieillard ouvrit les portes à la volée. Immédiatement, les cris cessèrent, l’enfant essuya ses yeux et lui décocha un merveilleux sourire. L’homme était décontenancé. Voilà qu’on prenait son monastère pour un orphelinat ! Un papier dépassait des couvertures. Intrigué, le sensei le prit. C’était une grande enveloppe très lourde. De plus en plus interloqué, il l’ouvrit. Des pièces de platine tombèrent sur le sol en résonnant. L’enveloppe en était remplie. Une feuille était glissée sur le côté et le vieillard s’empressa de la sortir. L’écriture était serrée et saccadée, comme si l’auteur l’avait rédigée en vitesse.
« Au maître de ce monastère,
Je vous confie Heylin, fille d’Altériel Aidyn, dernière descendante de l’anciennement noble famille Aidyn. Je ne puis supporter la charge de cette enfant, ma femme et moi ne serons bientôt plus de ce monde. C’est avec regret que je me dois de vous demander humblement de l’élever selon les vœux et coutumes de votre monastère et vous prie d’accepter cette part importante de ce qu’il nous reste. J’espère que ce payement fera vivre encore longtemps votre cause et que vous traiterez Heylin comme vos élèves. Donnez-lui ce courrier lorsqu’elle sera apte à le recevoir. D’ici là, cachez-là. J’ai des raisons de croire que son existence pourrait être menacée comme l’ont été celle de mon défunt fils et de sa femme. Quel endroit meilleur que votre monastère ? Je vous offre toute ma confiance et ma gratitude.
Avec tous mes respects,
Arwald Aidyn »
Bouche bée, le moine contempla longuement la fillette qui riait, sûrement devant son air médusé. Il avait grandement besoin de cet argent pour pouvoir enfin entretenir un minimum ce monastère vieillissant et nourrir et vêtir ses quelques apprentis.
« Heylin Aidyn… »
Cette fillette était en danger ? Très bien, Nami Huong respecterait la volonté du grand-père.
~~~
J’ai toujours été différente des autres moines. Oreilles pointues, corps frêle, yeux clairs et profonds. J’étais la seule elfe ici. Heureusement, un nain aussi était seul. Quand il méditait, on aurait dit qu’il ne faisait qu’un avec la pierre sous lui. Maître nain était très sympathique quoiqu’un peu rustre, et j’aimais l’écouter raconter son « ancienne vie ». Le vieux maître Huong enseignait mais ne disait jamais rien. Il regardait ses disciples avec bienveillance, nous corrigeait et cherchait à nous faire donner le meilleur de nous-mêmes.
Contrairement aux autres, j’aimais passer du temps dans la petite bibliothèque du maître. Personne n’y allait sauf lui et je connaissais les quelques ouvrages impeccables par cœur. Peu de moines savaient lire. Le grand hall nous servait de lieu de rassemblement et nous mangions et écoutions le maître expliquer l’entraînement du jour avant de sortir. Derrière le monastère s’étendait une vaste terrasse où nous nous battions. Plus loin, des marches taillées dans la pierre conduisaient à une large parcelle d’herbe et à une cascade. Les nombreuses roches polies nous permettaient de méditer près de la cascade, voire sous elle pendant les entraînements de résistance. Le maître prenait souvent les éléments en référence pour nous inculquer la voie et les vœux du moine. L’eau ruisselait jusqu’à la forêt et nous voyions les montagnes au loin derrière les arbres.
Nous utilisions des armes diverses aux entraînements, nous méditions sous la cascade et résistions à sa force, nous apprenions l’équilibre face au courant de la rivière, debout, impassibles, sur des poteaux, nous supportions la morsure de l’hiver, assis sur les pierres gelées et la peau nous brûlait en été. Nous apprenions que le corps fait un tout avec le monde et que nous n’en sommes qu’une particule. Nous répétions les enchaînements ensemble jusqu’à atteindre l’harmonie, nous nous affrontions dans des combats serrés sans qu’il y ait jamais de rancœur entre nous.
Nous vivions humblement, nous suivions les vœux, mais nous ne manquions de rien et je grandis simplement. Le maître disait que je progressais étonnamment vite, je faisais donc tout mon possible pour ne pas le décevoir et que maître nain soit fier de moi.
~~~
Comme presque tous les matins, les premières lueurs du jour arrêtaient ma méditation. Assise sur une maigre paillasse rigide dans le hall, les pieds nus, je me levai et ramassai mes chaussons sans bruit pour ne pas déranger le vieux maître, assis en position du lotus face à moi, qui avait besoin d’une heure de plus dû à son grand âge. Le vieillard ne dormait jamais, la méditation semblait lui suffire. Il veillait sur le monastère. Les autres moines, dont maître nain, préféraient la chambre commune et y dormaient la plupart du temps.
La salle d’eau était une très petite pièce, elle comprenait un tabouret, un seau en bois et une arrivée d’eau froide qui venait de la rivière. Je me lavai puis m’habillai sommairement. J’enfilai mon sarouel, nouait ma ceinture. Je déroulai mes bandages en tissu autour de mes bras et de ma poitrine puis je passai mon haut court par-dessus et attachai ses lanières. Je mis mes chaussons, attachai mes cheveux grossièrement et sortis.
Aujourd’hui, le vieux avait prévu un entraînement spécial pour moi. Il m’attendait dans le hall, les yeux fermés, imperturbable, et les ouvrit à ma venue.
« Viens avec moi, Heylin. »
Nous sortîmes. Le vieillard me conduisait vers la cascade où nous méditions.
« Je pense ne pas me tromper en te proposant cette épreuve. L’eau, une fois tombée, finit par ralentir et se déverser dans un lac, au-delà de la forêt. Là, elle est calme et seul le vent arrive à troubler sa surface. Observe la cascade. Chaque goutte suit les autres avec harmonie. Deviens le souffle du vent et brise cette harmonie, comme ceci. »
Le vieux maître observa l’eau qui chutait un instant. Il s’avança vers elle, le regard rivé sur elle, jusqu’à arriver à quelques centimètres de la cascade. Un instant plus tard, il brandit son poing vers le ciel de toutes ses forces et l’eau se sépara et se fractura en deux parts égales jusqu’au sommet de la chute avant de reprendre son cours.
« A toi. »
Je regardai l’eau, sceptique. Je tentai néanmoins d’imiter le maître. Me concentrant le plus possible, je finis par frapper l’eau à mon tour. Seulement, comme je m’en doutais, mon poing brisa l’eau et je me retrouvai avec le bras trempé, sans autre effet. Le vieillard sourit.
« Aie confiance en toi. Je ne me suis jamais trompé sur les éléments destinés. Tu es particulière. Tu es paisible, mais pas comme la terre. La terre n’attaque jamais première, elle se défend et résiste par sa robustesse et sa fermeté et lorsqu’elle frappe, elle utilise ses poings. Tu es subtile et patiente, mais pas comme l’eau. L’eau reste tapie, elle est changeante, réfléchie, elle attend le bon moment. Ces éléments sont du côté du bien. Quand je te regarde combattre, je te vois volatile comme l’air, sa fluidité et ses bourrasques te ressemblent. L’air est très rare, il représente l’équilibre.
- Vous ne parlez pas du feu ? » dis-je alors.
- Le feu… Il n’est pas une solution. Il est plus mordant que le vent mais il symbolise tout ce qu’il y a de plus mauvais, la haine, la vengeance. Elles ne te conduiront nulle part. Elles ne causent que regrets et douleurs, et entraînent une colère plus grande encore. Il y a déjà tellement de feu sur terre, sois l’équilibre. Je m’attendais à ta question… Mon défunt fils avait suivi cette voie, malgré mes recommandations. Je ne l’enseigne pas et la proscris pour des raisons qui m’appartiennent. Maintenant, il est temps que je t’avoue autre chose. »
Nami Huong retournait au monastère. Perplexe, je le suivais. Alors que nous marchions dans le grand hall, il commença :
« Si ce monastère est aussi somptueux, c’est pour une raison. Avant ton arrivée, il tombait en décrépitude, je savais que je devrais bientôt le fermer. Nous vivons dans la simplicité la plus sommaire depuis toujours et le toit menaçait de s’effondrer. Nous n’avions pas de bibliothèque non plus. La plupart des moines ne savent même pas lire et n’en voient pas l’utilité parce que nous n’avons jamais vécu avec la connaissance couchée sur des pages. La connaissance nous vient de l’esprit, de la méditation, de la discipline.
- Vous ne m’avez jamais dit d’où je venais, j’ai toujours supposé avoir été abandonnée ou venir d’un village rasé par les brigands, comme beaucoup de moines ici.
- Je n’ai jamais voulu te contredire, Heylin. Oui, tu as été abandonnée mais pas exactement. Je vais te montrer. »
Nous arrivions à la bibliothèque. Le maître sortit un livre poussiéreux de son petit bureau, dans lequel il avait écrit ses périples et auquel je n’aurais jamais osé toucher. Sous celui-ci se trouvaient une lettre et une petite bourse qu’il me tendit.
« Ils sont à toi. Voilà d’où tu viens et comment ce monastère a fait pour survivre. »
Je les pris et ouvris la lettre, incertaine.
« L’anciennement noble famille Aidyn ?
- Cette famille est bien connue au-delà de la forêt pour ses richesses. Myava Aidyn passe son temps à acheter les robes les plus splendides, à organiser des réceptions et à multiplier les amants depuis aussi longtemps que j’entends parler d’elle. Cette femme est, à ma connaissance, tout ce qu’il reste de la famille Aidyn. Autrefois, ta famille était connue pour sa générosité. En arrivant ici, ils avaient l’or nécessaire pour transformer les terres et offrir à l’ancienne petite ville le développement nécessaire pour la faire passer de pauvre à marchande. Toute sa vie, Arwald et Elwë Aidyn ont aidé la population par le développement de cliniques, par la construction d’habitations et autres. Leur fils suivait leurs traces et répandait la culture en ville. Ils étaient aimés de la population et ils ont reçu une stèle splendide et un caveau digne de rois à leur mort. »
Je n’en revenais pas.

« Libre à toi de choisir ta voie. J’ai respecté ma part du marché, si on peut dire.
- Je n’ai pas besoin de cet or, dis-je, bouleversée, en tendant la bourse ouverte au maître.
- Prends-le, il est bientôt temps, ce monastère ne sera bientôt plus et faudra que tu continues et emprunte ta propre voie, expliqua sereinement Nami Huong, comme s’il parlait du beau temps.
- Qu’est-ce que vous dites ? m’emportais-je. Que voulez-vous dire ? »
Le vieux sortit de la pièce sans un regard.
« Maître ! insistai-je.
- Des dangers pèsent sur nous, avoua le vieillard en soupirant, sans se retourner. Il est trop tard, ils viendront ici, que tu sois là ou pas. Continue ton entraînement. Déchire la cascade et sens l’élément en toi, ne fais plus qu’un avec lui. »
Je restais pensive, au milieu des livres, la bourse et la lettre en main, les contemplant, incertaine. Je méditai dehors sur ma pierre au pied de la cascade toute la nuit sans vraiment savoir me concentrer. Les paroles du maître me revenaient en tête incessamment.
~~~
J’ouvrai les yeux, le visage éclairé par les premiers rayons du soleil. Je finis par me lever et effectuer quelques enchaînements. Les autres ne venaient pas s’entraîner dehors. Le maître devait certainement raconter quels dangers nous attendaient à l’intérieur. Il avait toujours tout su, comme si son instinct ne le trompait jamais. Il savait quel élément dormait en chacun, pourvu qu’ils en aient un.
La pluie commença à tomber et je fixais la cascade. Cette histoire me donnait mal à la tête. Moi, une noble ? Sérieusement ? Si j’avais bien compris, j’avais une tante pour seule famille. Je pensais à ce grand-père qui m’avait déposée ici pour me protéger, mais de quoi ? Contrariée, je décidai de me défouler sur la cascade. J’avais beau frapper, je n’avais pas les idées claires et je me tournais vers la colère plutôt que la réflexion pour arriver à la briser, sans succès.
Au dîner, les autres moines étaient silencieux et l’atmosphère était pesante. Maître Huong me regardait d’un air compatissant mais je détournais le regard, ne sachant pas le regarder en face. Maître nain posa son énorme main sur mon épaule, me faisant chanceler, et me sourit.
« Ça ira, Heylin, ça finit toujours par aller mieux et on retrouve la paix après l’orage. »
Il sortit avec moi, traversa l’eau en sautant et alla se poster sur sa pierre fétiche, juste à côté de la cascade. Il s’apprêtait à méditer. Je l’interrompis néanmoins. Il garda les yeux fermés.
« Maître nain, dites-moi, vous savez briser la cascade ?
- Fichtre non, rigola le nain, seul Huong sait le faire. Le vent est très rare car il est complexe, changeant et incertain. Il vous va bien. Le maître ne paraît pas être de cet élément mais sa vie a été longue et les épreuves rudes. Nous ne savons finalement pas grand-chose de lui. Tu le sais, moi, mon domaine, c’est la bonne pierre bien dure. »
Son sourire disparut petit à petit et sa peau sembla foncer, comme d’habitude. Il paraissait devenir de granit, une statue imperturbable et ne faire qu’un avec la roche. Je m’assis face à lui, de l’autre côté de l’eau, à même l’herbe et l’imitai, les sens aux aguets, redoutant l’attitude du vieux.
Le soir tomba.
~~~
Le mal-être nous gagna soudainement lorsque le vieux maître sonna le gong. Maître nain et moi sautâmes sur nos pieds et rentrâmes en courant au monastère. Une fois les disciples réunis, maître Huong sortit sans un mot par la grande porte, la caisse d’armes sous le bras et tendit à chacun son arme de prédilection. Nunchaku pour l’un, saïs pour l’autre, katana, même des javelines et enfin, la belle hache de maître nain. Le nain s’en saisit et la soupesa. Il rit de plaisir en la brandissant. L’entraînement à la hache n’existait pas au monastère mais la vieille arme du nain représentait tout son passé, ses batailles, ses victoires. Maître Huong et moi ne tenions rien. Les autres disciples suivaient l’enseignement de maître nain pour leur entraînement martial alors que je suivais seule celui du vieux.
Maître Huong se tint face à nous et nous dit trop calmement :
« Mes enfants, tenez vos positions dans cette clairière, protégez le monastère au péril de votre vie. Les forces qui arrivent sont habiles mais je vous ai formé à l’être encore plus. Préparez-vous. »
Le ciel était rempli d’étoile et la lune nous donnait un air blafard. La brise parcourait l’herbe et la faisait frissonner tandis que nous étions imperturbables, armes et poings brandis, guettant du regard. De longues secondes s’écoulèrent. Pour la première fois, mon cœur battait la chamade. Maître nain me jetait un regard compatissant, comme s’il pouvait l’entendre, quand le vieux chuchota :
« Ils arrivent. »
Des bruits de décoche se firent entendre. Nous nous dispersâmes en roulant au sol. Des flèches se plantèrent où nous nous tenions la seconde précédente. Des ombres surgirent des arbres et une mêlée féroce s’engagea. Maître Huong tourbillonnait en évitant les lames de nos ennemis et portait des coups dévastateurs de ses mains à la moindre faille de son adversaire. Maître nain se jeta avec joie dans la mêlée et fractura un crâne en deux sous l’effet de sa charge. Le capuchon tomba lorsqu’il récupéra sa hache et dévoila le visage sanglant d’un elfe. Déconcentrée, je voyais pour la première fois un autre de mon espèce.
Une lame siffla derrière moi et j’évitai de justesse deux épées longues. Cet ennemi était plus habile. Ses yeux sournois analysaient chacun de mes mouvements. Chaque coup me manquait de peu et je ne trouvais pas le moyen de l’approcher sans me blesser. A cette allure, il m’aurait à l’usure. Quelques flèches, tirées depuis les bois, nous menaçaient.
Un premier disciple s’effondra. Les deux maîtres se battaient avec ferveur mais l’ennemi était nombreux et absolument préparé. Le nain grogna de douleur : une flèche l’avait atteint en plein torse. Se retournant avec rage, il fonça vers la forêt malgré les volées de flèches, et on entendit des cris terrifiés s’élever puis mourir.
Mon adversaire jeta un regard vers le bois et j’en profitai pour me rapprocher et lui porter un coup. C’était une ruse : sa lame fendit l’air et j’eus juste le temps de sauter en arrière et de me protéger le visage de mes bras. Deux profondes entailles s’ouvrirent et mon sang coula le long de mes bandages avant de finir teinter l’herbe. J’évitai l’attaque suivante en me jetant au sol et attrapai le katana d’un disciple qui gisait. Accroupie, je parai la première lame avec mais la suivante me toucha au poignet, me faisant lâcher l’arme. L’assaillant me décocha un coup de pied à la poitrine qui me coupa le souffle et me cloua au sol. Je lui envoyai tout de même un coup de pied au ventre qui aurait mis n’importe qui au sol. L’ennemi attrapa mon pied d’une main, lâchant sa deuxième épée, et me marcha sur l’autre. Il brandit son épée au-dessus de moi en ricanant :
« Elle sera contente. C’est parfait. »
Un bruit sourd résonna lorsque la hache de maître nain se planta à l’arrière de son crâne. Son poids fit tomber l’adversaire à genoux, de part et d’autre de ma taille et lui fit lâcher l’épée longue et mon pied. Les yeux de l’elfe s’agrandirent de stupéfaction, puis il s’écroula sur moi et son dernier souffle sembla résonner. Je repoussai son corps et me dégageai. Maître nain, exténué, soufflait comme un bœuf, appuyé contre un arbre à la lisière du bois, plusieurs flèches plantées dans la poitrine. Il avait encore la main à moitié tendue et me regardait. Ses yeux irradiaient de colère. Ils se radoucirent à ma vue, le nain sourit, puis s’écroula.
Autour de nous, les cadavres jonchaient le sol. Aucun apprenti n’avait survécu. Je courus au milieu des cadavres pour rejoindre le nain.
« Maître ! »
Le nain, allongé sur le dos, me sourit, les yeux pétillants.
« Tu as très bien résisté. Jamais Huong n’aurait pu en attendre autant. Ils étaient vraiment performants. On ne recrute pas facilement de tels tueurs. »
Le vieux maître s’avança lentement vers le nain. Il le releva avec une facilité déconcertante et l’assit sur une grosse pierre plate.
« Je n’en attendais pas moins de toi, félicitations, Branak. Le monastère est toujours là, il sera désormais seul mais le principal est préservé. Heylin est en vie.
- Tu as toujours tenu parole, vieux, sourit le nain. Me battre à tes côtés a été un honneur. »
Le vieux maître tendit sa hache au nain. Il la saisit, son bras trembla mais il tint bon et la ramena sur ses genoux. Il rit doucement, ferma les yeux comme s’il allait méditer. Maître nain se figea dans la pierre pour toujours.
Maître Huong s’agenouilla face à lui.
« Au revoir, mon vieil ami. Je te rejoins vite.
- Maître, qu’est-ce que vous dites ? dis-je, les yeux emplis de larmes à la mort de maître nain. Nous allons les enterrer, n’est-ce pas ? Puis nous allons rentrer.
- Heylin, tu vas devoir m’excuser. Ces combats ne sont plus de mon âge, j’en ai bien peur, sourit le maître tristement. Quitte ce monastère, laisse-nous y, nous ne t’apporterons plus rien lui et moi. »
Je m’agenouillai face au vieux, je n’y croyais pas, il venait de soulever le nain.
« Vous dites des idioties, m’emportai-je.
- Heylin, mon enfant. Ne regrette rien et trouve ta voie. Je serai là, quelque part, et je te verrai devenir une grande personne. Ne te tourne pas vers le feu, Heylin. N’oublie pas qui tu es vraiment… »
Son visage se fendit d’un sourire. Un halo grisâtre l’entoura, les étoiles disparurent, cachées par les nuages et des bourrasques soufflèrent. Des infimes particules du corps du maître partaient avec elles.
« Maître ! Non ! »
Le teint de Nami Huong devint terne et ses yeux laiteux. Son corps s’envola, dissout et ne laissa rien de lui sur le sol.
~~~
Dans le livre du vieux maître se trouvait une carte. La résidence de Myria Aidyn était représentée par une croix au milieu de la ville. On pouvait voir non loin de là une autre petite ville. Je voulais lire le livre du vieux mais j’y ai renoncé, emplie de chagrin et de rage.
J’entassai les cadavres au milieu de la clairière, puis les brûlai. Je jetai le livre au milieu des flammes. Maître Huong mourait en emportant ses secrets. Quels qu’ils soient, il valait mieux que je ne sache pas.
J’allais une dernière fois vers la cascade et fixai sa chute paisible. Le poing brandi, je la frappai de toutes mes forces. La cascade sembla se déchirer sous ma force. Elle s’écarta un instant jusqu’à son origine, puis reprit son cours normalement.
~~~
Encapuchonnée, j’avais repris la large robe de mon adversaire et fixé ses épées à la ceinture. Dans sa poche, un mot.

« 9h30 au lieu convenu. Ça ne sert à rien de revenir chercher ta paye si tu échoues. »
Je ne pouvais soupçonner que Myria Aidyn. Qui aurait pu engager des elfes aussi bien entraînés, mis à part un noble ? L’or restant en poche et un maigre baluchon dans mon dos, j’avais couru une partie de la nuit en direction de la ville. Le désir de savoir me maintenait debout.
J’arrivai à l’heure convenue devant un immense portail gardé par deux humains et d’énormes molosses. Je montrai le mot au gardien, méfiante.
« Ah oui, bien, vous pouvez entrer. »
Je traversais les splendides jardins en direction de la maison. La résidence était entourée de hauts murs presqu’infranchissables. Une servante courut vers moi, me salua bien bas et me fit pénétrer dans le hall d’entrée gigantesque. Elle ferma les lourdes portes derrière moi et m’invita à aller au salon où Madame m’attendait.
Myria Aidyn me faisait dos et était assise dans un somptueux fauteuil chargé de broderies. Je la fixais, remplie de colère sans plus bouger.
« Hé bien, dit-elle, impatiente en levant le bras, venez donc ici, ne restez pas planté là ! »
Je m’avançai, jetai le papier sur la table basse devant elle et la regardai dans les yeux. Elle cilla, les yeux écarquillés, rivés sur mon visage.
« T… Toi ? Comment est-ce possible ?
- Vous ne vouliez plus me voir alors que nous ne nous connaissons même pas, pourquoi ? »
La noble ajusta sa robe, mal à l’aise, puis prit l’air le plus dédaigneux possible avant de cracher :
« Je t’ai fait chercher pendant si longtemps, je savais que mon idiot de père avait caché l’héritage restant avec toi et j’ai fini par te retrouver. »
Ses yeux semblaient devenir fous, elle rit.
« C’est vous qui avez ordonné la mort de mes parents alors, c’est ça ?
- Tu comprends vite. Je ne supportais pas mon impertinent frère, toujours si chanceux, adoré par mon père, adulé par le peuple, c’était d’un désagrément. Il avait une femme si belle et puis il a eu toi, un merveilleux bébé. Quelle horreur ! Même tout l’argent ne me donnait pas cela. »
Elle pouffa. J’étais abasourdie devant sa jalousie maladive.
« Les accidents sont vite arrivés sur les routes dangereuses et si tu savais le reste… »
Elle s’humecta les lèvres et laissa s’écouler quelques secondes, l’air satisfait. J’attendais la suite, le cœur battant.
« Un jour, ma mère est tombée malade. Oh, ce n’était rien de grave mais je lui offrais mes meilleures tisanes pour la soulager, elle les adorait. Elles auraient très bien fonctionné – au prix auquel je les payais – si je n’avais pas eu l’excellente idée d’y ajouter du poison. »
Elle partit dans un rire machiavélique sans fin.
« Vous êtes un monstre, dis-je faiblement, horrifiée.
- J’aurais bien gardé mon père vivant, il ne lui restait plus tant que ça à vivre après tout, mais l’imbécile m’a grandement facilité la tâche. Se suicider par amour, c’est trop risible, quelle honte !
- Arrêtez ! criais-je, dégoûtée.
- Il ne restait que toi. Je suis un peu à court d’argent et je voudrais que tu me le rendes, dit-elle mielleusement. J’espérais que mon fidèle serviteur me rapporterait la bourse pleine mais le vieux du monastère a dépensé une grosse partie pour le réaménager à ce qu’on m’a dit. Bien, où est le reste ? lâcha-t-elle d’un ton hautain.
- Vous ne l’aurez jamais, dis-je sur un ton méprisant.
- Très bien, dans ce cas… Gardes ! hurla-t-elle. »
Immédiatement, des cris et des pas d’hommes et des aboiements de chiens retentirent. La porte s’ouvrit à la volée et fut projetée contre le mur. De l’autre côté de la pièce, ils arrivaient aussi. Prise au piège, je me tournai vers la fenêtre et courus de toutes mes forces, je m’y jetai, bras en avant et passai au travers. Le verre déchira mes bandages, éraflèrent mes bras et mes entailles se rouvrirent, saignant abondamment. Je me réceptionnai au sol et filai en direction des hauts murs qui entouraient la propriété. Je pris tout l’élan que je pus, j’avais l’impression de presque voler pour échapper aux chiens qui me suivaient de près. D’un bond qui sembla durer une éternité, je franchis les murs tout juste et atterris brutalement de l’autre côté. Je roulai au sol et continuai ma course vers la forêt. Les chiens me pisteraient mais mes traces s’arrêteraient à la rivière. Je marchais dans l’eau en direction de la ville la plus proche, le sang ruisselant le long de mes bras.
J’arrivai en ville le lendemain matin, les marchands commençaient à sortir leurs étals et me regardaient bizarrement. Ils ne devaient pas souvent voir d’elfes et surtout pas en mauvais état. A bout de force, je m’appuyai contre un tonneau et tombai à genoux, exténuée.
~~~
Je sentais mes bras enserrés plus que d’habitude. Ce n’étaient pas mes bandages J’ouvris les yeux péniblement et sursauta à la vue d’un homme qui me regardait.
« Vous étiez bien arrangée, dites donc ! S’exclama-t-il. Tenez, c’est pour vous ! »
Il me présenta un bol de soupe que j’acceptai avec joie, affamée. Je le remerciai. Je voyais ses yeux briller de curiosité mais mon regard l’empêchait de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Je lui demandai où se trouvait l’auberge et il me l’indiqua. Je laissai une pièce d’or sur la table et partit. L’homme me regarda, stupéfait, puis la pièce, puis moi. Je ne comprenais pas trop, mais il n’avait pas l’air de vouloir plus, alors je sortis.
Je me dirigeai vers l’auberge.
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Tharen
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MessageSujet: Re: Moniale : Heylin Aidyn L'histoire du moine ELfe de Pathfinder.   Dim 30 Juin 2013 - 13:10

*woot* C'est juste génial!

J'adore cette histoire quoiqu'un peu longue, ce qui m'a obligé de le lire en plusieurs fois mais c'est vraiment super bien écrit! Félicitations à la rédactrice! XD 
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Moniale : Heylin Aidyn L'histoire du moine ELfe de Pathfinder.
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