Ulthuan vs Naggaroth

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 [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu

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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Ven 21 Aoû 2015 - 18:15

Ne me dis pas que tu nous as oublié pour la suite?? *cry*
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 24 Aoû 2015 - 2:44

Un peu de patience, c'est les vacances ;)








***









La membrane dorsale du démon fut prodigieusement rétablie. Les sortilèges de Malékith lui firent retrouver force et souplesse. Tazdief n'avait en rien oublié l'art de la voltige. Tous deux planaient déjà depuis un certain temps et virevoltaient habilement parmi les courants de magie. La fumée de l'incendie camouflait leur fuite aux yeux des patrouilles ennemies.

— Tazdief, où nous conduis-tu ? Interrogea le Prince cramponné à son dos.
— Nous allons récupérer le second fragment de mon essence. Il est retenu prisonnier au cœur d'un temple perdu dans les cieux. Y accéder pour un démon sans aile constitue déjà une épreuve.
— Veux-tu dire que nous ne serons pas seuls sur place ?

Il ne fallut que quelques secondes supplémentaires pour que la curiosité du Prince soit satisfaite. Là, sur une plate-forme colossale qui ne semblait soutenue que par le vide, se dressait un temple aux reflets d'opaline. De multiples flèches aux allures d'aigles, de serpents ou de vautours perçaient le ciel et une mousse pareille à la peau de certains lézards recouvrait chaque pierre de l'édifice. La plate-forme grouillait d'une foule impressionnante. Une cohorte de démons patientait, le regard dirigé vers la porte du temple. Certains projetaient leurs sortilèges colorés et illuminaient le bleu du ciel. D'autres méditaient. D'autres encore s'entraînaient au combat de corps à corps. Un rayon fila à quelques mètres du Prince et de sa monture. Malékith faillit être désarçonné et jura.

— Prudence Tazdief, cette horde est belliqueuse ! rugit-il.

Le bec de son acolyte se crispa, hideux à souhait.

— N'ayez crainte, tous mes frères ici bas ont d'autres intérêts plus primordiaux que de vous anéantir.
— Soigne ton langage, démon. N'oublie pas qui tu portes sur ton dos.
— Pour sur, je n'oublie pas que mon fidèle cavalier est dépourvu d'ailes ; et qu'il serait regrettable que celui-ci chavire.

Ce concours d'ironie amusa l'elfe. Il caressa le plumage de son acolyte comme pour mieux l'humilier.

— Ces démons sont-ils également à la recherche d'un fragment d'essence ?

— En effet, jeune Prince. Les individus que vous contemplez sont tout comme moi des renégats. Adulé un jour, maudit le lendemain, car telle est la volonté impénétrable de nos dieux.
— Plus impénétrable que la folie.
— Blasphémer ne vous amènera à rien, Prince Malékith. Les dieux portent leurs regard sur vous à chaque instant. Il semblerait d'ailleurs que vous soyez en leur faveur pour avoir survécu en nos terres. Profitez-en, car ils peuvent aisément reprendre ce qu'ils vous ont donné. Rien n'est immuable, si ce n'est leur existence. Et lorsque votre hérésie aura eu raison de leur divertissement, ils souffleront sur votre âme comme l'on souffle sur une simple bougie.

Ce discours sonna l'elfe. Si le démon disait vrai... Et si les dieux sombres ne cessaient de l'observer, qu'ils testaient sa ruse et ses prouesses guerrières, se délectant du spectacle jusqu'aux dernières heures de leur champion. Pourraient-ils jamais quitter ces limbes ?

Tazdief renchérit :

— Ne craignez pas ces démons en contrebas. Ils ne sont ni nos ennemis, ni nos adversaires. Voyez par vous-même, d'autres proviennent des quatre points cardinaux et sont tous accueillis aussi chaleureusement que nous.

Plusieurs démons chevauchaient des monstres ailés difformes, éloignés de la noblesse d'un dragon. Tous recevaient un signal embrasé en guise de bienvenue. Les sortilèges innombrables zébraient le ciel d'ocre et de mauve, donnant l'impression de nager dans un torrent de couleurs.

Lorsque Tazdief et Malékith posèrent pied à terre, la horde leur parut d'autant plus immense. Tous observaient l'elfe avec stupeur. Chacun ressentait la présence de cet intrus, mais aucun ne s'en offusquait. L'effet de surprise fut de courte durée. Rapidement tous reprirent leurs activités, comme si de rien n'était. Les promesses de Tazdief n'avaient pas chassé toutes les peurs dont Malékith était la proie. Submergé par une légion de démons, nul mortel n'eut pu être impassible. Des années d'exercice aussi bien physiques que politiques l'avaient endurci et même si son visage ne souffrait aucune émotion, il luttait chaque instant pour maintenir son calme.

Tazdief conduisit l'elfe au pied du temple. Étonnamment, aucun participant ne s'y pressait. Il régnait sur la plate-forme une discipline stricte. Le Roi Sorcier déchiffra avec lenteur les quelques runes gravées à même la porte. Celles-ci brillaient d'une lueur malsaine. Il s'agissait d'un dialecte Tzentchiite que le Roi Sorcier appris de sa mère étant enfant. Cet enseignement ne l'avait jamais enthousiasmé, préférant de loin les travaux pratiques qu'offraient les arcanes. Il plongea dans sa mémoire et repêcha des bribes de souvenir, tout juste suffisants à traduire les runes en première lecture, c'est à dire en leur sens le plus superficiel. Celles-ci énonçaient :



Lorsque l'appel résonnera,
Dans le noir vous la franchirez.
Nul homme ne triomphera,
Sans fidèle pour déchiffrer.



— Quelle est leur signification exacte, démon ?
— Il est une règle qui fut jadis établie par le fondateur du temple, l'éternel changeforme. Tout démon répudié qui serait suffisamment zélé pour tenter de reconquérir son essence et prouver sa loyauté envers notre Dieu, devra arpenter le temple dans l'obscurité complète. Cette obscurité n'est pas ce que vous autres mortels appelez couramment « nuit », mais bien l'incarnation pure et parfaite des ténèbres. Lorsque vous pénétrerez dans le temple, le jour cessera d'exister et vos yeux seront aveugles, aussi longtemps que vous resterez en ses murs.
— Un instant démon, je n'ai nullement l'intention de pénétrer ou que ce soit, privé de mes sens.
— Vous ne comprenez pas. Seules deux personnes à la fois peuvent y entrer. Tandis que l'une erre sans repère, l'autre la guide. Vous entendrez ma voix, comme un murmure dans votre tête. Il vous suffira de suivre chacun de mes conseils à la lettre et vous ne courrez aucun danger.
— C'est toi qui ne semble pas comprendre. Je ne risquerai pas ma vie en me jetant dans l'inconnu. Nous pouvons très bien inverser les rôles. Tu affronteras l'obscurité et je te guiderai.
— Impossible ! Coupa net le démon.

Fou de rage, Malékith tira son épée du fourreau. Tous les démons alentours cessèrent momentanément leur entraînement pour savoir si le mortel allait enfreindre la règle sacrée, interdisant de verser le sang sur le sol du temple.

Le démon reprit calmement.

— Prince Malékith, écoutez-moi. De nous deux, je suis le seul à connaître les dédales du temple. Par trois fois, j'y fus guide afin de libérer mes frères renégats. Tous me trahirent une fois leur essence revenu en leur possession. Notre maître fut sage d'imposer à ses disciples une collaboration dans leur quête salutaire. Notre nature perfide ne collabore guère. L'entraide constitue chez nous une hauteur plus inaccessible que celle du temple. Je vous en prie, entendez moi et levez votre arme !

L'elfe observa la foule. Certains le dévisageaient, riaient ou conversaient librement. Ranger sa lame était plus prudent.

Tazdief ferma les yeux et remercia la sagesse du prince.

— Quelle garantie m'offrez-vous ? Comment pourrais-je faire confiance à votre nature, si celle-ci vous pousse à admettre au grand jour l'étendue de son vice ?
— Nous partageons le même objectif, jeune Prince. Vous seul disposez de la force et de l'ingéniosité nécessaire pour regagner ce qui m'est le plus cher. Je suis aussi la seule personne apte à vous ouvrir les portes du labyrinthe qui abrite le palais. En son sein, différents portails mènent à tous les pôles y compris à ceux de votre monde. Voulez-vous vraiment le regagner, oui ou non ?

Son interlocuteur marqua une pause de longue durée. Malékith ne lui accordait aucune confiance. Pour autant, celui-ci disait vrai. Son aide était indispensable pour franchir le labyrinthe de ronces. Sa tentative infructueuse l'en avait convaincu. Rien ne lui assurait qu'en franchissant les portes du palais, il ne serait pas exterminé. Aussi dément fut elle, la tentative devait voir le jour. Il repensa alors aux maints périls qu'il avait rencontrés depuis le harem de Sharaz jusqu'à ce sinistre îlot flottant dans les airs. Il repensa également aux paroles de Tazdief quant aux dieux sombres. Ceux-ci semblaient le protéger. Peut-être continueraient-ils.

— C'est entendu, démon. Je franchirai la porte et tu me guideras dans l'obscurité.

Le démon en question exulta de joie, projetant quelques flammèches incontrôlées qui embrasèrent un pan de la cape du Prince. Tazdief se confondit en excuses.

— Comment saurons nous quand notre heure sera venue de franchir la porte du temple ? interrogea nerveusement l'elfe.

Tazdief posa ses griffes sur les runes luisantes, puis murmura quelques paroles inintelligibles.

— Le temple est en vie. Il appelle les héros à sa discrétion. Seuls les démons peuvent entendre son invitation. Délassez-vous, ou exercez-vous comme tant d'autres. Il désigna alors les multiples démons qui s'entraînaient depuis plusieurs heures. Même si je connais la plupart de ses pièges, le temple n'en est pas moins retord. Il sonde dans les âmes et personnalise ses horreurs. Lorsque vous serez dans le noir, surtout ne perdez pas le son de ma voix.

Ces paroles glacèrent un peu plus le cœur de Malékith. Il s'assit en tailleur, contempla cette porte verdâtre aux runes étincelantes. Elle l'appelait de ses mystères. Le doute le saisit, mais il ne pouvait plus renoncer. Les heures glissèrent sur Malékith comme le sang glisse sur l'armure, puis le temps devint inquantifiable. Certains démons franchissaient la porte. D'abord deux géants à la peau de bronze, puis deux femmes à l'apparence quasi humaine. Aucun ne ressortirent et le temple appela d'autres victimes à engloutir. Confiants, d'autres démons y pénétrèrent continuellement, mais aucun n'en revenait jamais. Une légère torpeur saisit l'esprit de Malékith qui s'assoupit presque. Une voix le rappela à la réalité. Il s'agissait de Tazdief qui le pressait de se hâter. Le temple les avait appelés.

Encore engourdi, Malékith réajusta la boucle de son fourreau. Il marcha avec détermination vers la porte. Ses runes rouges sang s'étaient estompées et tandis qu'elle se levait, une force intense et une obscurité glaciale semblèrent l'aspirer tout entier. Religieusement, la horde massée observait le mortel et le démon s'avancer dans les ténèbres. Malékith attendit la levée complète de la porte, puis inspira profondément.

— Surtout, lorsque nous serons dans l'obscurité, ne perdez pas le son de ma voix. lui répéta son acolyte, imperturbable.

Malékith hocha la tête, puis saisit Tazdief dans un mouvement d'une rare brutalité. Il dégaina son épée et trancha sèchement les ailes récemment soignées du démon. Celui-ci hurla de douleur, impuissant face à la poigne féroce de l'elfe.

— Je tiens entre mes mains la certitude que tu ne t'échapperas jamais de cet îlot de malheur. Pas sans moi en tout cas ! s'écria Malékith dément.

La masse de renégats fut alertée par les cris de leur frère et se précipita sur le Roi Sorcier, toutes griffes dehors. Malékith tira Tazdief par la nuque et tous deux, démon et elfe s'engouffrèrent dans le temple. La porte se referma en un bruit sourd et tout fut noir.

Les premières gouttes de sang venaient d'être versées sur le sol sacré de l'îlot.
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lam'ronchak
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 24 Aoû 2015 - 10:22

La suite oui

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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 24 Aoû 2015 - 12:41

Tes récits nous tiennent en haleine, tu m'étonnes qu'on te réclames la suite avec autant d'impatience. XD

De plus, les bons auteurs ne sont jamais en vacance... ils appartiennent à leurs lecteurs... *^^*
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Lokhir Fellheart
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Mar 25 Aoû 2015 - 17:39

Je me suis tout lu le plus vite possible !
Étant nouveau, j'imaginais le caractère de Malékith bien différent (je s'en savais pas son lien avec les Rois Phénixs). En tout cas, je trouve ça très bien écrit ! Continue comme ça !

Et la suite ? :D
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Mar 8 Sep 2015 - 23:32

C'est la rentrée, c'est cadeau, merci pour les commentaires positifs, n'hésitez pas à détailler :)









***









Les plaintes déchirantes de Tazdief se perdirent dans l'immensité du temple. L'on y respirait difficilement. L'air était moite et empestait la moisissure. Quelques tentacules végétaux, probablement des lianes chatouillaient la nuque du Roi Sorcier. Ce dernier finit par relâcher le démon qui s'écrasa lourdement au sol.

— Pourquoi avoir fait cela ? s'écria Tazdief, hors de lui. Pourquoi m'avoir estropié ?

Seul le silence lui répondit. Malékith se concentrait et tentait d'appréhender l'univers clos et sombre qui s'étendait autour de lui.

— Vous n'êtes qu'un fou ! L'entendez-vous ? Fou à lier ! reprit le démon de plus belle.
— Tazdief, cesse donc de geindre, je ne m'entends plus penser.
— En prime de votre insanité, vous êtes fat et grossier. Je n'aurais jamais du vous faire confiance !
— Il suffit, démon. Je ne t'ai pas d'avantage estropié que l'état dans lequel tu te trouvais au jour de notre rencontre. Tes dieux ne sont pas les seuls à pouvoir donner et reprendre comme bon leur semble. Accepte le.
— A Blasphémer sans cesse, vous franchissez un cap dangereux, jeune Prince...
— Je n'ai cure de tes semonces, démon. Nous avons une mission à remplir. Et tu vas me guider. Mais tâchons tout d'abord de créer un peu de lumière.

Il illumina la pièce d'un halo intense. Tazdief fut momentanément aveuglé et se roula sur lui même, contre le pavé, tel un animal apeuré. Le temple apparaissait sombre, austère et incroyablement silencieux. Seul un léger clapotis venait troubler la quiétude presque religieuse du lieu. On ne s'y trompait pas : de nombreuses lianes pendaient du plafond, solidement enracinées dans les parois calcaires de la pierre. Tazdief maugréa quelques menaces basses que l'elfe préféra volontairement ignorer. Il mesurait chaque pas, caressait de son gantelet les murs comme s'ils eurent recelé un immense trésor. Malékith se tourna vers son acolyte.

— Qu'attends-tu, que je vienne te chercher ? dit-il d'un ton sans réplique.

Le démon se releva avec difficulté, titubant. La douleur s'estompait petit à petit et une croûte orangée épaisse commençait à se former là ou les ailes venaient d'être sectionnées. Il lança à l'elfe un regard mauvais. Ses petits yeux d'aigles, enfoncés dans leur orbite projetaient des éclairs de haine. Malékith s'en amusait. Il agita les ailes qu'il tenait dans sa main droite tel un trophée, mima une fausse révérence, incitant Tazdief à s'engouffrer le premier dans l'un des corridors étroits du temple. L'elfe et le démon se dirigeaient à l'endroit d'où le clapotis de l'eau se faisait entendre. Malékith devait légèrement se courber pour suivre son guide dans le tunnel. A la sortie, Malékith put enfin se redresser. Il découvrit une cascade d'eau limpide qui fuyait d'une rigole au sommet du temple, pour se déverser dans diverses failles aux débouchés souterrains. En amont, se tenait un petit monticule, une sorte de pierre marbrée incrustée de jades et d'opales. Tazdief ravala sa fierté et siffla ses consignes au Prince :

— Nous y voilà, dit-il, l'oeil torve. A partir de cet instant, nos routes divergent. Cette pierre que vous voyez m'aidera à communiquer avec vous lorsque vous serez de l'autre côté. Mais prenez garde, une fois que vous franchirez la cascade, vous ne pourrez revenir qu'à condition de dérober le fragment.
— J'ai du mal à te croire, cette cascade me paraît aussi anodine que tes pouvoirs railla l'elfe, plongeant sa main dans l'eau.
— Riez, lorsque vos yeux seront aveuglés par les ténèbres et que vos sens vous perdront, vous remercierez le ciel de m'avoir pour guide.
— Je le remercie tous les jours depuis notre encontre, ironisa l'elfe.

Ses yeux noirs se plissèrent légèrement, défiant ceux du démon pendant quelques fractions de secondes, puis il s'engouffra tel une ombre sous la cascade. Dès cet instant, un froid terriblement mordant le saisit. Il s'effondra, oppressé, terrassé par une puissance qui annihilait la sienne. Ses lèvres comme pétrifiées ne trouvèrent pas la force de pousser le moindre cri. Le noir absolu l'environnait. De ses mains tremblantes, il chercha à faire jaillir des étincelles pour s'éclairer, mais ne put lancer aucun sortilège. Ses pouvoirs ne répondaient plus. Derrière lui, le clapotis continu de la cascade résonnait tel un écoulement de temps. Lorsqu'il voulut revenir sur ses pas, il ne put traverser, se heurtant à une barrière aussi solide que l'acier et aussi froide que la glace. Il tâtonna compulsivement dans le noir, se retenant d'appeler le démon à l'aide.

Aucun sortilège ne vous sauvera, ici. Pour toutes les souffrances que vous m'avez infligées, je devrais vous abandonner à votre sort, tel le misérable que vous êtes.


D'autres murmures interagissaient avec la voix de Tazdief. Ils résonnaient dans la tête du prince, tel un bourdonnement sourd. Malékith se concentra sur les paroles du démon qui, malgré les menaces proférées, le rassurèrent.

— Ah, démon ! Je sens l'étreinte glacée de la mort qui m'enveloppe. J'entends les âmes des déchus. Ils me susurrent des menaces à l'oreille.

Ignorez les, Prince Malékith ! N'écoutez que le son de ma voix.


— Je ne distingue strictement rien, Tazdief ! s'écria l'elfe.

Nous n'avons plus une minute à perdre, dirigez vous droit devant vous. Faîtes moi confiance, je serai vos yeux.


Prudemment, Malékith obtempéra. Il s'avança, agita ses bras comme un aveugle le ferait, pas à pas. Chaque fois qu'une liane le frôlait, il se baissait comme s'il se fut exposé à un immense danger. Le froid le glaçait jusqu'au os et le ralentissait.

Prenez à gauche, maintenant ! Faîtes cent pas en avant.

Malékith pivota précautionneusement, puis s'enfonça d'avantage dans les entrailles du temple. Des créatures des profondeurs rampaient dans les galeries obscures. Il pouvait les entendre. Au bout du vingtième pas, il perçut un roulement qui se rapprochait.

La voix de Tazdief lui intima de fuir.

Terrifié, Malékith allongea la foulée, projetant ses bras dans tous les sens, comme pour se prémunir d'un obstacle invisible. Le roulement de tonnerre se rapprochait dangereusement. Sans sans apercevoir, il avait du déclencher un mécanisme piège. Dès lors, une gigantesque pierre avait été relâchée et dévalait sur lui, le long de la pente. Tazdief n'eut pas le temps d'alerter Malékith, qu'un éboulement survint. Plusieurs pierres de tailles suffisantes pour fendre un crâne se détachèrent du plafond et l'une d'elle heurta l'épaule de l'elfe, qui faillit trébucher. Le roulement se faisait si fort que Malékith courait désormais. Le moindre obstacle l'aurait condamné. Il ne lui restait plus que quinze pas à parcourir. Sa respiration saccadée était entrecoupée des paroles d'encouragement du démon qui, par delà la cascade, insufflait ses conseils.

Plus que cinq pas, prenez à gauche, vite !

Malékith occulta ses pensées et à la lettre l'ordre du démon. Quand le décompte des pas fut achevé, il bifurqua sur le côté. Aussitôt, un immense fracas retentit, lui indiquant que la course infernale de la pierre s'était achevée. Surpris d'être encore en vie, il ne put s'empêcher d'invectiver le démon.

— Traître, tu me conduis à la mort !

Ne soyez pas absurde, je vous y ai fait échapper. Resaisissez-vous, nous ne sommes qu'au début de notre périple.

Malékith haletait autant de frayeur que de fatigue. Étonnamment, la course ne l'avait pas réchauffé. Le froid ne le quittait plus et tandis que la voix de Tazdief s'estompait, celle des déchus se renforçait. En murmures tantôt proches, tantôt lointains, les damnés lui promettaient une mort aussi atroce que la leur, une mort aux confins de sa terre natale, seul, perdu dans ce temple morbide. L'elfe serra sa cape autour de son corps, mais cela fut vain. Le froid surnaturel le transperçait jusqu'aux os. La voix de Tazdief s'était tut. Quelques gouttes d'eau suintaient des pierres et plusieurs sons inquiétants emplissaient le tunnel. On eut dit que les rampants s'approchaient.

— Tazdief ! s'écria le Roi Sorcier,

Les déchus lui répondirent que son acolyte l'avait abandonné.

— Tazdief ! hurla-t-il à nouveau, terrifié.

Je vous entends, jeune Prince. Pardonnez cette interruption, le temple se révèle plus coriace que je ne l'imaginais. Ses serviteurs tentent de me faire perdre le contrôle de la pierre, mais notre volonté est supérieure à la leur.

Jamais Malékith ne fut aussi soulagé d'entendre une voix connue.

— Où dois-je aller ? s'enquit-il en, pivotant sur lui-même.

Il avait anxieusement dégainé son épée.

Laissez moi d'avantage de temps, je dois me souvenir.

Chaque seconde de silence pesait comme un poignard dans le cœur de l'elfe. Il ignorait si le démon parviendrait à conserver le contrôle de la pierre. Sa fierté seule, l'empêchait d'interpeller son comparse pour le rassurer de sa présence. A l'intérieur du temple, les rampants se faufilaient. Leurs pattes griffaient les murs du dédale. Le Roi Sorcier entendait leur queue glisser au contact de la pierre. La voix des déchus ne cessait de gagner en intensité. Elle l'abreuvait des récits sinistres d'anciens prétendants qui avaient péri. Pour le Prince, l'attente était plus insupportable qu'une marche aveugle.

Poursuivez tout droit sur environ trente pas, puis orientez-vous vers la droite. Faîtes dix pas supplémentaires et attendez mes nouvelles instructions.

Malékith fut rassuré en retrouvant les intonations sèches et tranchantes du démon. Pour autant, celle-ci s'étaient largement estompées depuis l'interruption. Malékith eut le sentiment qu'une force sombre souhaitait la museler. Il obtempéra aux directives de son acolyte. Il manifestait d'ailleurs de moins en moins de résistance à l'égard des conseils de Tazdief. Lorsqu'il eut atteint l'emplacement que le démon lui avait indiqué, il retenta d'éclairer les ténèbres en libérant toute l'étendue de son pouvoir. En vain. Aucun sortilège ne pouvait être incanté. Il soupira de frustration.

Vous allez maintenant prendre votre élan sur cinq pas, puis vous sauterez droit devant vous. Ne déviez surtout pas où vous serez perdu.

— J'éspère que tu plaisantes, démon ?

Sa voix résonna au dessus de lui-même, lui indiquant qu'il se trouvait au cœur d'une pièce concave.

Je n'ai jamais été aussi sérieux, jeune Prince.

— Je ne sauterai pas sans savoir ce qui se trouve sous mes pieds, rétorqua le Prince, déterminé à ne pas céder.

Croyez-moi, vous ne voudriez le savoir.

Cette remarque glaça l'échine du Roi Sorcier. Le souffle de la mort s'insinuait en lui. Dans son dos, les rampants le suivaient à l'affût du moindre de ses gestes. L'un d'eux se faufila sous ses jambes et les lui griffa férocement. Malékith se débattit et écarta la créature d'un coup de pied.

Vos n'avez plus le choix. Sautez. Maintenant !

Malékith prit son élan, adressa une prière silencieuse au dieu qui voudrait bien l'entendre, puis s'élança en avant. Le saut fut trop long et lorsque l'elfe atterrit, il perdit l'équilibre, entraîné par son propre poids. Autour de lui, le sol s'était dérobé. Il comprit dès lors qu'il se trouvait sur une plate-forme flottant au dessus du vide. La manœuvre se répéta. Tazdief lui intima de sauter de plate-forme en plate-forme et à chaque bond, Malékith retint son souffle. En contrebas, les cadavres des déchus l'invitaient à le rejoindre.

Lors de l'avant dernier saut, Tazdief estima approximativement la distance et l'enjambée de Malékith fut trop courte. Seul l'un de ses pieds parvint à la plate-forme, tandis que l'autre glissa sans support. Tout son corps fut entraîné dans l'abîme. In extremis, ses mains accrochèrent une irrégularité dans la pierre. Suspendu dans le vide, retenu par la force seule de ses bras, le Roi Sorcier se cramponnait farouchement. Quand il tenta de se hisser sur les coudes pour remonter son corps, un des cadavres de la fosse lui saisit la jambe. Il se débattit et poussa un cri de frayeur au contact visqueux de cette peau en décomposition. D'un mouvement de bascule, il se servit de sa jambe libre comme un projectile qui atteignit le menton du démon. Ce dernier chancela avant de lâcher sa prise. Malékith en profita pour remonter sur la plate-forme. A l'ultime instant, il sentit la boucle de sa ceinture céder : la créature venait d'emporter sa cape dans les ténèbres de la fosse.

Il eut à peine le temps de reprendre son souffle, qu'une voix douce et sucrée balaya les avertissements presque inaudibles de Tazdief.

— Bonsoir, Prince Malékith. Vous m'avez tant manqué. Suis-je toujours la seule, l'unique, la plus belle de vos roses ?

Les paroles d'Alyndra touchèrent l'elfe droit au cœur. Par delà l'obscurité, elles ravivèrent en lui une flamme qui, jamais ne s'était éteinte.
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Ven 18 Sep 2015 - 6:19

Citation :
Étant nouveau, j'imaginais le caractère de Malékith bien différent

Attention, ça reste une réecriture personnelle du caractère du personnage :)







***







Le cœur de Malékith cogna si fort dans sa poitrine qu'il en eut la nausée. Ses yeux s'humidifièrent. Sa gorge sèche, pleine de cendre et de poussière se noua. Il interposa son épée et menaça d'un moulinet vague la femme qui troublait son âme.

— Si vous pensez qu'il suffit d'usurper un souvenir pour me briser, vous faîtes erreur ! rugit-il à un ennemi invisible.

Il grelottait. Le froid s'était insinué si profondément en lui que maintenir son épée tendue lui exigeait un effort immense. A l'autre bout de l'antichambre, la succube rejoignait silencieusement son amant. Chacun de ses pas provoquait une secousse évanescente, comme si son corps se trouvait en parti immergé. Ses breloques tintaient et s'entrechoquaient au gré du balancier qu'opéraient ses hanches. Malékith, tremblant, se sentit défaillir. Sa conscience se brouillait. Machinalement, il avança d'un pas. Une eau tiède et agréable s'infiltra d'abord dans ses bottes, pour remonter le long de ses jambes.

— Vous m'avez tant manqué. Il faisait noir, si noir, reprit-elle d'un soupir alangui.

Un frisson parcourut l'elfe. Ses barrières cédaient.

— Je vous demande pardon, dit-il. Je vous ai abandonnée.
— Sharaz ne vous a pas laissé le choix. Ne vous tourmentez plus, mon Prince.

Elle joignit sa main dans la sienne.

— J'ai été si faible, Alyndra. J'ai échoué. Pardonnez-moi. Si seulement je pouvais inverser le cours du destin, implora-t-il d'une sincérité non feinte.

Elle se tenait à portée de lame. Son parfum de rose couvrait l'odeur de moisissure du temple. L'eau avait crû et atteignait la taille du Prince. Alyndra posa sa main sur le garde-lame, le caressa à trois reprises du bout des doigts, puis l'abaissa. Le Roi Sorcier était toujours aveuglé mais ressentait si intensément le contact de sa peau qu'il pouvait presque deviner les contours suaves de ses tatouages.

— Alyndra, je vous a...

Elle l'interrompit d'un baiser volé. Son corps humide se pressa contre le sien et elle ronronna langoureusement contre sa poitrine. L'eau dépassa le buste du Roi Sorcier. Alyndra passa la main dans ses cheveux d'argent, s'attarda longuement sur sa nuque, puis l'embrassa à nouveau. Malékith s'abandonna : la passion recouvrait tout autour de lui. L'eau tiède ne cessait de s'élever. Elle gorgeait ses vêtements et l'enrobait confortablement. Une brume apaisante délectait son esprit qui baignait dans le plus agréable des rêves. Alyndra enroula ses cuisses fines et douces autour de sa taille, tandis que son bassin entreprit une danse suggestive. Le Prince se livra entièrement dans cette étreinte qui semblait ne jamais avoir de fin.

L'eau les submergeait presque entièrement.

Prince Malékith !

Le parfum capiteux de ses cheveux envahissait l'air restant de la pièce.

Prince Malékith !


Il voulut mourir pour elle.


Prince Malékith !


Cette fois-ci, il sursauta de stupeur. Le timbre brutal du démon contrastait tant avec la douceur des baisers échangés avec Alyndra, qu'il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser. Il s'escrima à conserver la tête hors de l'eau.

Prince Malékith, entendez-moi !


— Je t'entends, répondit l'intéressé, toussant et crachotant de l'eau par saccades.

Ne restez pas là, fuyez aussi vite que vous le pouvez !


La voix de Tazdief s'éloignait. Malékith n'avait pas entièrement quitté son mirage.

— Pourquoi devrais-je fuir ? contesta-t-il. Alyndra est avec nous, elle m'a aidé dans le passé. Je lui fais confiance.

Cette dernière referma son étreinte.

Cette femme n'est pas celle que vous avez connue ! Si vous ne fuyez pas maintenant, ce temple deviendra votre tombeau !


Un éclair de lucidité traversa Malékith qui entrevit une portion de la réalité. Il se parla à lui-même, l'air sombre.

— Alyndra ne peut être dans ce temple. Sharaz l'a assassiné. Son essence est disloquée aux quatre vents. Jamais plus nous nous reverrons.

Il opéra un mouvement réflexe de recul, mais la jeune femme pendue à son cou refusait de le quitter.

— Pourquoi chercher à me fuir, maintenant que nous sommes enfin réunis, mon amour ?

Malékith baissait la tête. Même dans le noir complet, il ne pouvait supporter son regard.

— Tu n'es pas réelle, conclut-il amèrement. Je dois partir.

Il prononça cette phrase d'une lenteur extrême, détacha chaque mot à mesure qu'il se convainquait de leur sens. Alyndra le pressa plus fort. Elle le couvrit de baiser. Le Prince se laissait faire, dévasté, pendant que les flots noyaient intégralement la pièce.

Débarrassez-vous d'elle, Prince Malékith. Faîtes demi-tour, nagez douze pieds puis plongez à dix de profondeur. Ne vous laissez pas entraîner par le poids de votre armure.


Les deux amants sombrèrent lentement. La pièce donnait l'impression d'avoir doublé son volume. Alyndra enlaçait l'elfe si fort. Elle ne put voir Malékith saisir la dague qui pendait à son flan. L'elfe l'embrassa une dernière fois, puis la poignarda sans un mot. Il perçut un cri étouffé, et des sanglots lui parvinrent. Du sang se dilua dans l'eau. Il se déposait sur ses lèvres. Les jambes de la succube se dénouèrent de sa taille et il put plonger dans les profondeurs pour rejoindre le soupirail qu'avait indiqué Tazdief. Il brisa la fine grille qui lui barrait la route, empruntant un nouveau tunnel inondé. A son extrémité, l'eau se mêlait à la boue et aux racines de plantes marines. Il les écarta, regagnant ainsi la surface. L'obscurité était toujours totale, mais le froid semblait avoir disparu. Dans sa main tremblante, il tenait toujours l'arme. Elle lui échappa. Il ne la ramassa pas. Il s'effondra à genoux et hoqueta à plusieurs reprises. Ses mains recouvrirent son front et il libéra une plainte faible, presque irréelle.

Félicitation, jeune Prince. Le fragment d'essence est à portée de nos mains.
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Lokhir Fellheart
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Sam 26 Sep 2015 - 22:29

Pauvre Malékith ! Subir tant d'épreuves aussi ignobles ! J'en apprécie davantage le personnage et regrette qu'il ait si mal tourné !

Même si c'est une interprétation personnelle, je trouve cette histoire superbe !

La suite !
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 12 Oct 2015 - 5:44

Il faut souffrir pour être roi !

La suite :)








***










Malékith gisait à terre. Il hoqueta à de multiples reprises, crachant une eau tiède au parfum de vase. Cette même eau ruisselait le long de son armure et sur les ailes démoniaques de son acolyte, fermement arnachées à son dos. Sur les consignes du démon, il se hissa sur ses deux jambes, fit quelques pas, avant de s'effondrer à nouveau.

Relevez-vous de suite, siffla Tazdief d'une voix autoritaire que seul l'elfe put entendre.


Pris dans un tourbillon où le deuil se mêlait à l'humiliation, le sang du prince ne fit qu'un tour.

— Lorsque j'aurais quitté cet enfer, démon, tu payeras pour ta condescendance.

Il prononça ces mots à demi voix. Lui-même n'y croyait plus. Cela faisait trop longtemps qu'il errait dans le froid. Trop longtemps qu'il grelottait dans les ténèbres. Un bruissement d'ailes suivi d'un raclement de chaîne se fit entendre à une dizaine de pas de sa position.

— Je perçois une présence forte et déterminée, dit celui qui était enchaîné. Elle fend l'obscurité à moins que mes sens me trahissent.

Les consonances graves et élégantes de cette voix sublime contrastaient tant avec le croassement haché de Tazdief, que le Roi Sorcier s'immobilisa instantanément, conscient de faire face à un être infiniment puissant.

A partir de cet instant, Prince Malékith, vous suivrez mes directives à la lettre. Déviez une seule fois de mes consignes et je vous garantis le trépas. Ne prononcez plus une parole à mon intention ; il en va de notre vie. Maintenant, avancez-vous calmement vers lui.



L'elfe s'exécuta impressionné par tant de puissance. Il ne pouvait certes la contempler comme un mortel le ferait, mais il la ressentait au plus profond de lui. Chaque pore qui composait sa peau vibrait à l'approche de cet être suprême. Bien qu'il brûla du désir de converser librement avec lui, sa raison lui recommanda de suivre les conseils de Tazdief qui, jusqu'à présent, avaient su prolongé ses jours.

Saluez-le. Manifestez de la déférence.


Les simagrées courtisanes qu'il s'apprêtait à feindre lui rappelèrent celles auxquelles il avait du se livrer au temple. Il parvint finalement à considérer cette tâche vile comme une mascarade, une forme de théâtre grotesque au sein duquel il occuperait le rôle principal. Le mensonge l'excitait.

— Vos pouvoirs sont immenses, Seigneur, ils ne peuvent vous égarer, déclara l'elfe avec assurance. Un étranger se présente bel et bien devant vous. En cet instant, il s'incline devant votre majesté.

Excellent, jeune Prince. Continuez d'avancer sur quelques pas encore. En notre Royaume, la coutume veut que le plus faible se présente le premier.


Un second bruissement d'aile troubla sa confiance. Au regard du souffle provoqué par ce battement, la créature devait être titanesque. Malékith ignorait pourquoi elle était enchaînée.

— Un étranger, dis-tu ? Qu'adviendrait-il de lui s'il avait l'arrogance de défier le maître du temple ?

« On l'a averti de ma présence », songea Malékith, dont les mains s'agitaient nerveusement.

N'ayez crainte, ces procédés ne sont qu'un aperçu des doutes qu'il tentera de distiller dans votre esprit. Son unique but est de vous rendre vulnérable aux pièges qu'il ne cessera de vous tendre. Écartez les digressions et ne retenez que l'essentiel. Restez concentré. Présentez-vous en empruntant ma lignée.


— Pardonnez mon insolence, maître, reprit l'elfe. Je ne souhaitais nullement vous défier. Je me prénomme Tazdief, fils de Goun et de Shadé, humble serviteur du grand architecte.

Une myriade de rires et de claquements sonores retentirent dans les dédales du temple. Les indicateurs étaient légion.

— Prosterne toi, rétorqua le maître des lieux avec autorité, car je suis Eschyle, fils d'Istéron et de Galité, frère d'Ilyos et de Torn, maître du domaine de Serkis, Seigneur ici bas.

Le malandrin a volontairement confondu le nom de son domaine avec celui de son second frère. Saluez-le en corrigeant cette erreur.


Les conseils de Tazdief était à peine audible, comme s'il peinait à garder le contrôle de la pierre.

— Je vous salue dignement Eschyle, fils d'Istéron et de Galité, frère d'Ilyos et de Serkis, maître du domaine de Torn, Seigneur ici bas.

Cette dernière phrase arracha au démon un ronronnement de contentement. La menace de son ton s'apaisa et revint à la douceur qui caractérisa sa première intervention orale.

— Ah, Tazdief, tu es donc digne de t'asseoir à ma table, déclara-t-il.

Un tintement de couverts entrechoqués résonna dans la pièce qui était toujours noyée dans une obscurité complète. Un souffle boisé en aval et un second en amont indiquèrent à Malékith qu'une table et une chaise s'étaient dressés. Rapidement, le parfum du vin et de la viande grillée envahirent la salle à manger. Il lui suffisait de fléchir les cuisses pour être définitivement attablé.

Ne mangez rien, ne buvez rien, ne touchez à r...


La voix de Tazdief s'évanouit subitement.

— Repais toi de ce festin car ton périple a été éprouvant.
— Votre proposition est fort aimable, maître, mais je ne manque de rien, rétorque le Prince dans la foulée.

Malékith avait perdu la saveur des aliments il y a longtemps. Par d'étranges effets hallucinatoires, ils lui réapparurent pour la première fois depuis des siècles. Le fumet de la viande lui donna l'eau à la bouche. Il devint entêtant, si proche, à portée de main. Tout comme le vin, issu des vignes éternellement ensoleillées, qui ruisselait et titillait ses narines. Le Roi Sorcier lutta pour conserver sa discipline. Ses mains se nouèrent dans son dos pour ne pas être tentées.

— Vraiment ? insista le démon, avec perfidie.
— Puisque je vous le confirme, répondit Malékith, les mains toujours crispées.

Aussitôt, la table fut balayée par les vents de magie. Le cristal et la porcelaine se brisèrent et le parfum des victuailles s'évapora dans l'air. Le démon s'agaçait de la résilience de son hôte. Il déploya alors une autre stratégie : celle de la violence et de l'intimidation. La puissance déferla et Malékith fut presque emporté par la tornade. Tazdief ne répondait plus. Les craintes de l'elfe se renforcèrent, quand de mystérieuses chaînes organiques le saisirent, sans qu'il ne puisse opposer une quelconque résistance. Le démon ombrageux l'interpella à nouveau.

— Sens-tu la véritable puissance qui courbe ton échine ? Sens-tu ce vent que les mortels désirent et craignent tout à la fois ? Il est la raison de toute chose. L'obole du mendiant, la quête du serviteur et la passion du maître. On le dit éphémère, on le dit infini. En ce moment, il souffle sur ta vie.

Ce vent terrifiant galvanisa Malékith.

— Je ne sens... que... le changement, rugit-il, auréolé de puissance.

La colère du démon retomba. Un silence pesant couvrit la salle.

— Mes serviteurs m'ont conté l'étrange histoire d'un mortel, né de haute lignée. Fils dit-on, du plus puissant Roi qui ait foulé le monde. Lorsque son père mourut, le Prince fut écarté du trône. De bonne grâce, il jura allégeance à l'usurpateur. L'aura et la force du Prince resplendirent tel un guide de lumière, communiquant l'espoir d'un second âge d'or à son peuple. Au cours de ses innombrables voyages, le Prince fut séduit par de sombres secrets, issus de la magie la plus noire. Quand il revint à la Cours, sa jalousie éclata aux yeux de tous. Il fit empoisonner le Roi illégitime et convoqua les princes du Royaume pour les soumettre à sa volonté.

Le démon marqua une pause et Malékith poursuivit froidement cette histoire dont il connaissait la fin.

— On m'a également rapporté ce conte, dit-il. Le mortel assassina les dissidents du Royaume et traversa les flammes sacrées de son Dieu pour finaliser son couronnement. Les flammes rejetèrent son corps impur.
— On dit qu'elles le dévorèrent et le tourmentèrent sans fin.

Le démon insista vicieusement sur ce dernier point, avant de reprendre.

— Le Prince dont il est question consacra les millénaires de sa vie à la reconquête du trône, provoquant le plus grand schisme que son peuple ait jamais connu. Sa rancoeur nourrit sa haine et la haine le conduisit à la guerre. Le tumulte de la guerre résonna jusqu'à la nuit des temps. Il s'agissait d'un événement auquel nul ne s'attendait. Ni homme ni démon ne fut suffisamment clairvoyant pour le prophétiser. Mes serviteurs m'ont rapporté que ce conte dépassait la fiction ; qu'il existe bien un Prince mortel que la folie guida jusqu'à notre Royaume.

Les deux protagonistes se confondirent dans le silence. Malékith reprit la parole :

— Maître, pensez vous qu'un mortel ait pu survivre aux épidémies nécrotiques, aux milles et uns plaisirs ? Pensez-vous qu'il ait pu ne serais-ce qu'entrevoir la montagne des crânes ? s'enquit Malékith, impassible.

La politique reprenait ses droits. Le démon éclata d'un rire tonitruant et resserra les chaînes autour des membres du Roi Sorcier.

— Aussi puissant qu'un mortel puisse l'être, il serait folie de l'imaginer, annonça le démon.

Malékith ignorait si son interlocuteur jouait ou non avec lui. L'obscurité combinée à l'hypothèse qu'un mortel ait pénétré en territoire démoniaque était plus qu'improbable et jouait en sa faveur. Pour autant, l'elfe ignorait l'étendue des connaissances du démon.

C'est alors que les chaînes cédèrent, au grand étonnement de l'elfe.

— Il n'y qu'une seule façon de le savoir, renchérit le Seigneur du temple. Viens vers moi.

L'ordre était sans appel. Malékith en fut paralysé de frayeur. Il craignait plus que tout que le démon voit clair dans son jeu. Il ne pouvait se résoudre à se livrer entre ses griffes. Le Roi Sorcier implora Tazdief de lui apporter son aide, mais son acolyte ne répondait plus depuis longtemps. Peut-être avait-il cédé au pouvoir de la pierre, peut-être était-il déjà mort ? Ses angoisses le rattrapèrent. Imperceptiblement, il glissa sa main sur le pommeau de son épée, avant de se raviser. Dans son dos, pendaient les ailes de Tazdief. Il les détacha calmement.

A l'autre bout de la pièce, le démon suprême jouissait de cette attente. Il savait que son hôte ne pouvait plus reculer. Nul besoin de faire étalage de sa force, son interlocuteur approcherait de lui-même.

Animé par la ruse, Malékith tint une aile dans chacun de ses bras, puis resserra le plumage autour de sa taille pour simuler l'apparence physique de son acolyte. Lentement, il s'avança. Chacun de ses pas créait un léger son qui se répercutait sur les dalles de pierre. L'imposante créature exaltait sa joie par de légers râles et lorsque l'elfe se fut approché au point de sentir son souffle chaud, elle tendit une gigantesque patte griffue qui le souleva de terre. Le démon s'exécuta très doucement. Le temps sembla atrocement long pour Malékith qui s'attendait à être broyé à chaque instant.

— Ah, Tazdief, dit le Seigneur du temple, je reconnaîtrais ton cœur noir entre tous. Je savais que tous ces mensonges te concernant étaient faux. Il n'est nul doute, aucun mortel ne peut pénétrer dans ce temple. Contemple cette récompense comme prix de ta ténacité.

L'elfe fut finalement relâché. Il était encore trop sonné pour réaliser ce qui venait de se produire. Une armature métalique cliqueta dans le noir. Le démon tendit à l'elfe ce qu'il devinait être une forme aux contours flous, presque immatériels. La forme se pressa délicatement contre le bras du Roi Sorcier qui reconnut ce contact doux, tiède et rassurant : celui d'un fragment d'essence démoniaque.
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La mort dans la nuit
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 12 Oct 2015 - 10:55

Quand je n'aurais rien à faire hop hop direction ton sujet ça à l'air fort intéressant ! =D
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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 12 Oct 2015 - 12:55

C'est le cas! Tu ne seras pas déçu par ce récit, bien au contraire!! *gg*

Allez, la suuuuiiiiiite!!! (ça faisait longtemps que je l'avais pas réclamé... XD )
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Mar 20 Oct 2015 - 21:23

Il suffisait de demander !












***










Le fragment d'essence escaladait le bras du Roi Sorcier, le gratifiant d'une chaleur tiède et agréable. Espiègle, il s'étirait de toute sa surface, car son ambition était de recouvrir intégralement son libérateur. Malékith n'objecta pas au dessein de cette chose, dont l'autonomie le sidérait. Il choisit de ne point suivre les recommandations de Tazdief, de ne pas rouvrir sa bourse pour y renfermer le fragment. Le noir complet empêchait toujours le Prince d'appréhender son environnement. Le raclement des chaînes du prisonnier lui indiqua qu'il souhait prendre la parole.

— Tu es en possession d'une partie de la récompense ultime, annonça le puissant Eschyle. Te voilà maintenant fortement avancé sur le sentier de la rédemption.

Malékith resta de marbre, craignant sans doute que sa récompense lui fut retirée. Le fragment d'essence poursuivit son ascension, chatouillant sa nuque.

— S'il ne fut aisé de le conquérir, plus ardu encore sera de le conserver. Dans ce temple, de nombreux damnés qui ont échoué dans leur quête errent, aveugles. Ces âmes perdues tueront pour goûter le fragment que tu portes. Va et quitte cet endroit, ou péris comme les autres avant toi.

Une bourrasque puissante chassa Malékith hors de la pièce. Il perçut un choc sourd, comme pour lui signifier qu'une dalle venait d'être scellée dans son dos. L'essence de Tazdief l'avait recouvert en intégralité. Sa peau vibrait à son contact. Le fragment lui insufflait une fraction du pouvoir de l'ancien porteur. Elle le préservait en outre du froid mordant, qui l'avait tant fait souffrir en traversant la cascade.

Un éboulement lointain parvint à ses oreilles. Des bruits de pas saccadés l'accompagnèrent.

Malékith dégaina sa lame, ne négligeant pas les avertissements du Seigneur des lieux. Des formes scintillantes ne tardèrent pas à apparaître dans son sillon. Le Roi Sorcier en fut le premier surpris, lui qui avait si longtemps tâtonné dans l'obscurité, sans autre repère que la voix de Tazdief. Le fragment d'essence lui conférait le don de seconde vue qui permet à un démon de discerner ses semblables à tout instant. L'elfe se plaqua contre le mur et patienta silencieusement. Il pensait que ses poursuivants le dépasseraient, sans avoir à livrer bataille. Les démons obliquèrent soudain dans sa direction. L'essence semblait émettre de fines particules que tous les démons assoiffés pouvaient traquer. Le Prince en eut la certitude lorsqu'un projectile tranchant frôla son épaule. Le démon pyromane et ses pairs hurlant se précipitèrent dans sa direction. Un second détachement le prenait à revers.

Lorsque les démons se furent suffisamment approchés, l'un à la suite de l'autre, le Roi Sorcier abattit son épée sur le crâne du premier opposant. Un liquide grumeleux éclaboussa son front. Celui-ci retira sa lame d'un mouvement sec, puis la plongea profondément dans la gorge d'un monstre disproportionné. Une patte le griffa et lui fit perdre l'équilibre. L'elfe tira la dague restante de sa taille et transperça la cuisse du damné. Le démon hurla de douleur, avant de retirer la pointe de métal. Une gerbe de sang s'écoula de la plaie. Malékith le maintint à distance d'un coup de pied à l'aine puis se releva. Deux autres assaillants se jetèrent sur lui. Un troisième, plus lent, vomissait des projectiles incandescents de ses multiples orifices. L'un des sortilèges heurta par erreur le démon le plus proche de l'elfe. Ce dernier s'effondra, la peau du dos calcinée. Le Prince riposta d'un rapide revers qui perfora l'abdomen du blessé.

Malékith reprit son souffle, hasardant un regard par dessus son épaule. Les damnés alertés par le vacarme de la lutte accouraient. D'autres démons attirés par le fragment d'essence provenaient des plus sombres conduits. L'elfe parcourait à la hâte des couloirs qui lui semblaient tous identiques. De la boue tenace alourdissait ses bottes et plusieurs lianes vicieuses lui barrèrent la route. Deux démons tapis dans l'ombre profitèrent de son inattention pour lui tendre une embuscade. L'un des deux possédait une protubérance en forme de gueule à l'emplacement du nombril. L'autre ne semblait être rien de plus qu'un amas difforme. Le tas de chair se jeta le premier sur lui et Malékith faillit être emporté par sa masse. Le second, plus leste tenta de contourner l'elfe, mais ne fut pas assez rapide. Un moulinet inattendu lui trancha la tête. Le démon corpulent posa plus de difficultés au Roi Sorcier. A chaque fois que sa lame tentait de l'atteindre, elle ricochait sur son cuir dur en produisant des étincelles dorées. Malékith se contenta de parer les morsures du démon les unes après les autres. A un moment, il pivota sur lui-même en opposant sa lame au monstre. C'est là qu'il distingua un pont suspendu, trop étroit pour que plusieurs humanoïdes le franchissent simultanément.

Le Roi Sorcier para les rafales du tas de chair qui semblait infatigable. Pas après pas, le Prince s'approchait malicieusement du pont. Quand le démon fut suffisamment engagé, Malékith lui asséna une estocade qui le fit vaciller. Une seconde fut portée. Cette fois, le monstre bascula mais ses griffes se plantèrent dans la corniche, le retenant ainsi suspendu. Le temps s'arrêta quelques secondes. Au moment où l'elfe leva son épée pour achever son adversaire, un tentacule s'éleva du gouffre et saisit le tas de chair. Le crissement de ses griffes contre la pierre fut strident et ses hurlements bestiaux se muèrent en couinements terrifiés, lorsque le tentacule l'emporta dans les profondeurs du gouffre.

Malékith se hâta de franchir la corniche pour ne pas subir le même sort. Lorsqu'il atteignit le renfoncement dans la roche qui lui permettrait de s'enfuir, un second tentacule s'interposa. Sa peau répugnante, couverte de griffes et de crocs répartis sans logique, se tortillait. Un second appendice s'éleva de la fosse. D'autres suivirent encore. Ils balayaient l'air en larges mouvements rotatifs et l'elfe dut se jeter en avant pour ne pas être fauché. Il se plaqua au sol, retint son souffle et rampa aussi silencieusement que possible en direction de l'extrémité du pont de pierre. Chaque tintement de son armure le fit frémir. Il priait que l'abomination ne puisse l'entendre. Les tentacules fendaient l'air, raclant la paroi rocheuse qui surplombait le gouffre à la recherche de nourriture. Une des ventouses frôla la jambe gauche du Prince. Ce dernier n'eut d'autre choix que de glisser sur le côté, chutant presque dans l'abîme. Il se redressa avec peine, peu avant qu'une mystérieuse force ne le heurte au dos. Celle-ci l'envoya rouler sur plusieurs mètres, dans un raclement de métal. Étourdi, Malékith passa sa main sur son armure, entre les omoplates et en ressentit immédiatement l'impact brûlant. Les mailles avaient en parti absorbé le sortilège, mais la violence du choc lui coupa le souffle de précieuses secondes.

Dès lors, les tentacules redoublèrent d'intensité. Malékith sauta de justesse par dessus l'un deux qui tenta de le surprendre à hauteur des genoux. A l'autre extrémité du pont, une horde de damnés le poursuivait toujours. Eux-aussi hésitaient à franchir la fosse. Certains brandissaient un sceptre, d'autres se contentaient de croassements menaçants. L'elfe tira son pavois pour se prémunir d'un nouveau sortilège. Il ignorait d'ailleurs comment ces démons mineurs pouvaient faire appel aux vents du chaos, alors que le bâtiment l'en en privait. Il se plaqua à nouveau au sol pour éviter un tentacule, puis observa les murs qui l'entouraient. Son don de double vue les lui fit voir aussi distinctement qu'un mortel aurait vu leur forme matérielle. Les démons avaient probablement appris à puiser leur énergie non plus dans les courants de magie, mais également dans les fondations du temple. Ce dernier quant à lui, s'auto-alimentait, puisait sa puissance directement depuis l'extérieur. Le Prince esquissa un sourire à la perspective de cette révélation, réalisant qu'il lui restait encore beaucoup à apprendre.

Les démons incantèrent d'autres sortilèges dans sa direction, mais leur visée était incertaine et aucun ne trouva sa cible. Certains frappèrent les tentacules voltigeant, ce qui eut pour effet de les rendre fous de rage. Les appendices s'agitaient furieusement dans l'air, emportant les damnés imprudents qui s'avancèrent sur le pont. Les démons qui cherchèrent à le franchir parurent bien maladroit et furent immanquablement balayés. Au moment de la chute, leur visage tordu regagna leur apparence humaine, originelle. La horde redoubla d'hésitation. L'un des démons plus imposant que les autres s'improvisa chef de meute et leur intima l'ordre de repousser les appendices gluants. Les damnés obéirent et concentrèrent toute leur énergie. Une myriade de projectile mauves et ocres fila dans l'air pour s'écraser contre le plafond de la salle. Une pluie d'énergie brute dégoulina le long du dôme. Un rugissement de douleur suivit, émana du gouffre, faisant battre les tentacules en retraite.

Malékith n'attendit pas qu'on le cueille. Il s'éclipsa aussi vite qu'il le put, les démons sur ses talons. Il ne restait que quelques mètres à franchir avant que l'elfe ne fut en sécurité dans l'alcôve, mais les tentacules enragés fondirent à nouveau depuis le gouffre. L'abomination s'enrageait plus que jamais et ses membres serpentins, couverts de braise, s'enroulèrent autour du pont. Un grincement terrifiant résonna dans l'antichambre. Les démons gémirent de frayeur. Des sortilèges fusèrent un instant, avant que le pont de pierre ne s'effondre, emportant avec lui une dizaine de damnés. Malékith eut tout juste le temps de se jeter dans l'alcôve. Un épais brouillard de poussière s'éleva aussitôt de l'abîme. Un tentacule s'insinua jusqu'au Prince, déterminé à l'emporter comme les autres. Malékith fut happé à la jambe. Il se cramponna de toutes ses forces à un interstice dans la paroi murale mais la force de l'abomination était telle qu'il ne put résister qu'une poignée de secondes. Le cuir de ses gants céda, et ses mains ensanglantées se détachèrent de la pierre. Son corps fut comme aspiré vers le gouffre. Sa lame était toute proche. Il se tendit de toute sa longueur et parvint à en attraper le pommeau. Déterminé à se libérer coûte que coûte, il frappa plusieurs fois en direction de l'appendice qui le traînait. Il étouffa un hurlement de douleur. Le tentacule avait été sectionné, mais il avait également entaillé sa jambe dans la panique. Sa cuissarde était fracturée à l'endroit où la lame avait s'était abattue. Il perdait du sang en quantité.

Le Roi Sorcier se redressa à la hâte, claudiquant dans l'ombre. Son épée lui servait de béquille de fortune. Il serra les dents pour mieux supporter sa peine. Du métal avait éclaté et s'enfonçait dans sa chair. A chaque pas, il grimaça de douleur. Une ombre survint au détour d'un couloir. Un démon probablement le guettait. L'elfe se terra dans l'ombre, prêt à égorger le rôdeur. Lorsque celui-ci fut à bonne distance, le Prince le saisit à la gorge.

— Arrêtez ! le pria le démon.

Le démon en question possédait une particularité connue : ses ailes avaient été tranchées.

— Tazdief ? s'exclama le Prince, abasourdi mais néanmoins heureux de retrouver son homologue.

Le démon aveugle ne le reconnut pas et se libéra de son étreinte.

— Arrière ! hurla-t-il toutes griffes dehors.
— Tazdief, que fais-tu ici ? s'enquit l'elfe.
— Arrière, reprit l'acolyte, tu n'es qu'illusion !
— Tazdief, as-tu perdu la raison ?

Malékith l'empoigna de nouveau, le forçant à ressentir l'étrange contact de sa peau, recouverte par le fragment d'essence.

— Vous... Vous avez donc réussi ! balbutia Tazdief, fou de joie.

Malékith soupira, l'exhortant à fuir les damnés. Bien qu'aveugle, Tazdief se révéla être un excellent guide. A eux deux, ils n'eurent aucun mal à regagner la cascade. En la franchissant, le Prince ne ressentit plus cette étreinte glaciale qui l'avait paralysé la première fois. Tazdief quant à lui, n'était pas protégé. Il en souffrit atrocement. Il demeura plusieurs minutes contrit au sol. Progressivement, il regagna la vue.

— Je vous demande pardon, Prince Malékith. Les forces de la pierre se sont révélées être plus puissantes que dans mon souvenir. Je suis parti à votre recherche dès que je me suis senti perdre le contrôle et...
— Il est inutile de te justifier, le coupa Malékith dans un sursaut d'orgueil. J'ai survécu sans toi et nous voilà en possession de l'essence.
— Vous dites vrai. Je ne me suis pas trompé en vous choisissant pour champion. Dites moi seulement une chose, pourquoi revêtez-vous mon essence ?
— Parbleu ! C'est grâce à elle que j'ai survécu.
— Replacez là immédiatement dans la bourse que je vous ai confiée, s'agaça le démon. Le fragment ne doit jamais être à votre contact direct !

Malékith approcha son visage tout prés de celui du démon. Il lui sourit, avant d'ajouter :

— Puisque tu insistes.

Et il retira le fragment d'essence. Celui-ci résista, se cramponna peu désireux d'abandonner son récent porteur. Le Prince ouvrit sa bourse. Un souffle surnaturel l'aspira inévitablement. Aussitôt, la peau de l'elfe cessa de scintiller.

— Je préfère cela, ajouta Tazdief, retrouvant sa gaieté.

Tous deux s'éloignèrent de la cascade, jetant un dernier regard à la pierre noire qui trônait en aval, impassible. Ses reflets moirés changeaient au gré des perspectives. Malékith s'en détourna avec mépris. Quelques pas avant la sortie, le démon fit demi-tour et arracha un morceau de liane verdâtre qui pendait aux dalles hautes du temple.

— Un tel composant est rare. Nous en aurons besoin pour récupérer le dernier fragment d'essence.

La dalle de pierre s'ouvrit au contact de la patte de Tazdief. La lumière du jour les aveugla. L'elfe apprécia la caresse des rayons de ce soleil surnaturel. Il ressentit également le souffle chaud et enivrant des vents de magie du dehors. Une clameur intense retentissait à travers tout l'îlot. Le Roi Sorcier leva son épée très haut au dessus de sa tête et la foule de démons, prête à l'étriper quelques heures plus tôt, l'ovationna de plus belle. Des sortilèges zébrèrent le ciel en tous sens, en signe de respect. Le Roi Sorcier lança un regard satisfait à Tazdief, puis respira profondément. Sa douleur à la cuisse ne lui semblait plus qu'une bagatelle.
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lam'ronchak
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 26 Oct 2015 - 9:35

Si tu es chaud du background pourquoi ne pas intégrer l'équipe du 9th age parce que là ça envoie *big*

Sinon la SUITE !!!
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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 26 Oct 2015 - 18:07

Iam' a eu une très bonne idée!! Faire du background t'irais à merveille, Kayalias!! *gg*

Allez, la suite!!!! *woot*
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Dim 1 Nov 2015 - 22:59

Citation :
Si tu es chaud du background pourquoi ne pas intégrer l'équipe du 9th age parce que là ça envoie

Merci qu'est-ce que c'est que le 9e age ?

La suite !









***










Dans les couloirs austères de la plus haute tour de Naggarond, rampait furtivement une ombre, aussi silencieuse que mortelle. A pas feutrés, la silhouette escaladait les marches une à une, lorsqu'une patrouille se présenta. Aussitôt, l'ombre se tapit contre le mur, sans émettre un son. Elle maintint son souffle, puis resserra sa cape autour de la poitrine, se confondant parfaitement avec les pierres froides de l'édifice. Les propriétés magiques de son artefact furent telles, que les gardes insouciants passèrent devant elle sans la remarquer. Quand le martèlement des semelles se fut suffisamment éloigné, l'elfe reprit sa route. Les marches interminables se succédèrent jusqu'à une porte boisée, à l'apparence neutre. Là, deux sentinelles montaient la garde, impassibles. L'ombre se tint à portée maximale. Elle scruta la pièce longuement, avant qu'une idée ne germe. Elle employa l'arceau du plafond, probablement réservé à la suspension d'un chandelier afin d'éclairer l'escalier. D'une succession rapide de mouvements, l'elfe y enroula une cordelette autour, s'extirpant des ténèbres. Elle étendit ensuite ses bras à la manière d'un rapace et plongea deux poignards dans la nuque des gardes, choqués de leur propre mort. Du sang s'écoulait de la plaie des soldats, mais la main de l'elfe ne trembla pas, resta ferme pour qu'aucun ne donne l'alerte. En usant le résidu de cordage, elle lia les deux corps l'un contre l'autre. Les armures des soldats tintèrent légèrement et la corde se raidit. L'ombre se précipita pour retenir leur chute et empêcher l'arceau de se briser sous l'effet d'une traction trop violente. Quand elle fut assurée que l'anneau de fer soutenait parfaitement ses victimes, elle admira son oeuvre. Les corps des morts se balançaient légèrement, enlacés dans la non-vie tels deux marionnettes ensanglantées.

L'ombre les contourna et déposa contre la porte un petit talisman que son commanditaire lui avait confié. D'un noir profond, il deviendrait argenté si la porte était enchantée. En l'espèce, il resta noir. L'elfe s'impatienta. Elle réitéra l'expérience. Le talisman ne changeait toujours pas de couleur. Elle en conclut qu'elle pourrait crocheter la serrure, puis tourna délicatement la poignée. La sobriété extérieure de la chambre contrastait avec son intérieur dispendieux. Le pale clair de lune fendait les rideaux pourpres du balcon, pourléchait d'immenses armoires remplies d'or, de coffres, de calices, de rubis et de saphirs. Au milieu de la pièce, sur les pavés de marbre blanc aux motifs serpentins, trônait un chaudron imposant. De la fumée au parfum de jasmin s'en échappait. Quelques braises mourantes le chauffaient encore. L'ombre contourna diverses statues aux visages mystérieux et s'approcha de ce qui semblait être la couche royale. Des colonnes d'or soutenaient un sommier d'ébène, recouvert par des draps de soie et de satin. Une silhouette reposait inerte sur le lit. Ses yeux fermés n'exprimaient rien d'autre que de la quiétude. Une brise légère s'engouffra dans la pièce, révélant la chevelure argentée d'une femme elfe. Par instinct, l'ombre se tourna sur elle-même, analysa la pièce, cherchant rapidement d'éventuelles menaces du coin de l'oeil. Lorsque cela fut fait, elle tira avec précaution le poignard enchanté de son fourreau. Il s'agissait d'une arme mortelle que le commanditaire avait également placé entre ses mains, pleines de confiance. L'elfe éleva la dague dans les airs, frappant fort en direction du cœur dénudé de la dormeuse. Elle s'attendit à ressentir le contact souple de la chair déchirée par la lame, mais tout ce qu'elle rencontra fut une résistance insoupçonnée qui fit trembler son bras.

— Tenterais-tu d'assassiner ta reine ? mugit une voix d'outre-tombe.

L'ombre se retira d'un bond, tandis que la silhouette relevait son buste nu, hors de la couche. Ses longs cheveux descendirent en myriade de serpents onyx le long de ses épaules et de son dos. Le clair de lune révéla une poitrine blanche, ferme et opulente qui surplombait une taille fine, une taille de Reine. Sans appréhension, elle réduisit la distance qui la séparait de l'ombre. Lorsque celle-ci chercha à frapper de nouveau, ses bras ne répondirent plus, restant suspendus dans les airs.

— Dis moi qui t'a envoyé ? menaça Dame Morathi, pleine de grâce.

La Reine saisit son sceptre et retira le voile qui masquait le visage de l'ombre. Elle découvrit des traits féminins et juvéniles. L'elfe ne devait pas dépasser plus d'une centaine d'année. Elle caressa sa joue langoureusement. Les jambes de l'ombre se raidirent, aussitôt pétrifiées. Se sachant condamné, elle chercha à avaler une capsule réservée à ce genre de situations, mais Dame Morathi l'en empêcha. Elle anticipa son geste et lui maintint la bouche ouverte à l'aide du pommeau de son sceptre.

— Bien. Très bien. Tu suis à merveille les préceptes du temple. Tu oublies simplement que c'est moi qui ai formé ses assassins !

La voix de la Reine avait emprunté celle des démons. Les courants arcaniques déferlaient dans la chambre en même temps que ses yeux luisirent.

— Cessons cette comédie pathétique dont nulle n'est dupe. Je sais pour qui tu travailles. Le poignard que tu portes fut un présent de ma part au temple de Khaine. Je l'ai forgé de mes mains. Quelle folie a amené Helleborn à penser qu'une simple enfant pourrait retourner cette arme contre moi ?

Morathi ronronna longuement, enfonçant plus loin le pommeau de son sceptre dans la gorge de sa jeune victime. L'ombre s'étrangla.

— C'est le poison que tu cherches n'est-ce pas ? Laisse moi t'aider, jeune fille. A nous deux, nous le trouverons.

D'un simple murmure de la Matriarche Suprême, une canine se détacha de la mâchoire de la jeune elfe, provoquant un craquement sourd. Sa victime eut tout le mal du monde pour garder le silence, tandis qu'un peu de sang s'écoula le long de ses lèvres.

— Il n'était pas ici, renchérit Dame Morathi. Essayons en une autre.

La Reine détacha une seconde canine, puis une incisive, puis une molaire. Le clappement des dents tombant en cascade arracha à l'elfe une plainte faible, inarticulée. Du liquide rouge se répandit dans la pièce, ruisselait le long du sceptre et souillait le marbre. Dame Morathi n'en avait cure. Elle poursuivit sa torture jusqu'à ce que l'ombre se noie presque dans son propre se sang.

A l'ultime instant, la Reine retira son sceptre, livrant son regard à la vision diabolique de l'elfe édentée.

— Petite sotte, arrogante ! Un mot suffirait pour que tu disparaisses dans le néant. Tu n'es rien. Rien ! s'emporta-t-elle.

Des paroles suivirent les actes. Par une force invisible, les mains tremblantes de la jeune elfe - toujours agrippées au poignard, furent contraintes d'orienter la lame contre son cou.

— Je ne te tuerais pas. Pas de mes mains.

Dame Morathi psalmodia une langue inconnue et les contours d'un portail se dessinèrent, en face du chaudron. Depuis l'autre dimension, des mains griffues l'assiégèrent. Dame Morathi raffermit sa concentration. Elle empoigna l'elfe par sa tunique, lui déroba le poignard d'une simple passe, avant d'ajouter :

— Ton Roi lutte dans l'autre monde. Mesures-tu l'honneur que tu as de le rejoindre ?

Et elle jeta l'elfe par delà le portail démoniaque, la livrant aux pires forces de ce monde.
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Sam 14 Nov 2015 - 7:01

La suite !









***










Le lendemain matin dans la cité de Ghrond, un minot vint tirer du lit le capitaine Endar. Comme la coutume le voulait, il frappa à trois reprises et se tint à double portée de lame. Gêné dans sa permission, le capitaine écarta sa maîtresse d'un soir, puis houspilla le missionnaire malséant. Ce dernier attendit le bon vouloir du marin, devant la porte grande ouverte. Le capitaine se servit une coupe de vin rouge, faisant comprendre à son hôte qu'il s'emparerait de la missive quand il l'aurait décidé. Quelques rares rayons de soleil transpercèrent le ciel, suivis d'une légère brise.

— Donnez-moi ça et allez vous en, siffla le vieux briscard.

Le missionnaire essuya ce mépris, fit référence puis s'engouffra dans la semi obscurité matinale.

A la lecture du cachet royal, Endar comprit immédiatement son importance. La missive provenait des plus hautes autorités du pays. Le cachet signifiait qu'il état impossible pour lui de renoncer à la mission sans encourir les foudres de la famille royale. A travers ce courrier, on lui sommait de réunir sa flotte : navires, hommes, provisions et de partir avant la tombée de la nuit. A peine profitait-il seulement de sa permission, qu'il devait déjà reprendre la mer. Sa destination ne lui serait communiquée qu'en soirée par une mystérieuse guide. Le caractère urgent et discrétionnaire du cachet royal lui octroyait malgré-tout des compensations exceptionnelles. Il se força à relire la lettre à de multiples reprises pour bien en saisir la teneur. S'il accomplissait sa mission, son nom serait anobli. Il trouverait une place au sein du prestigieux conseil de la cité. Sa fille aînée serait promise au second fils du Drachau, lui assurant ainsi un soutien politique estimable. De même, il acquerrait une participation financière importante dans le chantier naval de Ghrond. Deux cents-hommes et une dizaine de voiliers lui seraient accordés sans possibilité de réquisition.

Endar souhaita retrouver le missionnaire pour le bénir, mais ce dernier avait déjà disparu. Le Capitaine se resservit une coupe de vin qu'il but d'une traite. D'éventuelles difficultés de financement, concernant l'acheminement de fournitures ou le paiement du solde des corsaires ne se posaient pas, car une lettre de change (dont il fut le tireur) était greffée à la missive. Il revenait à lui seul d'y inscrire le montant. Il rit à gorge déployée. Son heure de gloire avait enfin sonné. Les raids périlleux et peu lucratifs des côtes elfiques allaient enfin se terminer et à l'issue de la mission, sa réputation serait faîte.

Lorsque sa maîtresse se présenta dans la salle de séjour, il la saisit fortement par la taille, puis l'embrassa goulûment. Ils firent l'amour à même le sol et une fois l'acte accompli, Endar ne perdit plus une minute. Il rassembla ses corsaires, remplit les soutes des navires de bois séché pour alimenter les torches, d'esclaves vigoureux nécessaires à la rame et des meilleures viandes de la cité, salées et aromatisées pour satisfaire l'appétit de ses guerriers.

Lorsque le soleil fut presque couchant et que la froideur vespérale gagna le vieux port, les hommes furent prêts et les navires chargés. Certains corsaires grimaçaient à l'idée de reprendre le large si tôt. Endar s'adressa à l'ensemble de ses troupes, exhibant la missive pour appuyer ses propos. Il leur gagea gloire et richesse. Et lorsque le cachet passa de mains en mains, tous purent s'apercevoir de la véracité de ses promesses. Tous leurs doutes sur la dangerosité de la mission furent dissipés par la récompense attendue et le zèle saisit les corsaires. Une joie féroce emplit chaque cœur. Certains impatients aiguillonnèrent même quelques esclaves dénudés.

Il ne restait plus que quelques minutes avant que l'obscurité ne soit totale. Les embruns s'épaissirent, formant une brume sinistre, mais néanmoins habituelle autour du port. Une silhouette sombre jaillit du ciel. Plusieurs corsaires dégainèrent leurs épées, attendant tous le signal de leur capitaine et maître. La silhouette n'était autre qu'un magnifique coursier, doté d'ailes noires. Sur son front, se dressaient des cornes menaçantes. Une elfe à la grâce surnaturelle le chevauchait. Elle mit pied à terre, révélant une simple tunique de tissu. Elle posa sa main sur le flanc de l'animal et lui murmura quelques mots avant qu'il ne s'envole à nouveau, provoquant l'admiration des corsaires.

— Je viens pour le Capitaine Endar, où est-il ? dit la sorcière.
— Ici même, répliqua celui qui était visé.

Elle s'approcha de lui, d'une démarche assurée, puis sans se présenter, annonça dans le creux de l'oreille du dit capitaine la destination Har Ganeth. Endar connaissait bien les routes maritimes. Il savait aussi que rejoindre la cité du meurtre en empruntant les grottes marines était tout sauf rapide et sur. Quelques soient les intérêts politiques qui animaient sa mission, sa présence ne devait être révélée.

Il largua les amarres et à nouveau, la mélodie sourde des vagues heurtant la coque de son navire le rappela au large, pour l'or et la gloire.
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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 16 Nov 2015 - 11:36

Je suis pas sur le forum pendant 2 semaines et tu nous gratifies de 2 textes. C'est noël avant l'heure!! *clap*

La suite!! Vite vite!! XD
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Dim 22 Nov 2015 - 19:34

***










Un corbeau aux yeux rouges sang se posa sur le balcon d'une tour sombre. A sa patte pendait un parchemin rédigé à la hâte. De longues mains pâles et élégantes le détachèrent lentement...

Comme vous me l'avez ordonné, Maîtresse, je vous rapporte les éléments tels que nous les avons vécus. Lorsque j'ai rejoint le port de Ghrond, une brume dense recouvrait déjà toute la ville et quand nous prîmes le large, cette brume n'a cessé de s'épaissir jusqu'à masquer complètement les étoiles. La navigation s'est ainsi révélée plus ardue que nous ne l'espérions. En tentant de dégager notre voie, j'ai ressenti la véritable nature du brouillard. Une puissante magie le concentrait tout autour des côtes de la ville, comme pour mieux la confiner. La brume suivait chacun des navires qui quittaient le port, les enveloppait perpétuellement d'un épais manteau, ralentissant autant notre progression. Plus grave encore, ce sortilège masquait l'approche d'un tout autre danger, naturel cette fois. Une tempête s'est levée en même temps que nous gagnions le passage étroit des anciennes galeries. Des vagues toujours plus hautes soulevaient les coques, précipitant les hommes à la mer. Le vent déchirait nos voiles et menaçait de briser notre navire à tout moment. La navigation devint impossible et deux de nos frégates se retournèrent, tandis qu'une caravelle de vivre s'éperonna sur le flanc des grottes, puis s'abîma lentement dans les eaux. Pour mener notre mission à bien, je n'ai eu d'autre choix que de protéger notre propre vaisseau, le guidant par delà la tempête. Une seconde frégate parvint à suivre notre sillon et s'engouffra dans les grottes, tandis que la dernière dont le safran fut brisé, s'échoua contre les rochers. Nous avons sauvé tous les hommes qui ne finirent pas emportés par leur armure et maintenant que les eaux sont apaisées, nous collectons les ressources de la caravelle éventrée ; du moins toutes celles qui sont encore utilisables. L'opération prendra un certain temps, mais nous avons impérativement besoin de vivres et de combustibles pour poursuivre notre traversée. Dès demain, vous recevrez ma prochaine missive.

Que les dieux sombres vous préservent. Mon âme est jamais vôtre, Maîtresse.





***





Juchés sur la raie aillée qui leur fut offerte par les prétendants au temple, Malékith et Tazdief survolaient une contrée inhospitalière. La plaine désertique recelait d'anciens monuments, dressés à la gloire de divinités oubliées. La pierre qui les composait s'effritait et une énergie sombre tordait leurs pointes, conférant aux monuments un aspect torturé. Certains semblaient abattus, d'autres inachevés. Quelques créatures constituées de chair et de de magie erraient dans les décombres, s'élançaient dans une direction puis dans une autre, de manière parfaitement anarchique. Certains s'entre dévoraient parfois en croisant un congénère. Tazdief frappa des étriers et la monture docile bascula dans l'air, plongeant vers le sol.

— Prince Malékith, voyez-vous ces racines en contrebas, près des ruines ? interrogea le démon.
— Oui, s'agaça l'elfe. En quoi ces quelques herbes folles vaudraient un détour ?
— Il vous reste de nombreuses choses à découvrir dans notre Royaume. Ce dernier est composé de multiples plans. Nous évoluons actuellement dans l'un d'entre eux. Le dernier fragment d'essence se trouve dans un autre. Mes pouvoirs ayant été suspendus, je ne suis pas en mesure de nous transporter au grès des dimensions. Le seul moyen pour nous de gagner celle qui nous intéresse consiste à nous dématérialiser ici, puis de nous laisser guider dans le néant. Notre quête résonnera suffisamment fort pour que la dimension nous tire tout droit vers elle.
— En quoi ces herbes vont-elles bien nous servir ? s'impatienta l'elfe.
— Ces plantes semblent banales, mais il n'en est rien. Bien préparées, elles constitueront l'un des ingrédients clé de notre voyage, tout comme les lianes que j'ai récoltées dans le temple. Nous arrivons à terre. Protégez moi de ces immondices errants, tandis que je les cueille.

La raie se posa au sol avec vitesse et précision, provoquant un léger halo de poussière transpercé par les rayons du soleil perpétuellement immobile. Tazdief se laissa glisser le long du dos de sa monture, puis se cacha derrière l'un des monuments. Les démons difformes, lents et pesants perçurent du mouvement et tous convergèrent vers l'elfe et son acolyte démoniaque. Leur corps fut prit de circonvolutions frénétiques, signe que la magie les parcourait de part en part, déchirant presque leur enveloppe.

— Ne les laissez pas m'approcher ! avertit Tazdief.

Le Roi Sorcier considéra un instant ces créatures pathétiques. Ses yeux sombres bleuirent presque. Il tendit la paume de sa main et un monstre bouffi fut projeté avec fracas contre une colonne de pierre, qui s'écroula sous le choc. La bête grogna, mais ne se releva pas. Tazdief en profita pour détacher du sol les précieuses herbes. Des éclairs dont la puissance était décuplée par la source proche des vents de magie jaillirent des yeux du Roi Sorcier. Les monstres qui en étaient frappés s'effondraient instantanément sur eux-même et leur corps saturé ne tardait pas à imploser en lambeaux de chair et de muscles rougis. Lorsque le carnage fut complet, Tazdief s'extirpa des ruines, impressionné par la puissance de son protecteur.

— Excellent. J'aurais maintenant besoin d'un réceptacle dans lequel je puisse mélanger mes composants. Le crâne de l'abomination qui gît contre ce tas de pierre fera parfaitement l'affaire. Ses os robustes sont habitués à contenir de grandes quantités d'énergie.

Malékith fit semblant de ne pas entendre. Il ramassa un peu de poussière et la fit glisser tel un sablier entre ses doigts. La patience de Tazdief eut finalement raison de son caprice. Lorsque l'elfe s'approcha de la bête terrassée, dont les multiples gueules gisaient la langue pendante, il vit qu'à son cou elle portait un étrange médaillon. Le bijou semblait s'ouvrir d'une simple pression et contenait en son cœur une lune à la queue serpentine, surmontée de nombreux cercles concentriques. Tel était le symbole des adorateurs du Dieu changeant. Avant d'être des bêtes décérébrées, déambulant, ils étaient autrefois des démons doués de raison. Le zèle leur avait coûté et les faveurs de leur Dieu s'étaient retournés contre eux. Aujourd'hui, Malékith les avait libérés de leur tourment. L'elfe conserva ce médaillon dans la doublure de son cuir. Avec son sabre, il trancha le monstre au niveau de la nuque. Un deuxième coup fut porté, pour ouvrir le crâne. Une matière gluante et puante fut libérée et Malékith cracha de dégoût. Tazdief s'approcha, évida le crâne, puis prépara la décoction à l'aide des ingrédients glanés.

Le Prince profita de ce court répit pour contempler l'horizon, au milieu des corps sans vie. Quelques insectes aux proportions terrifiantes commençaient déjà leur office, rongeant les carcasses les plus éloignées. Malékith ramassa un morceau de chair de la taille d'un membre humain et la tendit à sa monture, qui dégourdissait ses ailes quelques mètres plus loin. Le hurleur saisit le morceau de viande en plein vol, l'avala goulûment sans mastiquer. Il lova ensuite son flanc en douceur contre les hanches de Malékith. Ce dernier sourit et tapota gaiement le dos rugueux de la créature, évitant soigneusement ses aiguillons empoisonnés. Il s'éloigna ensuite et médita, assis en tailleur. Il songea à sa mère. A sa trahison. Pour une raison inconnue, l'amertume s'était dissipée et il ne ressentait plus que de l'indifférence à son égard.

Comme un écho à ses pensées, une silhouette se matérialisa dans la plaine, sous son oeil circonspect.

— Bonjour Malékith.
— Bonjour mère, répondit l'elfe, distrait.

L'image de Dame Morathi flottait à quelques centimètres au dessus du sol. Elle semblait courroucée à la vue de son fils unique qui ne prenait même pas la peine de se lever en sa présence.
— L'oisiveté t'aurait-elle coupée les jambes ?
— D'avantage de respect de votre part, mère, saurait sans doute me les rendre, rétorqua-t-il.
— Malékith, ma présence à tes côtés me coûte suffisamment, pour que j'en souffre tes humeurs.

Le Roi Sorcier se leva.

— La situation se dégrade. Jour après jour, nos soutiens faiblissent. La liste de nos courtisans s'amenuise et celle de nos détracteurs s'allonge. Le peuple réclame la présence de son Roi. Des rumeurs évoquent ta disparition et chacune des maisonnées se prépare à une guerre de succession. Les cités se renferment et nos frontières n'ont jamais été si vulnérables. Depuis Ghrond, j'ai mandaté des émissaires pour apaiser les tributs barbares du Nord, mais je ne saurai faire de même pour corrompre nos cousins. Ulthuan croit en ta mort et prépare une contre attaque sur nos rivages. Le Royaume est au bord du gouffre.

Cette dernière phrase sonna comme un aveu de faiblesse. Malékith s'en souviendrait longtemps, mais attendrait le moment propice pour châtier sa mère condescendante, incompétente et sournoise. Il se contint avec peine, alors que Dame Morathi évoquait la fin possible de son Royaume. La Reine reprit :

— Galvanisé par ces troubles, le grand temple n'hésite plus à intervenir au grand jour. Des conseillers m'ont rapporté l'existence de réunions tenues secrètes, destinées à faire pression sur les généraux et la noblesse de Naggaroth. Les assassins sillonnent le pays et tuent au hasard, accentuant le sentiment de terreur qui gagne chaque tranche de population. L'audace de Helleborn est telle, que la nuit venue je reçois la visite de ses sbires.

Malékith se raidit de surprise, presque désappointé que la tentative d'assassinat n'ait aboutti. Au fond de lui, il estima avoir encore besoin de sa mère. Bien que son autorité se révélait friable, elle lui permettrait de gagner du temps, afin de trouver un moyen de regagner le monde des mortels.

— Le temple s'est accordé bon nombre de prérogatives en mon absence, ironisa gaiement Malékith.

Dame Morathi ne releva pas.

— Helleborn et ses serviteurs seront punis en temps voulu. L'essentiel est de garder la ville sous notre contrôle. J'ai missionné une flottille de fidèles qui empruntent en ce moment même les tunnels maritimes. Cette flotte stationnera sous Har Ganeth, prête à écraser toute tentative de rébellion de l'intérieure.

— A combien de navires s'élève-t-elle ? s'enquit le Prince, reprenant ses automatismes de commandant des armées.
— J'ai envoyé une demi-douzaine de frégates en éclaireurs, commandées par les capitaines les plus aguerris du Royaume. Deux douzaines suivront prochainement.
— Parfait, mentit Malékith. Il serait toutefois préférable d'ordonner aux navires restant de patrouiller au large de nos côtes. Je veux pas que nos cousins posent le pied sur nos rivages.

Dame Morathi ne protesta pas. Elle connaissait les talents de tacticien de son fils. Malékith tut ses motivations. Six navires ou le triple ne suffiraient à reprendre le contrôle de Har Ganeth, en cas d'insurrection. Les tunnels maritimes reliant Ghrond à la cité du meurtre n'étaient presque jamais empruntés de par le danger immense qu'ils constituent. Ses explorateurs lui avaient rapporté la présence de courants violents et imprévisibles, susceptibles de noyer des galeries entières. Lorsqu'ils survivaient au tumulte des eaux et aux éboulements, de sinistres créatures n'hésitaient pas à surgir des ombres pour assiéger les navires ralentis par d'étroits passages rocheux. La flotte envoyée par sa mère était probablement condamnée et il ne servait à rien de compter dessus pour assurer la stabilité du Royaume. Malékith fit en sorte de ne pas la froisser.

— La conservation du Royaume n'est pas ma seule préoccupation, Malékith. Chaque jour, je redouble de vigilance, écoulant des heures à garantir ta protection.
— Vraiment ? en douta le Prince.
— Oui. Le pacte avec Sharaz a été rompu dès que tu t'es enfui de son palais. Si tu y étais resté, j'aurais aisément pu négocier ta libération.

Le Roi Sorcier perçut le reproche dans la voix de sa mère.

— Sharaz n'était pas plus disposée à négocier, qu'à me libérer. Je n'ai eu d'autre choix que de m'échapper du temple, siffla-t-il.
— Bien mal t'en a pris. Aujourd'hui, elle connaît ta valeur et te cherche, ralentissant chacune de mes tentatives de communication. Mais pendant que je me bats sur tous les fronts, je vois que tu t'affaires à la tâche, ironisa la Reine. Qui est donc ce serviteur avec lequel tu perds ton temps ?

Elle toisa Tazdief avec dédain. Ce dernier se trouvait à l'écart dans les ruines et préparait la décoction avec tant de concentration qu'il ne s'était même pas aperçu qu'une conversation avait lieu à quelques dizaines de mètres de lui.

— Il s'agit d'un démon de race inférieure qui me permettra très prochainement de quitter cet endroit.
En es-tu bien certain ? J'ai repéré un palais à quelques milles de ta position. Ses feux éclairent sans cesse le ciel, tu ne peux pas le manquer. En soumettant d'autres démons à ma volonté, j'ai pu leur soustraire quelques précieuses informations. Le palais en question est un point de transition contenant de nombreux portails reliant les dimensions entre elles. Les désolations du chaos abritent des portails semblables. Infiltre toi dans le palais et trouve le portail reliant ce Royaume au nôtre.
— Je vous remercie pour ces informations, mère. Telle était justement ma destination.
— Parfait. J'ai bon espoir qu'incessamment sous peu, nous soyons enfin réunis, conclut-elle.
— Moi de même, ajouta Malékith d'un enthousiasme surjoué.

Un bruit de pas s'éleva derrière l'elfe. L'image de Dame Morathi s'évanouit dans la plaine.

— La potion est enfin prête, croassa Tazdief, un sourire sournois défigurant son visage déjà fort asymétrique.
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Sam 5 Déc 2015 - 13:53

Hey voici la suite avec quelques événements a Naggaroth, le dénouement se rapproche !









***










C'est depuis les profondeurs que je rédige cette missive à votre intention. Nos ressources se raréfient. Les caisses de vivres que nous avons pu récupérer après le naufrage ont été rongées par le sel. Sur l'ordre insensé du capitaine survivant, la nourriture souillée a été jetée aux esclaves ; deux dizaines d'entre eux ont déjà succombé à la déshydratation. Nous faisons également face à de puissants vents contraires qui, en sus de retarder notre route, auront bientôt raison de la main d'oeuvre restante, par les efforts supplémentaire qu'il requiert des esclaves. S'il ne brille pas par son esprit, je ne peux que reconnaître les talents de navigateur du capitaine. Hier, quand un éboulement menaça de nous emporter, il sut manoeuvrer avec force et détermination, évitant les tourbillons susceptibles de nous emporter. Notre safran s'est brisé dans l'opération et nous dûmes mettre pied à terre. Tandis que quelques corsaires réparaient le navire, je tentais de repérer notre position en filtrant les courants ascendants. Cette escale ne dura qu'une nuit et les troupes qui furent envoyés en éclaireur me rapportèrent récit étrange. Trois d'entre eux se seraient enfoncés dans les galeries interminables de la montagne, jurant sur les dieux sombres avoir ressenti des yeux posés sur eux. Le tunnel qu'ils empruntèrent était marqué de nombreuses glyphes dont la signification leur échappa. L'un des soldats tenta de m'en rapporter un fragment, mais dès que sa main frôla la pierre, sa chair se mit à fondre de façon inexplicable. La contagion s'étendit rapidement au bras et ses compagnons durent le lui trancher. Il ne survécut pas à l'opération. Cela n'est pourtant pas le dernier de nos maux. Notre combustible s'épuise beaucoup trop vite. Notre temps nous est compté et je n'aurai donc pas l'occasion de vérifier les dires de ces pleutres. Pour le moment, Maîtresse, nul n'importe plus que la réussite de notre mission. Elle sera un succès, je le jure.

Je suis esclave de votre volonté. Disposez, Maîtresse, de ma vie comme il vous convient.






***




Tazdief agitait la potion rougeâtre entre ses pattes griffues. Un éclat malfaisant brillait au fond de ses yeux sales et une gaieté inhabituelle animait sa démarche de soubresauts maladroits.

— Vous êtes songeur, à quoi pensez-vous Prince Malékith ? demanda-t-il imprudemment.
— Cela ne vous concerne pas, répondit sèchement le Prince.
— Naturellement, naturellement. Sachez qu'en ce moment, nul autre que moi n'est plus à même de vous faire quitter le Royaume.
— Vas-tu m'annoncer que mon salut tient à cette fiole misérable que tu tiens, et dont tu sembles pourtant si fier ?
— Parfaitement, se flatta le démon.

Malékith toisa son acolyte, puis ajouta :

— Si cette potion te permet de naviguer au grès des dimensions, alors tu n'as pas besoin de moi. Dois-je te rappeler qu'il s'agit de ton fragment d'essence et non du mien ?
— Vous faites erreur, jeune Prince. Depuis le jour où vous avez frôlé du doigt le premier fragment, vous avez été lié à mon destin. Souvenez-vous de cette sensation tiède et agréable que vous avez ressenti lors de notre épopée au cœur de la montagne de diamant, peu avant que vous n'embrasiez la forêt.
— Qu'est ce que cela signifie, démon ?
— Qu'à présent, ces fragments sont autant miens que vôtres.

Les fragments d'essence vibrèrent dans la bourse de l'elfe. Ils semblaient désireux de quitter leur prison et rejoindre leur porteur pour prouver que paroles de Tazdief étaient vraies.
Nous devons boire tous deux cette potion, Prince Malékith.
— Il en est hors de question ! tempêta le Roi Sorcier.
— Si je suis seul à la boire, alors je peut-être gagnerais-je la moitié du fragment, mais tant que vous n'aurez pas gagné la vôtre, je serai prisonnier d'une dimension dont vous n'avez strictement aucune idée de l'horreur. Si je ne reviens pas, alors vous ne franchirez pas le labyrinthe qui garde le palais et jamais, jamais, vous ne quitterez notre Royaume !
— Tu dis vrai Tazdief, mais si je refuse de boire cette potion, alors tu ne réintégreras pas la caste qui fut autrefois la tienne. Tu erreras pendant des siècles, que dis-je, des millénaires en attendant qu'un autre champion se présente à toi. Si celui-ci ne te trahit pas. Dans le cas contraire, tu resteras aux yeux de tous et surtout de tes anciens frères, ce démon déchu et misérable dont tu m'imposes la vue.

Tazdief se jura de faire payer à l'elfe ces paroles amères.

— Prince Malékith, j'ai d'avantage besoin de vous que vous de moi, se contint-il difficilement.

L'elfe fut stupéfait par cette réponse et son sourire ironique s'effaça rapidement. La contrition de Tazdief avait gâché la victoire de sa joute verbale.

— J'ai besoin de vous, répéta Tazdief avec conviction. Il s'agit du dernier fragment. Si vous m'accompagnez, vous rentrerez chez vous, je vous le garantis.

Le Prince maugréa. Tazdief ne dit plus un mot. Après un silence interminable, Malékith reprit la parole.

— Que nous attend-t-il vraiment de l'autre côté ? grogna-t-il.

Persuasif, Tazdief en ressentit de la supériorité. Il prit plus de précautions que de raison pour répondre.

— Si vous acceptez de goûter au breuvage, nous basculerons l'un et l'autre vers une dimension qui nous sera personnifiée. Il n'y aura donc aucun moyen ni pour vous ni pour moi de communiquer, ou de nous rejoindre. Nous serons en quelque sorte prisonniers de notre monde. Pour autant, nous serons liés. Le seul moyen de survivre est que chacun d'entre nous trouve sa moitié de fragment. Si tel n'est pas le cas, nous serons tous deux piégés jusqu'à la nuit des temps.
— Dis-m'en plus sur les dimensions dans lesquelles nous seront retenus ?

Tazdief sembla hésiter.

— Il s'agira d'une succession anarchique de visions et d'éléments passés présents ou futurs, intrinsèques à notre histoire.
— Et où seront détenus les fragments ? insista l'elfe.
— Ils apparaîtront lors d'une vision, au moment où votre attention sera la moins vive. Le fragment peut se présenter à vous une fois, comme mille fois. Si vous percevez son éclat, n'hésitez pas un seul instant et saisissez le ! Ne vous laissez pas tromper par les illusions.
— S'il ne s'agit que de quelques visions d'avenir, alors cette affaire sera vite réglée, trancha l'elfe.
— Je suis heureux de vous l'entendre dire, Prince Malékith.

L'elfe s'approcha de sa monture et enroula rapidement le cuir de son harnais à l'un des rares piliers encore érigés. Il lui caressa le flan d'une affection que la bête lui rendit en grognant de plaisir. Son acolyte lui tendit alors la fiole.

— Je boirai après toi, démon.
— La confiance n'exclut pas le contrôle, s'amusa Tazdief.

Tous deux burent la décoction encore fumante, dont les vapeurs empestaient. Ils furent instantanément saisis de violentes crampes. L'elfe et le démon se recroquevillèrent au sol, sous l'oeil intrigué du hurleur, qui paissait non loin de là. Le poison tordait leurs entrailles, leur arrachait des cris toujours plus abominables et lentement, leur vision se brouilla pour ne faire qu'un avec les ténèbres.

Lorsque Tazdief ouvrit les yeux, la douleur s'était dissipée. Une langueur engourdissait tout son corps et il tarda à réagir lorsqu'une voix humaine, solennelle appela :

« Marcus Gerber ».

Cela faisait une éternité que Tazdief ne s'était pas entendu appeler ainsi. Il resta immobile, les bras rivés à son pupitre. Il les contempla avec beaucoup de soin. Ce n'était plus les pattes griffues et usées qu'il distinguait, mais bien ses mains, ses belles mains humaines d'autrefois. Il frémit un instant.

« Marcus Gerber ! », répéta la voix puissante.

Tazdief sursauta, se leva de sa chaise et s'annonça, devant un parterre de jeunes hommes goguenards. Il reconnut alors le professeur qui l'avait interpellé à deux reprises. C'était un homme de haute stature, à la robe pourpre. Son regard brûlant, autant que sa longue barbe, imposaient un respect naturel, quoique teinté de crainte. Son visage n'exprimait rien que du mépris à l'encontre de Tazdief. Ce dernier retrouva ainsi la plus célèbre salle du collège de magie, celle-là même où les plus puissants sorciers du Royaume s'affrontaient lors de duels épriques. Un parfum caractéristique de cendres et d'acier fondu semblait ne jamais la quitter. Une fois par an, ses voûtes menaçantes accueillaient d'ambitieux étudiants qui, tous, rêvaient d'apprendre aux côtés des plus grands. L'homme qui appela Tazdief n'était autre que l'éminent pyromancien du collège rouge, l'une des plus puissantes écoles de magie de l'Empire. Le démon avait déjà vécu cet instant. Pourtant, il tremblait comme autrefois en priant que le destin modifie sa route.

Le Pyromancien libéra sans plus attendre une immense dalle de pierre qui tomba du plafond, dans un fracas de tonnerre. Sur cette dalle, s'affichèrent les noms des futurs élus. Chaque fois que les lettres de feu dessinaient un nouveau patronyme, les étudiants des années inférieures applaudissaient d'admiration et d'envie à la fois. Un à un, chacun des hommes assis à côté de Tazdief se leva afin de recevoir sa robe, gage de distinction parmi les sorciers. Les mains du démon devinrent moites. Il ne restait plus qu'une personne à ses côtés, un jeune homme brun, mince au corps jeune, mais déjà si fatigué. Ce dernier ne tarda pas à se faire appeler et sa mine poussiéreuse s'éclaira d'un timide sourire. La dalle cessa bientôt de s'illuminer, mais les applaudissements ne cessèrent pas encore. Comme le voulait la coutume, les récents diplômés projetaient des étincelles féeriques qui virevoltaient dans la salle de duel. Un seul homme restait encore assis : Tazdief. Son nom n'avait pas été gravé en lettre de feu et au milieu de l'agitation ambiante, il entendait son cœur battre, battre fort, battre de rage. Tous étaient debout, mais lui restait assis seul, présent sans l'être, absent de la fête. Ceux qui avaient réussi venaient consoler le perdant, lui tapaient amicalement sur l'épaule d'un air faussement désolé. Sous les applaudissements tonitruants, le pyromancien lui accorda un ultime regard.

« Je savais que tu échouerai », conclut-il.

Les poings de Tazdief se serrèrent d'avantage au point d'en faire saillir les veines. Revivre ce déshonneur l'avait écarté de sa quête. Le fragment était-il apparu pendant la cérémonie ? Non pensait-il, ce serait trop simple. Jamais n'avait-il ressenti pareille honte que devant ce parterre d'étudiants célébrant leur succès, tandis que lui échouait. Mais cela serait oublier sa seconde disgrâce.

Les pupitres se brisèrent et la terre sembla engloutir la salle de duel, emportant avec elle les espoirs déçus d'un démon qui, jadis, était un mortel.

L'environnement changea une fois encore et l'ambiance froide et austère du collège d'Altdorf céda place à une pièce vive, parcourue de nombreux faisceaux colorés. Des formes et des contours disparaissaient sans cesse pour mieux réapparaître, transformés en de subtiles nuances. Devant Tazdief, se tenait sur son promontoire vivant un être difforme au corps d'aigle et aux yeux perfides. Son bec acéré caquetait frénétiquement prêtant à sa voix les sonorités d'un essaim bourdonnant. Ses bras s'agitaient en pantomime et projetaient des feux en cascade. Tazdief inclina légèrement la tête. Ses bras étaient redevenus ceux d'un serviteur du grand architecte, longs, fins et griffus. De mystérieuses chaînes flamboyantes les lui liaient, ce qui ne l'empêchait pas de sentir gronder au fond de lui une puissance du passé. Son corps lui parut plus épais et plus vigoureux. De chaque côté de son flanc, scintillaient les ailes souples et fortes qui firent sa fierté d'antan, loin de l'image pathétique de ses moignons reconstitués par la magie du Roi Sorcier.

« Tazdief Eryktis, fils de Shatnam et d'Ectélion, vous faîtes face à ce tribunal pour avoir enfreint nos lois divines, délibérément ».

Le démon marqua une pause que divers cris dans l'assistance troublèrent. Tazdief se retourna et vit une horde de démons aux airs menaçants. Ils semblaient retenus par une force obscure et tous se seraient jetés sur lui, si un mur invisible ne les en empêchait. Il frissonna. Au loin, entre deux êtres au corps élancés et à la peau recouverte d'acide, une lueur qu'il eut peine à distinguer luisit.

« Pour avoir détourné le sens de votre mission à votre propre profit... », reprit le juge dont le visage se dédoublait lentement.

La petite sphère d'énergie grandit encore et encore jusqu'à atteindre la taille exacte d'une pomme.

«... avoir assassiné les fidèles de notre monde... ».

Les yeux du juge brillèrent de malfaisance. Tazdief quant à lui ne souhait aucunement revivre le simulacre de son procès. Il se jeta hors de son siège et écrasa ses poings sur le crâne du garde qui tenta de l'arrêter. L'assistance protesta et bientôt, le mur invisible vacilla sous la hargne du public. Le juge poursuivit imperturbable et à la surprise générale, Tazdief s'élança vers ceux qui voulaient l'éliminer. Les visages grimacèrent de peur et d'étonnement. Il sentit la puissance courir dans ses veines. Il irradia la salle de lumière, puis fendit la foule à grands coups d'épaules : nul n'eut dit que des chaînes le retenaient encore. L'effet de surprise lui fit gagner quelques mètres vers le précieux fragment, mais lorsque le halo se fut dissipé, les démons du public se jetèrent sur lui, décidés à venger leurs frères. Des griffes lui entaillèrent le torse. Il n'en ressentit aucune peine. Le juge statique, fit preuve d'encore plus de zèle dans la diction de sa litanie.

« Et pour avoir tenté de vous dérober à l'oeil ardent du grand architecte, en vous acoquinant à des mortels, votre condamnation sera exemplaire ».

Tazdief écarta ses deux agresseurs suivants d'une projection d'aile. Le fragment d'essence était à portée de mains. Il les tendit droit devant lui, quand un trait de feu l'atteignit au visage, l'aveuglant entièrement. Une odeur de brûlé lui parvint de sa propre chair et bien qu'il tâtonna à maintes reprises, ses mains ne saisirent jamais le fragment. D'autres griffes ne tardèrent pas à lui lacérer le corps et il se sentit traîné au sol. Ses chaînes se resserrèrent autour de ses poignets et divers projectiles incantés par la foule lui calcinèrent les bras et les jambes. La voix du juge s'éleva alors d'une clameur qui étouffa le vacarme des fidèles.

« Vous êtes désormais banni de vos pairs et votre essence sera dispersé aux quatre vents ! », s'exclama-t-il, plus dément que jamais.

Son appel reçut l'approbation de la foule et Tazdief se sentit soulevé dans les airs. Un long silence suivit la clameur et dans un effort qui lui arracha des cris de souffrance, il sut décoller la chair brûlée de ses paupières. La dernière chose qu'il vit fut une tornade enflammée si gigantesque qu'elle sembla avaler le tribunal entier. Le démon y fut aspiré, impuissant. Le feu sacré consuma son corps et dévora son esprit. Son essence se disloqua. Son pouvoir l'abandonnait une seconde fois.

« Maintenant que ton essence n'est plus tienne, tu ne vaux pas plus que tes amis mortels. Rampe désormais dans ce qui n'est plus ton Royaume », déclara le juge, irradié de flammes.

A genoux, Tazdief peinait à reprendre son souffle et la douleur l'écrasait. Un démon particulièrement belliqueux quitta la foule et vint lui administrer un coup de pied dans la mâchoire.

Un rire gargantuesque partit dans la salle quand un éclair fendit le juge en deux corps distincts. Ses deux têtes jumelles continuèrent à gesticuler un instant et la foule hurla tandis que le sol se déroba sous leur pied. Tazdief fut également emporté et les rayons de lumière du tribunal se dissipèrent dans le vide. Seule l'obscurité subsista, puis le monde se reconstitua tel un château de cartes.

Les douleurs de Tazdief perdurèrent quelques instants, avant de se dissiper. Il retrouva le corps malingre auquel il s'était habitué depuis son procès. Les démons se délectaient à l'imitation des processus sociaux si chers aux mortels. Certains prenaient plaisir à les reconstituer dans leur intégralité, ne modifiant qu'un seul détail aux répercussions terribles, tandis que d'autres adoptaient une vision caricaturale et grossière qui les ravissait.

Tazdief venait d'être téléporté devant le labyrinthe qui protégeait l'entrée du palais où vivait enfermé le Dieu qu'il tenta de duper. Nul ne savait qui l'avait jadis emprisonné, ni pourquoi, mais sa puissance était telle qu'il n'osait imaginer quelle pourrait être les conséquences s'il venait à être libéré. A l'instar d'Eschylle, le grand architecte était à la fois prisonnier et maître. Il ourdissait ses plans tantôt dans les ténèbres, tantôt dans le feu le plus éclatant. Ses serviteurs assouvissaient la moindre de ses volontés car les mythes disent qu'il a crée le monde en même temps que le monde l'a crée.

Tazdief contempla le palais sans grand espoir. Le fragment venait de lui échapper. Il n'avait pas su être suffisamment vif, ni suffisamment malin. Le fragment ne reparaîtrait probablement pas et il resterait captif éternellement de cette dimension, copie parfaite de la réalité. Il observa le labyrinthe aux ronces profondément enracinées. Elles le menaçaient de toute leur hauteur, mais il ne ressentait qu'une tristesse nostalgique à leur vue. Un choc sourd l'alerta, quelques mètres en amont. Tazdief n'y fit prêta que peu d'attention. Prostré, il endurait sa peine. Un second choc se fit entendre. C'était le son caractéristique d'une lame qui tranchait quelque chose. Tazdief se hasarda à pénétrer dans le labyrinthe. Il emprunta le passage qu'il connaissait, le seul qui lui garantissait de gagner la porte en sécurité.

« ...Ne m'avais-tu pas garanti que je ne courais aucun risque en te suivant, démon ? ».

Les ronces l'encerclaient entièrement, mais Tazdief fut surpris de reconnaître la voix cendreuse du Roi Sorcier.

« Patience, jeune Prince, nous sommes presque de l'autre côté », répondit au loin sa propre voix.

Interloqué, ll s'aventura un peu plus loin dans le lacis, sans toutefois se faire remarquer. En se rapprochant, il put distinguer les plaques sombres de l'armure de Malékith. Celui-ci tenait fermement son épée dans la main droite, tandis que la main gauche portait son pavois en position haute. Sur ses gardes, l'elfe se retourna machinalement. Tazdief plongea sous un buisson pour ne pas être repéré. Il porta la main à sa bouche pour ne plus émettre un son et lorsqu'il se coucha au sol, apparut ce qui lui semblait être une faible lueur à l'opposé de la scène à laquelle il assistait.

« Bien, maintenant vous allez me rendre les deux autres fragments d'essence », commanda l'ombre de Tazdief.

Malékith rangea soigneusement la bourse contre sa tunique, provoquant l'ire de son interlocuteur.

Tazdief regarda derrière lui, plissant ses petits yeux. Il en fut certain : le fragment d'essence avait reparu. En un éclair, il se décida à ne pas manquer cette nouvelle chance qui s'offrait à lui, à ne pas céder à la curiosité. Il tourna le dos au futur et s'extirpa des ronces, s'élançant aussi vite que possible.

« Je ne te remettrai les fragments qu'une fois à l'intérieure du palais », poursuivit l'elfe, impassible.
— Et je ne vous conduirai au palais que lorsque vous m'aurez remis l'essence, rétorqua l'ombre du démon.

Un nouveau choc sourd interrompit Tazdief dans sa course. Malékith venait d'empoigner son double par le cou. Il se retourna encore et vit que le sillon du labyrinthe se refermait, éclipsant presque la lumière du fragment.

« Oui, menacez moi, perdons du temps et si les gardes nous trouvent, soyez-sur que ni vous ni moi sortirons vainqueur de ce litige ! ».

Tazdief courait à perdre haleine. Ses pattes courtes dont l'une dépassait l'autre en longueur, ne faisaient pas de lui le plus rapide des bipèdes. En se faisant violence, il parvint finalement à agripper le fragment, au moment où le sillon allait définitivement se fermer.

« J'ai suffisamment donné de ma personne. Tu n'as aucune idée des sacrifices que j'ai consenti pour conquérir ces fragments, tes fragments. Nous ne ferons face qu'à de simples visions, disais-tu ? Mensonges. Ce que nous avons vécu dépassait de très loin la simple prédiction. Je n'ai aucune confiance en toi. Tu vas m'ouvrir cette porte maintenant, démon ! », entendit-il rugir, suivi du tintement lointain d'une lame qu'on tirait du fourreau.
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Lun 28 Déc 2015 - 12:24

Bonnes fêtes à tous, voici la suite !









***









Maîtresse,

Je vous porte de sombres nouvelles. Depuis plusieurs jours, l'équipage et moi même avons épuisé nos rations de survie. Les troupes ont recyclé les esclaves morts pour se sustenter, dans une débauche animale de sang et de chair. Nos plus bas instincts se révèlent. Nous approchons lentement de la ville et les éboulements se font de plus en plus fréquents et périlleux. Les tunnels grouillent de créatures troglodytes, sorties des profondeurs de la terre. Des humanoïdes nous ont tendu une embuscade, ont brisé nos voiles et percé la coque du navire. Il m'a fallu réunir toute mon énergie pour les contenir. Seule une poignée de rameurs disposent encore de la force nécessaire pour accomplir leur besogne. Il n'y a que quelques heures, une mutinerie a éclaté et le capitaine a été jeté dans les eaux sombres. La ville me paraît si loin et les périls si proches. Rassurez-vous cependant Maîtresse, je vous réitère mon serment et par les dieux sombres, je n'échouerai pas.






***





Quand Malékith ouvrit les yeux à son tour, il se trouvait allongé contre une dalle de pierre froide. Ses membres écartés en croix et encore engourdis par le breuvage reprenaient peu à peu vigueur. Il leva tout d'abord son buste dans un raclement d'acier, secoua ses bras, puis épousseta sa tunique. La pièce qui l'accueillait lui était bien connue. Il s'agissait du grand hall de Naggarond, où des réceptions fastueuses étaient organisées en l'honneur de la famille royale. Là, les courtisans du royaume rivalisaient de ruses et de fourberies pour glaner les faveurs du Roi Sorcier. Ce dernier prononçait éloges et disgrâces dans le hall depuis des temps immémoriaux. Lorsqu'une tête impudente ou légèrement trop audacieuse tombait, d'autres se précipitaient à la cour avec d'avantage de zèle.

Malékith se leva entièrement. Un grand silence recouvrait le hall, habituellement si bruyant. Les tables de bois pourtant massives avaient été retournées. Des restes de nourriture séchés s'incrustaient dans les moulures et la vaisselle jonchait le sol. Un banquet de longue date semblait s'être tenu ici. Quels serviteurs décadents avaient bien pu abandonner le hall dans un tel désordre ? Vision ou réalité, ils seraient châtiés. Leur tête décorerait bientôt le chandelier du hall pour rappeler aux esclaves que le service n'est pas une option. Malékith enjamba le repli d'un tapi, avant de constater que celui-ci était maculé de sang. Le tissu peints de motifs guerriers ou des exploits Druchii semblait recouvert non pas de taches cramoisies, mais de marres noirâtres. C'est alors que l'elfe fut traversé d'un frisson glacé. La ville avait été assiégée en son absence. Il se précipita à l'autre bout de la pièce et ouvrit les portes à la volée. Ses tapisseries dérobées aux temples d'Ulthuan avaient été ravagées et partout, le sang s'était répandu. Il innondait es murs et les marches. Les escaliers qu'il gravit dégageaient une odeur atroce et petit à petit l'elfe ressentit la sollitude terrible du monarque, enfermé dans sa forteresse en ruine. Hors d'haleine, il rejoignit la salle du trône et la découvrit dans le même état que le reste de la citadelle. Son sinistre trône, symbole du pouvoir absolu qu'il conservait jalousement avait été brisé en deux. Les crânes de ses ennemis qui servaient auparavant de calices avaient été dérobés, sa bannière brûlée et seule la hampe subsistait encore, tristement étendue au sol. Sa gorge se noua et des tremblements furieux le surprirent. Il dut lutter pour ne pas s'étrangler de rage.

Plusieurs minutes s'écoulèrent, où il resta là, à contempler le forfait de ses ennemis. Puis il se reprit. Il dévala l'escalier, s'engouffra à travers une porte dont seul les gonds et les charnières subsistaient, traversa un long corridor pour gagner les appartements de sa mère. La porte avait été également forcée : le verrou avait sauté sous l'impact d'une arme massive. Les étagères avaient été saccagées et pillées. La plupart des flacons gisaient brisés et leurs débris coloraient le sol tel une myriade d'étoiles dans un ciel d'encre. Le chaudron de sang qui conférait jeunesse et beauté à la matriarche se voyait amputé de deux pieds et son bassin s'inclinait dangereusement. Seul le lit magnifique semblait encore intact. Les draps à peine défaits respiraient encore le parfum de Dame Morathi. L'elfe ne pu s'empêcher de les porter à ses narines. Il huma lentement et profondément comme pour mieux se raccrocher au fantôme maternel.

Un éclat scintillant surgit en lieu et place de la couche de sa mère. Au même moment, une brise puissante souffla en provenance du balcon. L'elfe dédaigna le fragment d'essence et écarta les rideaux pourpres nonchalamment. Les draps serrés contre sa poitrine, il succomba d'horreur devant la vue qui s'offrait à lui. Les murs de la forteresse avaient été défoncées et les tours jetées à bas. La forteresse sans défense était envahie par la corruption. De sombres horreurs, attirées par la puanteur des lieux se repaissaient des restes du carnage. Dans la cour principale, un corps avait été crucifié au volet de l'armurerie. Son heaume lui avait été dérobé, révélant un visage noirci ainsi que de fins cheveux argentés. L'armure sombre qui le recouvrait comptait de nombreux impacts de griffes et de crocs. Le guerrier bascula soudain sa tête sur le côté et ses yeux fixèrent intensément ceux de Malékith. Le Roi Sorcier bondit de terreur. Le mort fut pris d'un rire moqueur et le doute se dissipa : le guerrier hilare n'était autre que son propre cadavre. Le prince suffoqua et se cramponna au rebord du balcon pour ne pas sombrer. Derrière lui, l'éclat du fragment s'éclipsa. Le sol se déroba alors sous ses pieds et l'elfe ne put empêcher une chute vertigineuse de l'entraîner. Son esprit torturé fut sans cesse assailli par l'image de ses lèvres glacées par la mort qui lui souriaient.




***




Le vent siffla aux oreilles du Roi sorcier quand il traversa l'atmosphère, transperça les nuages et toucha le sol d'une douceur inattendue. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits et chasser l'image terrifiante de lui-même. Le roulis des vagues dans son dos le surprit, lui indiquant qu'il se situait en bordure de mer. De puissants éclairs zébrèrent le ciel, éclairant un paysage désolé où gisaient des rochers tranchants comme des lames. Les bottes de Malékith dérapèent sur un galet humide. D'autres éclairs illuminèrent la nuit d'une lueur vive mais éphémère, révélant d'autres gorges de rochers effilés. Le tonnerre retentit à son tour, se répercuta contre les monts, provoquant un vacarme dont l'elfe n'avait encore jamais été témoin. Une tempête d'une violence inouïe se préparait. Les vagues se fracassèrent de plus en plus fort contre la berge. Un grondement menaçant les annonçait, d'abord lointain, puis de plus en plus proche, jusqu'à ce que la mer déchaînée ne révèle sa véritable nature. Des quantités d'eau gigantesque s'écrasaient contre la plage, charriant avec elles des débris de toutes sortes, noyés par l'écume. L'eau tumultueuse se retirait alors, donnait l'illusion d'une retraite, pour frapper encore et encore, sans cesse, de son bras régulier.

Inexorablement, le rivage cédait aux morsures de la mer et Malékith dut se hâter pour ne pas être assailli par les flots. Entre deux aiguilles de pierre, un sentier sauvage se traçait et l'elfe reconnut enfin les contours de l'Île blafarde. Cette île était connue pour abriter le temple de Khaine, le Dieu du meurtre, figure tutélaire de la mythologie Druchii. Au cœur du temple est maintenu le fragment légendaire de Khaine, une arme si puissante qu'on la dit capable de terrasser les mortels comme les immortels. Mais cette puissance a un prix : l'épée maudira l'âme de son porteur, ainsi que celle de toute sa lignée. Au commencement du monde, sur l'Île Blafarde, s'était joué le sort du peuple elfique. Malékith n'avait pas oublié son histoire.

Au loin, le rugissement d'un draconien colossal défia la tempête.

L'elfe fut assourdi. Il tarda à se ressaisir, mais emprunta toutefois le sentier, préférant la menace d'un goulot, à l'assurance de mourir empalé s'il se risquait encore sur les rochers glissants. Un éclair frappa la pointe d'un pic non loin de là. Une lumière scintilla un instant dans la nuit et une ombre se dessina en amont. Le prince ne tarda pas à une seconde. Il se prépara au combat, s'attendant à un traquenard. Seule la pluie vint à sa rencontre. D'autres éclairs découvrirent bientôt sa position et l'ombre qui l'avait tant alerté lui apparut plus fine sur les parois, comme si elle s'éloignait de lui. Un fragment d'essence apparut soudain dans la nuit. Son éclat brillait intensément et il suffisait à Malékith de tendre le bras pour le saisir. Le Prince tourna le dos à sa quête, repassant les images de la chute de Naggarond, de son trône en ruine, ainsi que les appartements souillés de sa mère et le rictus que lui infligeait son propre cadavre. Un nouveau frisson le parcourut. Il envisagea tout d'abord que ses cousins d'Ulthuan étaient responsables. Si la puissante Naggarond était tombée, cela signifiait que les Asurs avaient du s'emparer d'une arme à la puissance dévastatrice. Le Prince vit clair. Cette arme n'était autre que l'épée de Khaine. Le traître était ici, en ce moment même, prêt à tirer l'épée de son autel. La mâchoire de Malékith se serra. Jamais il ne le laisserait faire. L'enjeu était trop important, qu'importe le fragment d'essence.

Il se précipita dans le goulot d'étranglement qui se rétrécissait d'avantage. Les éclairs lui indiquèrent qu'il se rapprochait de l'ombre. Ce fou ne semblait pas même se hâter ! Le Prince perçut de légers murmures portés par le vent ; il serra sa main autour du pommeau et arriva rapidement devant un escalier étroit. L'ombre devint alors une silhouette humanoïde et l'elfe put presque distinguer la danse de sa cape. Quand il fut arrivé au sommet, le temple de Khaine se dessina devant lui. D'immenses colonnes de marbre noir, incrustées de jade soutenaient une voûte monumentale, dont on eut dit qu'elle fut extraite d'un seul bloc du flan de la montagne. La silhouette se tenait immobile, devant l'autel. Son plastron argenté, auréolé de fines flammes, semblait être un puits de lumière. A ses pieds, l'éclat de Khaine pulsait d'une aura malsaine. Prisonnier du marbre, il nourrissait ses rêves de grandeur, de promesses illusoires, de malédictions consommées.

— Je te demande pardon, mon amour. Si tel est l'unique moyen de sauver notre peuple, alors ma décision est juste.

A quel fantôme pouvait bien s'adresser la silhouette ? L'épée de Khaine pulsa d'avantage. De fins éclairs parcouraient son pommeau jusqu'à la pointe de l'acier. Le guerrier approcha sa main lentement, déterminé à s'en emparer. Malékith sentit l'étau de la terreur serrer sa poitrine.

— Mais que sais-tu donc de la justice ? le harangua le Prince.

Le guerrier laissa un instant sa main en suspend, puis se retourna d'un geste élégant. Son armure finement ciselée était forgée à la manière des écailles d'un dragon. Les boucles de sa ceinture et de son fourreau étaient ceintes de rubis tandis que sa cape parsemée de fils d'or ondulait fièrement au vent. Son heaume majestueux, recouvert de plumes longues et fines témoignait d'un rang que Malékith convoitait ardemment. Le Roi Sorcier pointa son épée en direction de la silhouette et s'avança patiemment.

— Pourquoi disserter de principes et de justice avec une vision diabolique, rétorqua le Roi Phénix d'Ulthuan, sans trembler.

Cette réponse désarçonna Malékith qui ne s'attendait pas à ce qu'il ne soit considéré comme une vision de son adversaire.

— Ne reconnais-tu donc pas ton Roi légitime quand il se tient entre toi et l'épée de Khaine, Asur ? renchérit le Prince aux accents cruels.

Les deux elfes se faisaient maintenant face. Malékith emprisonné dans son armure sombre esquissait un rictus de défi. Sa lame noire virevoltait dans sa main, prête à frapper, tandis que les courants ascendants tournoyaient autour de lui. Les murmures de l'autel se firent plus insistants. La créature lointaine poussa un nouveau rugissement qui ébranla les fondations du temples. La voûte menaçait de s'effondrer.

— Qui es-tu ? interrogea calmement l'Asur.

Cette parfaite maîtrise de soi eu pour effet d'agacer le Prince qui perdit patience.

— Fou ! Usurpateur, tu oses ainsi me questionner ? Je suis Malékith, fils d'Aenarion, héritier légitime du trône d'Ulthuan, proclama-t-il sans détour.

Cette phrase sembla atteindre l'Asur en pleine poitrine. Il tomba à genoux. Malékith en fut galvanisé. Il reprit :

— Pensais-tu réellement que j'allais te laisser porter ma couronne et tirer la lame qui apportera la ruine à mon peuple ? Jamais ! Je t'étranglerai de mes mains, avant que cela n'arrive.

L'Asur ne répondit pas. Il murmura seulement quelques prières inaudibles, avant de retirer son heaume pour ne pas étouffer. L'elfe se leva avec peine, tituba. Dès cet instant, Malékith se figea d'horreur. Il faisait face à un miroir déformant. L'Asur possédait le même port altier que lui, le même nez aquilin, les mêmes cheveux noirs de jais. Son visage noble portait les traits de la sévérité. Une larme perlait le long de sa joue.

— Que t'ont-ils fait Malékith ? se désespéra le Roi Phénix.

Il déposa le heaume à terre et partit à la rencontre du Prince. Malékith opéra un geste réflexe de recul, maintenant la distance de sa lame entre l'elfe et lui.

— Cela est impossible ! protesta le Druchii, tandis que les sanglots s'étranglaient au fond de sa gorge.

En face de lui, se présentait Aenarion le défenseur, premier Roi Phénix du peuple elfique. Le seul elfe devant lequel Malékith put mettre genoux à terre. Aenarion écarta la lame de son fils et l'empoigna tendrement. Cette étreinte rappela à Malékith combien elles furent rare. Il se souvint des entraînements âpres qu'il endurait dans la salle d'arme de l'antique Palais d'Antec, dont les fondations se trouvent dorénavant ensevelis sous la lointaine Nagarythe. Le Prince pouvait presque voir les bannières sable et or claquer au vent, presque sentir le regard sévère de ses maîtres d'arme et la fierté briller dans l'oeil du Roi, lorsqu'il avait livré une belle passe d'arme. Le menton contre l'épaule de son père, le temps s'arrêta. Devant lui, l'épée de Khaine vibrait intensément dans l'autel de marbre. Aenarion empoigna le visage de Malékith.

— Que t'ont-ils fait, mon fils ? répéta-t-il, ravagé de douleur

Malékith ne sut que répondre.

— Les démons payeront, je te le jure, reprit le Roi.
— Père, je...
— Je les éliminerai tous jusqu'au dernier, dus-ai je y passer le restant de ma vie, l'interrompit Aenarion.

La folie avait déjà gagné le cœur de son père. Ce dernier embrassa son fils, fit volte-face et se dirigea vers l'autel. L'épée l'obsédait.

— Ne faîtes pas çà, père ! s'interposa Malékith, saisissant l'épaule du roi.

Aenarion retira la main de son fils et le repoussa doucement, comme s'il n'écartait qu'un simple enfant. Sa force était immense. Ils s'observèrent un instant, les yeux dans les yeux. Leur taille était identique et leur ressemblance troublante. Malékith comprit que la volonté du Roi ne souffrait nulle contestation. Il tut délibérément les conséquences de son geste à venir, ne mentionna pas la déchirure, pas plus qu'il ne lui avoua avoir été brûlé en franchissant les flammes sacrées.

— Père, sachez que chacune de mes actions fut dictée par la préservation de notre héritage.
— Je n'en ai jamais douté, lui sourit Aenarion. Il est une chose que tu dois savoir. Tu m'as rendu fier, mon fils.

Aenarion insista sur ces mots, salua une dernière fois Malékith, avant de tirer l'éclat de Khaine de toutes ses forces. Le cri déchirant des fantômes du passé vrilla les tympans du Prince et un tremblement de terre secoua l'île entière. Une onde d'énergie sombre jeta Malékith à terre et il vit son père lutter pour conserver la lame entre ses mains. Son bras fut secoué de violents tremblements et il hurla à en perdre la raison. Le pouvoir de Khaine déchirait son âme, mais sa volonté dépassait l'entendement. Après une lutte interminable, le Roi Phénix se retourna enfin : le pouvoir fut dompté et l'éclat du meurtre brillait au fond de ses yeux.
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jay974
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Mar 29 Déc 2015 - 2:04

Aaaah! Je salue ton travail! *love*
Et si en plus, tu me dis que tu écris plusieurs récits en même temps (je crois que c'est la cas), je te dis: "Chapeau l'artiste!!"


Gratifies-nous de la suite, oh grand écrivain côtoyant les Grands! *clap*
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Naïr Le Tisseur de nuages
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Jeu 7 Jan 2016 - 22:55

Bonjour !

J'ai commencé la lecture de ton roman, et je suis convaincu que j'y prendrai un grand plaisir  *clap*
J'adore quand il y a autant de passion dans les œuvres littéraires, quand l'auteur se sent bien dans le peuple de Warhammer qui l'a conquis. En l'espèce, c'est une superbe représentation du monde du chaos, et des elfes noirs. Rajoutons à cela ton excellente manière d'interpréter le personnage de Malekith, et le suspense haletant du récit à travers l'espace meutrier du chaos... J'adore.

Au point que si avant, je ne voyais pas Malekith réunir la race elfique sous un seul règne, là je pourrais presque lui donner sa chance. Presque. J'attendrai la suite de ma lecture avant de me décider *sh*

Bravo et merci pour ta passion pour Battle et pour l'écriture ! *woot*

[Edit]
J'ai fini ma lecture, et espère pouvoir amplement commenter demain. En trois mots, déjà : j'aime beaucoup.
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Jeu 7 Jan 2016 - 23:29

Parenthèse bavarde :

Citation :
Et si en plus, tu me dis que tu écris plusieurs récits en même temps (je crois que c'est la cas), je te dis: "Chapeau l'artiste!!"

C'est le cas, mais cela prend beaucoup de temps et pour agraver le tout, je suis très très très lent. Le prochain "roman" prendra encore place dans l'univers de Warhammer, mais bien loin de l'histoire des Druchii et de Malékith. Du coup, je ne sais pas si je pourrai le poster ici.

En parallèle par contre, j'ai continué à écrire sur Malékith. Une sorte de mini nouvelle introductive montrant le contraste entre son passé et son présent.


Citation :
J'ai commencé la lecture de ton roman, et je suis convaincu que j'y prendrai un grand plaisir *clap*
J'adore quand il y a autant de passion dans les œuvres littéraires, quand l'auteur se sent bien dans le peuple de Warhammer qui l'a conquis. En l'espèce, c'est une superbe représentation du monde du chaos, et des elfes noirs. Rajoutons à cela ton excellente manière d'interpréter le personnage de Malekith, et le suspense haletant du récit à travers l'espace meutrier du chaos... J'adore.

Au point que si avant, je ne voyais pas Malekith réunir la race elfique sous un seul règne, là je pourrais presque lui donner sa chance. Presque. J'attendrai la suite de ma lecture avant de me décider *sh*

Bravo et merci pour ta passion pour Battle et pour l'écriture !

Tout d'abord bienvenue à toi, nouveau lecteur :) Ensuite, un immense merci pour ton commentaire qui m'a fait très plaisir. D'une part, parce que c'est une reconnaissance de mon "travail". On ne dirait peut-être pas, mais ce sont des heures de casse tête à imaginer des péripéties, des rebondissements, de la cohérence avec l'univers Warhammer, mais de la nouveauté aussi. Sans parler de la mise en forme littéraire qui est extrêmement chronophage. C'est donc une grande satisfaction pour moi de voir que mon récit vous plaît.

Effectivement, j'ai été charmé par l'univers de Warhammer qui a un potentiel immense. Contrairement à un Warcraft plus grand public (quand on sait que les deux univers ne formaient qu'un tout initialement...), je le trouve un peu plus mature. Dépourvu de niaiserie. Encore une apparté, j'en profite un peu. On m'a conseillé d'inventer un univers propre et d'écrire dessus, mais honnêtement je ne pense pas en avoir les capacités. D'autant que l'univers de Warhammer m'apporte (pour le moment?) tout ce dont j'ai besoin pour écrire et pour m'amuser surtout! Alors, pour le moment pas d'infidélité ;)

Une dernière chose. J'ai eu envie d'écrire après avoir terminé de lire un roman amateur ayant trait à l'univers Warhammer. L'histoire se basait sur la rencontre entre un elfe noir un sylvain et un haut elfe tous liés par un même destin et qui devaient réunir des fragments de tablette ou quelque chose de la sorte. L'auteur était parvenu à transmettre un telle passion à travers son récit que je suis resté plusieurs nuits scotchés devant mon pc en attendant la suite comme une groupie. Pour le coup, il m'avait fait rêver, malgré toutes les maladresses inhérentes au style amateur, puisqu'on n'est évidemment pas écrivains. Sa prouesse m'a donné l'envie d'écrire et de transmettre ce que lui m'a transmis. Malheureusement j'ai oublié le nom de l'auteur et celui du récit. C'était il y a plusieurs années et si une âme charitable se rappelle du récit, je lui serai reconnaissant si elle m'envoyait un lien.

Trève de blabla, encore un grand merci, je suis très heureux de partager ma passion avec... des passionnés. LA SUITE!





***








Le déferlement de puissance qui suivit paralysa le Roi Sorcier. Ce dernier se sentit impuissant, entraîné dans un vortex sans fin, dont les courants de magie le fouettaient perpétuellement. Après avoir flotté dans le néant pendant une durée indéterminé, une résistance lui indiqua qu'il avait finalement regagné la terre. Une lumière intense continuait à l'aveugler et lorsque ses pupilles se rétrécirent, il put en connaître la source. Des milliers d'elfe en armure polie recouvraient le champ de bataille. Depuis son destrier caparaçonné, Malékith surplombait la plaine. Il fut frappé d'horreur. Ces elfes qui portaient les couleurs de ses ennemis ancestraux l'encerclaient. Il tira sa lame prêt à frapper de toute part, mais un bras ferme le stoppa net dans son action.

— Prince Malékith, conservez vos forces pour l'instant ou le fracas des armes résonnera.

Le Prince s'interrogea sur l'impudent qui osait s'adresser à lui sur ce ton. Ses intentions ne semblaient pourtant pas belliqueuses.

Le Roi Sorcier observa son environnement. Son destrier portait les couleurs des Asurs ! Lui-même était protégé d'une armure d'argent aux écailles bleutées. Un heaume solide mais léger remplaçait la couronne de fer noir qu'il avait si longtemps portée. Il passa la main sur son sommet et frissonna au contact de plumes finement liées. En hâte, il tira sur la bribe et fixa attentivement le visage de l'elfe qui lui avait intimé de rengainer son épée. Ses traits lui apparurent ainsi plus familiers, mais il ne put précisément le situer. Le noble l'observa à son tour. Ses yeux d'un bleu glacial conféraient à l'expression de son visage un mélange de rudesse et de perplexité. Malékith reconnut alors Chyres, son ancien précepteur, fidèle ami et soutien politique de son père. Les millénaires de guerre et de sang avaient altéré la mémoire du Prince, mais pas au point d'oublier l'elfe qui forgea son éducation en l'absence du Roi Phénix.

Chyres n'était pas né de parents Naggarothi. Issu de famille modeste, il avait grandi dans les plaines enchanteresses de Saphery, sans développer toutefois de don pour les arcanes. On dit qu'il apprit le maniement des armes en même temps que l'art de la parole et très vite, il se fit remarquer sur les champs de bataille, aussi bien par l'épée, que par ses talents d'orateur. Au cours d'un été, un combat contre les puissances de la ruine se tint sur la côte ouest d'Ulthuan. Chyres aperçut la coiffe majestueuse de Aenarion, qui surplombait la mêlée, à seulement quelques mètres de lui. L'audace le poussa à suggérer à son Roi de reconsidérer la position des archers, traditionnellement postés sur la colline.

Il argua du fait qu'en la saison, une brume impénétrable risquait de se déposer dans la vallée, empêchant tout tir possible, au risque de nourrir un feu allié. Il ajouta qu'en sus, la brume couperait toute visibilité du sol jusqu'aux hauteurs ; qu'ainsi, nul ne saurait si la position des tireurs serait critique, excepté eux-même. Si les démons parvenaient à couper l'artillerie et les archers de renfort, les Asurs essuieraient une pluie de feu dévastatrice, depuis ce qu'ils croiraient être leur position et l'issu de la bataille serait certaine. L'idée de Chyrès était ainsi de barrer l'accès à la colline aux démons car eux n'hésiterait pas une seule seconde à commettre de feu allié. Aenarion écouta les paroles de l'elfe sans l'interrompre. Il contempla alors le ciel et montra à Chyres le soleil étincelant.

— Pourquoi devrais-je boire tes paroles ? Pourquoi devrais-je imaginer qu'une brume recouvrira le champ de bataille, alors que le soleil estival brûle mes yeux et qu'aucun vent ne souffle mes cheveux ?
— Votre altesse, je connais bien la région, j'y ai grandi et je vous assure que jamais vous ne devriez vous fier à cet état de fait. Le temps change plus vite ici qu'en n'importe quelle région autre du monde.

Les yeux bleus de Chyres fixèrent sans ciller ceux du Roi Phénix. Après un instant d'hésitation, ce dernier rappela les archers et l'artillerie depuis la colline, puis ajouta :

— Quel est ton nom, mon garçon ?
— Je me prénomme Chyrès de Saphery, altesse. Mes parents sont tombés pour défendre nos terres contre les infâmes serviteurs des ténèbres.

Nullement attendri, Aenarion poursuivit lentement, très distinctement.

— Entends ceci, Chyrès de Saphery. Si tu dis vrai et qu'au cours de la bataille, une brume dense descend des montagnes, tu seras récompensé au delà de tes espérances. Si tes paroles s'avéraient n'être que mensonge, je jure de te livrer moi même aux démons.

Les guerriers autour baissèrent la tête en présence de leur Roi, mais Chyres ne sembla pas perdre confiance.

— Merci de la confiance que vous m'accordez, altesse, conclut-il.

Le combat survint dans la vallée, inéluctable. Le sang pêle-mêle d'elfes et de démons fut versé et confondu sur la plaine. De petits ruisseaux cramoisis se formèrent et les troupes pataugèrent bientôt. En tête, Aenarion se battait comme un lion. Ses cris cris rageurs couvraient ceux des démons et il entraînait dans son sillon une colonne d'elfes zélés, presque aussi féroces que lui. A mesure que la bataille gagnait en intensité, Chyres douta de sa prédiction. Le ciel resta dégagé et le soleil éclatant. L'un après l'autre, il vit ses frères d'armes tomber tout autour de lui. L'un fut transpercé d'une lame suintante. Il s'effondra à ses pieds, les mains posées contre son ventre ouvert. Chyres l'enjamba et frappa d'estoc avec sa lance le premier adversaire qu'il rencontra. Un démon fut touché au torse. Malgré cela, il ne renonça pas, s'empala d'avantage et saisit l'elfe à deux mains. La hampe se brisa et les deux opposants luttèrent au sol. Les bras noués autour de la gorge de Chyres, le démon ne faiblissait pas. Derrière son visage tordu de haine, lui apparut une nappe grisâtre. Il se sentit perdre peu à peu connaissance, sachant que son arrogance avait condamné des centaines d'elfes à sa suite.

Il se crut perdu quand une pointe argentée traversa soudainement l'épaule du démon qui le retenait. Chyres suffoquait toujours. Une seconde pointe traversa l'orbite du démon et cette fois, l'étreinte se relâcha. Un des archers descendu de la colline l'avait sauvé. Il se leva avec peine et constata qu'un épais brouillard s'était déversé des montagnes, masquant toute visibilité. Il n'en éprouva aucune satisfaction car il savait que même si le ciel lui donnait raison, la bataille n'était pas pour autant remportée. Deux autres démons jaillirent des brumes et Chyres dégaina son sabre. Il abattit sa lame sur le crâne de son opposant et, aidé d'un elfe à ses côtés, terrassa le second. Un ultime monstre aux pinces menaçantes s'approcha d'eux, peu avant que les puissants cors elfiques résonnent fièrement dans la vallée. Victoire annonçaient-ils, couvrant l'agonie des mourants.

Cette victoire était aussi celle de Chyres. Pourtant, Aenarion ne vint jamais le récompenser. Les qualités du Roi étaient aussi célèbres que son caractère ombrageux. Peut-être que son arrogance militaire n'avait pas supporté donner raison à un elfe de basse lignée. Chyres n'avait pourtant pas prédit de changement climatique par hasard. Il connaissait la région pour y avoir vécu et savait qu'en été, lorsque le ciel est dégagé, les mages de Saphéry s'adonnaient fréquemment à des expériences mystiques. Cela avait souvent pour conséquence de canaliser les courants de magie, ainsi que les vents marins de façon brusque et insoupçonnée pour n'importe quel étranger. Le Roi Phénix l'ignorait, lui qui n'avait jamais vécu sur les côtes sud-est d'Ulthuan. Aucun de ses conseillers ne s'était risqué à le lui avouer.

Les siècles s'écoulèrent et vint un jour où les Princes d'Ulthuan se querellèrent pour soumettre au Roi Phénix un précepteur digne d'éduquer son héritier. Les nobles rivalisèrent d'ingéniosité, proposèrent leurs plus illustres conseillers. A la surprise générale, ce fut finalement Chyres qu'Aenarion choisit pour élever son fils. Le Roi Phénix n'avait pas oublié la dette qu'il contracta jadis à son égard et il vint quérir Chyres en Saphery. L'elfe ne put refuser un tel honneur. Il abandonna ses terres et gagna sa nouvelle cité d'adoption : Antec. Il se consacra dès lors à l'éducation du jeune Malékith, sous les regards envieux des Princes. Fort jaloux, ceux-là méprisaient la lignée de Chyres. Comble pour la noblesse ! Ce dernier n'était pas même issu des terres de Nagarythe.

Dame Morathi faisait écho à ces dénonciations, ce qui amusa beaucoup Aenarion. Pour Malékith, cela ne faisait aucune différence que Chyres ait les yeux bleus et les cheveux clairs. A ses côtés, il apprit à lire, à écrire, à se battre contre ses ennemis, qu'ils soient sur le champ de bataille ou à la Cour. Chyres faisait preuve d'esprit et avait toujours le mot juste. A force de de ruse et de persévérance, il s'attira des soutiens à Antec. On le trouva vif et charmant. Charmeur également. Malékith l'aimait. Dame Morathi s'agaçait de son influence, mais Aenarion était de moins en moins présent au palais pour entendre ses doléances. Chaque jour les démons se renforçaient et leurs assauts se faisaient plus implacables. Les quatre puissances vomissaient leurs légions sur les rivages purs d'Ulthuan et partout, on implorait le nom d'Aenarion le sauveur. De Tiranoc à Corynthe, le Roi Phénix était de toutes les batailles et lorsque les elfes contemplaient sa coiffe, leur courage redoublait. Aussi puissant fut Aenarion, il n'était cependant pas invincible. Au cours d'une bataille qui scella le destin du monde, il repoussa les démons avec tant d'ardeur qu'il en donna la vie. Son sacrifice ne fut pas vain. Il offrit aux mages menés par Caledor le temps nécessaire à l'invocation du grand vortex qui chassa les démons hors de ce monde.

Longtemps après la mort du Roi, Chyrès demeura un fidèle allié de Malékith. Il l'encouragea à parcourir le monde à mesure que lui même se retirait, loin des soubassements de la Cour. Les intrigues et autres jeux de pouvoir finirent par le lasser. « L'éducation du Prince est faite », annonça-t-il un jour, tandis que ses rivaux l'accusaient de couardise, maintenant qu'il vivait privé de la protection suprême d'Aenarion. D'aucuns disent qu'à cette époque, il fut l'un des premiers à dénoncer la décadence naissante de la race elfique ; celle-ci le consterna si rudement qu'il en préféra fuir définitivement la Cour. Malékith tenta de le raisonner, usa de tous les stratagèmes et de toutes les sentiments, en vain. Cet univers n'était plus celui de Chyrès. Il s'était éteint en même temps que sa mission.

Suite à ces événements, le Prince et son ancien précepteur restèrent en froid plusieurs siècles durant. Le second accusant le premier d'abandon. Bien plus tard, quand vint le triste temps de la déchirure, chaque elfe fut contraint de choisir le Roi qu'il reconnaissait légitime. Les partisans de Malékith traversaient tout Ulthuan pour s'allier à sa cause, mais les serviteurs de l'usurpateur étaient encore nombreux. La puissante Naggarythe brillait si fort que tous les royaumes l'enviaient en silence. Pour la première fois, ils virent la possibilité de l'éteindre et la supplanter. La guerre civile ne tarda pas à éclater, alimentée par les rêves de grandeur d'une noblesse pervertie. Peu à peu, les elfes ne Naggarythe reculaient sur leurs propres rivages. Isolés, faisant face à tous les autres Royaumes réunis, la guerre se solderait par un échec. C'est alors que Malékith reçut une surprenante missive. Ses espions disséminés aux quatre coins d'Ulthuan avaient retrouvé Chyrès. Ce dernier n'avait toujours par rejoint le récemment nommé Roi Sorcier. Impatient, mais prêt à accorder le pardon à son ami, Malékith entreprit une folie. Sa mère le supplia de renoncer, mais sa décision était irrévocable : il se rendrait en Saphery par n'importe quel moyen. Il s'accompagna de quelques uns de ses meilleurs assassins et tous chevauchèrent à dos de pégase noir vers les forêts enchantées. Au cours de ses voyages, Malékith apprit la maîtrise des arts sombres. Ses enchantements octroyèrent protection et invisibilité à ses serviteurs. Passer la frontière, fut un jeu d'enfant et lorsque le Roi Sorcier se rendit à l'emplacement que lui avaient indiqué ses espions, il fut surpris de rencontrer une masure au confort sommaire, égarée au fond d'un bosquet.

Quelques rondins de bois entassés les uns sur les autres constituaient l'armature de ce qui n'était qu'une vulgaire hutte. Un peu de fumée – probablement celle d'un vieux poêle, s'échappait du toit. Des motifs taillés grossièrement à la hache sur la porte témoignaient du peu de soin dont avait disposé le propriétaire des lieux. Tout portait à croire que Chyrès ne pouvait pas vivre dans ce taudis. Malékith dissipa les enchantements qui le recouvraient et mit pied à terre. Hâtivement, il frappa à la porte de son vieil ami. Chyrès en tenue sommaire ne sembla nullement embarrassé, tout juste surpris. Il ne reconnut pas immédiatement la silhouette brûlée, plus démoniaque qu'elfique qui se tenait sur le pas de sa porte. Il fit mine de reculer, mais le Roi Sorcier le serra dans ses bras, l'appela « mon frère », tandis que des assassins sortaient de l'ombre, encapuchonnés.

— Qui sont-ils, interrogea celui qui ne semblait pas au fait des récents troubles politiques qui déchiraient le pays.
— N'aie crainte, Chyrès, ce ne sont que mes fidèles, rétorqua le Prince.

Il lui conta son histoire et tous deux échangèrent longuement, tandis que les assassins gardaient la cabane, opéraient des roulements de rondes. Chyrès bien que vieilli, n'avait rien perdu de sa vivacité d'esprit. Ses yeux bleus pétillaient toujours et il opinait de temps à autre, souhaitant montrer qu'il comprenait la souffrance de Malékith. Ce dernier lui tendit la main, mais Chyrès refusa de la saisir.

— Malékith, Saphéry est mon Royaume et jamais je ne pourrai me liguer contre mes anciens frères. J'ai consacré de longues années au service de ton père, j'ai honoré son nom et tenu le rôle qu'il m'a confié du mieux que j'ai pu.
— Je sais tout cela, Chyrès et je t'en suis éternellement reconnaissant. Je ne compte pas plus fidèle ami que toi. Ni les années ni la distance n'ont affecté la confiance que que j'ai pour toi.
— Et tu sais également quelle affection je te porte..., rétorqua l'Asur.

Le feu du poêle manqua de s'éteindre. Malékith se proposa, mais Chyrès lui intima de rester assis. Il déposa dans le brasier mourant une bûche de faible taille, puis répartit les braises à l'aide de son tisonnier, avant de conclure :

— Malékith, cela fait trop longtemps que je vis en ermite. M'imagines-tu livrer bataille à mon âge ? Mes conseils ne te seront plus d'aucune aide. Je t'ai appris tout ce que je savais. Ma place est ici, chez moi. Tu le sais.

Un assassin perdit patience et le gifla.

— Comment oses-tu refuser de servir ton Roi ? La guerre civile est aux portes du Royaume. Tu souhaites rester sur tes terres, mais tes terres ne seront plus jamais sûres vieillard !
— Lâche-le immédiatement, ordonna le Prince d'un ton sans réplique.

L'assassin ravala sa fierté, mais ne contesta pas l'ordre de son maître. Son regard balaya celui de Chyrès d'un vent de mépris.

— C'est avec la même force de persuasion que tu recrutes tes « fidèles » ? interrogea le vieil Asur, tout en se massant la joue douloureuse.
— Je te prie de l'excuser et de m'excuser par la même occasion. Cela fait plusieurs mois que nous ne fermons l'oeil, guettant l'ombre des traîtres jusque dans nos rêves. Cet état de tension permanent révèle ce qu'il y a de pire en nous.
— Méfiance, emportement, haine ?
— Comprends bien que je n'ai pour seul désir que la paix et...

Chyrès circonspect le coupa sans plus attendre.

— Malékith, je te connais par coeur. Tu avais un père, mais je t'ai élevé comme mon fils et bien que je n'ai jamais possédé de don pour les arcanes, il est une chose que je ressens. Cette haine que tu portes en toi. Je l'ai lue dès que tu as franchi le seuil de ma maison. J'ignore depuis quand, j'ignore pourquoi, mais je sais qu'elle te tourmente. Tes manières sont habiles, ton visage n'exprime aucune émotion, mais tu n'es plus le même.
— Les épreuves ont fait de moi ce que je suis, Chyrès, grogna Malékith désignant son visage partiellement calciné.

L'asur lui lança un regard plein de compassion, mais ferme.

— Je ne me dresserai pas contre les miens, dit-t-il.
— J'ai besoin de toi Chyrès, plus que tu ne l'imagines !
— Ma décision est prise, Malékith. Je ne puis rien pour toi.

Une ombre se glissa furtivement derrière l'Asur et un tintement retentit. Le Roi Sorcier ne donna pas l'ordre et l'assassin rengaina sa dague, comme un souffle.

— Ainsi soit-il, mon ami, conclut Malékith empli d'amertume.

Il se leva de table et quitta prestement la cabane, sans un regard pour son ancien précepteur. Les assassins quittèrent également les lieux. Ils bousculèrent Chyrès, lui murmurèrent des menaces à l'oreille, puis tous disparurent dans la nuit d'encre. Le vieil elfe se leva péniblement et alimenta le feu toujours mourant de son poêle. Les flammes dansaient dans ses prunelles, tandis que sa conscience le consumait. Que n'avait-il pas fait pour Malékith, quel mal le rongeait désormais ?

Il n'obtint jamais réponse à cette question. Quelques mois plus tard, Morathi convainquit son fils d'éliminer le traître. Plusieurs assassins se portèrent volontaire pour cette mission. Ils trouvèrent aisément le vieillard niché en forêt, aux confins de Saphery. Ils fondirent sur lui en meute alors qu'il était assoupi et brûlèrent sa hutte. Les sbires rapportèrent fièrement à leur maître les deux globes oculaires dont la provenance ne faisait aucun doute. Leur iris était bleu.
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Naïr Le Tisseur de nuages
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Sam 16 Jan 2016 - 19:39

Bonsoir !

Il est indéniable que ton style est toujours à la hauteur !
En revanche, je ne comprends pas : de quelle origine serait ce changement de point de vue inattendu ? Jusque là, Malekith avait pleine conscience d'être l'acteur d'une vision, tout comme il avait plus ou moins conscience d'être distrait de sa quête du fragment de puissance. Or, ici nous découvrons un épisode du passé de Malekith, mais sans aucun élément qui poursuive la trame initiale de la narration. Serait-ce un choix personnel, une sorte d'endormissement de nos sens pour mieux nous réveiller ensuite ?

Je veux toujours savoir si Malekith va s'en sortir, et comment ! La suite !  *clap*

Il s'en sortira, un peu, beaucoup, seulement son âme, pas du tout. Il s'en sortira, un peu, beaucoup, seulement son âme, pas du tout. Il s'en sortira, un peu, beaucoup, seulement son âme, pas du tout...
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Kayalias
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   Dim 17 Jan 2016 - 20:21

Citation :
En revanche, je ne comprends pas : de quelle origine serait ce changement de point de vue inattendu ? Jusque là, Malekith avait pleine conscience d'être l'acteur d'une vision, tout comme il avait plus ou moins conscience d'être distrait de sa quête du fragment de puissance.

Comme le dit Tazdief, cette dimension brasse des visions du passé, du présent ou de l'avenir. Le fragment peut se manifester à n'importe quel moment au cours de n'importe quelle vision. Mourir dans l'une d'elle signifie mourir "réellement". Surtout, le royaume de Tzeentch est trompeur. Rien n'est vrai, rien n'est faux. Malékith doit à la fois survivre dans ce monde parallèle, mais prend également des risques qu'il n'aurait pas pris, afin de savoir vers quelles issues (alternatives?) ses choix conduiraient.

Plus généralement, cette parenthèse ne nous écarte pas vraiment du récit. La trame est intimement liée à Malékith. Pas uniquement à ce qu'il réalise dans le Royaume du Chaos, mais aussi à ses choix passés et à la vie politique qui se poursuit en son absence. Bon, c'est aussi un moyen de créer un suspens énervant, signe que la suite est attendue !

En espérant que tout soit plus clair pour tous. La suite!









***








Un corbeau aux yeux de rubis survola les murs d'enceinte de la capitale. De multiples brasiers scintillaient dans la nuit et le chant martial des bottes de fer se répercutait en rythme sur les pavés. L'oiseau au plumage irrégulier portait les stigmates de son voyage. Il lutta de toutes ses maigres forces pour atteindre la corniche de la haute tour de Naggarond. Il propulsa ses ailes chancelantes dans un dernier mouvement synchronisé et poussa un cri faible avant de s'éteindre. Sa mort fut paisible au regard de la sauvagerie qui régnait en contrebas. Là, le frère affrontait le frère et partout dans les ruelles, la guerre civile menaçait.

Alors que le fracas des portes défoncées se mêlait aux hurlements des captifs égorgés, la Matriarche détacha la missive dont l'oiseau mort fut affublé.

Ils ont fondu sur nous. Innombrables. J'ai échoué, Maîtresse..., disait-elle.

La sorcière froissa le parchemin usé avant qu'il ne se consume dans sa main. Un diablotin à la silhouette spectrale en profita pour se matérialiser derrière la draperie du balcon. Il sautilla jusqu'à l'invocatrice et vint lui murmurer quelques mots à l'oreille. Cette dernière opina, provoquant par la même occasion la fuite du démon. Presque aussitôt, un guerrier en armure traversa à son tour le fin rideau qui séparait la chambre du balcon. Le guerrier avait noué ses cheveux en natte, symbole de force chez les Druchii. Les traits de son visage inspiraient une quiétude troublante, au vu des circonstances. Sa propre légende le lui permettait. Il l'avait façonnée à coup de sabres et de traîtrises et son intelligence calculatrice l'avait vite mis au service de la famille royale.

— Vous m'avez sonné, Maîtresse ? questionna-t-il d'une voix traînante.
— Et tu as répondu, rétorqua la sorcière.

Dans la cour extérieure, une porte de bois céda sous l'impact d'un bélier mobile. Le cliquetis des armes s'éleva jusqu'au balcon, suivis de cris et de gémissements.

— Quelles sont les nouvelles, Madame ? se risqua le guerrier.
— Ne les entends-tu donc pas provenir de la Cour, ici bas ? s'irrita la Matriarche.
— Certainement ; mais un autre trouble taraude mon esprit. Est-il... toujours en vie ?

Cette déclaration occasionna un profond malaise. Jusqu'alors, le guerrier se tenait à l'écart. Il sut qu'il avait outrepassé ses prérogatives, mais sa confiance était telle qu'il osa s'approcher encore du balcon. Désormais, il n'était plus qu'à un souffle de la sorcière.

— Ton esprit est bien sollicité pour que tu te livres à pareille offense, siffla la matriarche.

Elle accompagna ses paroles d'un geste imperceptible de la main et les jambes du guerrier se solidifièrent, devinrent dures comme de la pierre. La malédiction le gagnait tout entier. D'abord les jambes, puis la taille et enfin le torse. Résolument calme, l'elfe se contenta d'ajouter :

— La garnison est prête, Maîtresse. Sous mon commandement, l'insurrection sera écrasée.
— J'aime mieux cette posture, Kouran. La soumission te sied à merveille.

Sur ces mots, la sorcière saisit la mâchoire statufiée du capitaine. Elle mima un baiser et dissipa le sortilège, avant de s'engouffrer dans le donjon. Lorsque la masse de cheveux sombres de la Matriarche se fut dissipée, le guerrier fut parfaitement libre. Ce soir, le tumulte de la guerre accompagnerait sa nuit d'amour.





***





Bercé par des souvenirs embrumés, Malékith reprit petit à petit conscience. Une autre vision. Un nouveau champ de bataille s'offrait à lui. Il leva tristement les yeux et contempla les cieux embrasés. D'inquiétants nuages pourpres flottaient, menaçants au dessus des régiments Asurs. C'est alors qu'il les vit, de l'autre côté de la plaine. Là, d'innombrables démons attendaient l'ordre de leurs maîtres pour mettre fin à toute vie. Les créatures hurlantes étaient si nombreuses qu'elles grouillaient, s'entassaient parfois les unes sur les autres ; la plupart ne portaient ni arme, ni armure. Une rage démente suffisait à animer leur corps corrompu. Bientôt, de sombres rituels déchirèrent un peu plus l'espace et le temps pour qu'apparaissent enfin les généraux de la légion. Quatre démons gigantesques s'extirpaient de leur monde de cauchemar pour souiller la terre des elfes. Ils tordaient la réalité et canalisèrent par leur simple présence une tempête de magie qui emporta les mages les moins aguerris dans l'antre de la folie. Chacun de ces démons possédait une obédience propre, mais les quatre avaient répondu d'une seule voix pour porter en avant les desseins réunis de leurs Dieux sombres. Ces derniers avaient suspendu leurs querelles éternelles pour porter le même message de mort sur la grève d'Ulthuan.

Un silence pesant recouvrit la plaine l'espace de quelques minutes. Les mains de Malékith s'agitèrent nerveusement, comme celles de milliers d'elfes avant lui. Il se tourna dès lors vers Chyrès. Son visage placide tel les eaux d'un lac ne montrait aucun signe d'angoisse. C'est alors que les quatre généraux beuglèrent d'une seule et même voix. Quelques elfes se couvrirent les tympans pour atténuer le vacarme. Les premiers cris d'effroi survinrent. A nouveau, Chyrès ne sourcilla pas, bien au contraire. Il rapprocha son pavois au corps, décocha un sourire rassurant à Malékith, puis lui indiqua que l'heure avait sonné. La horde démoniaque exulta à l'ordre des quatre, avant de s'élancer pour éteindre la flamme du monde. Les sabots des démons martelaient la terre et Malékith se souvint. Il se souvint de cette bataille. Il se souvint de la peur. Cette peur dont le sens véritable a été égaré par les nouvelles générations. Il ressentit sous ses pieds cette lame de fond, prête à tout engloutir derrière elle et dut puiser une seconde fois en lui la force d'y résister. D'opposer à la déraison la seule force de son bras et de sa volonté. Ne pas faiblir. Ne surtout pas trembler. Un jeune elfe empli d'effroi se tourna vers son Prince, chercha un peu de réconfort dans ses yeux. Il y a plus de cinq millénaires, Malékith n'avait pas trouvé la force de soutenir ce regard. Il s'en était détourné et avait feint de donner quelque ordre à son régiment. Aujourd'hui, la peur l'asphyxiait toujours, mais il tint bon. Après quelques secondes d'un regard appuyé, il lui sourit, comme Chyrès l'avait fait pour lui. Ce geste anodin avait suffi à nourrir de bravoure un cœur fort courageux, mais déjà tant éprouvé.

Les démons atteignirent rapidement le centre du champ de bataille, à l'emplacement de son unique colline. Sur ce monticule, trônait un temple en ruine, anciennement dédié à la déesse Ishaa. On eut coutume d'y pratiquer des rituels afin de bénir les nouveaux-nés, ou plus généralement de garantir la fertilité et la protection du cercle familial. Ce temps de fête et de célébration n'avait plus sa place en période de guerre. Les colonnes effondrées en attestaient, tristement éparses. Au milieu des ruines, une queue serpentine sembla s'agiter doucement. Ses reflets moirés alternaient, passaient de l'argenté au bleu marin le plus profond. Soudain, la queue fouetta l'air sauvagement et le corps majestueux d'un dragon se révéla au milieu des décombres. Ses ailes serrées contre le tronc se déplièrent avec puissance, ses membranes se tendirent comme des voiles et projetèrent dans les airs d'innombrables débris. Ce dragon se nommait Idraugnir ; il était le plus illustre et le plus imposant de sa race. Comble de sa renommée, il portait fièrement sur son dos le premier des Rois Phénix. Idraugnir rugit une première fois afin d'appeler les membres de sa couvée. D'autres draconiens d'une envergure tout juste moindre répondirent à l'appel de leur père. Sur leur dos, les princes de Caledor maniaient de longues lances effilées. Les bataillons d'elfes poussèrent des acclamations. Idraugnir rugit une seconde fois en signe de défi aux quatre puissances. Aenarion leva l'épée de Khaine à son tour. Il la porta très haut dans le ciel et tous surent que la lame – elle aussi, souhaitait participer au carnage. Son halo noir émit de fins éclairs. Associé à la force et au courage d'Aenarion, elle conférait à l'elfe des allures de divinité.

La clameur des elfes gagna d'avantage en intensité et leur marche se fit au son des cors de bataille. Les premiers assaillants gagnèrent le temple d'Ishaa. Idraugnir inspira profondément, avant de libérer un torrent de flammes sur les démons qui tentèrent en vain de percer ses écailles. Le dragon s'éleva légèrement dans les airs avant de piétiner au sol des dizaines d'abominations. Il pivota alors sur lui-même, puis balaya les derniers opposants d'un mouvement d'ailes circulaire. La charge des démons leur accordait une longueur d'avance et bientôt, ils encercleraient l'élu de Khaine. Les elfes de la plaine redoublèrent ainsi d'effort pour rejoindre leur Roi. Dès lors, le ciel fut le théâtre d'un déferlement de puissance. Les démons vomirent un flot de sortilège et plusieurs chevaucheurs de dragons furent désarçonnés. Certains s'écrasèrent au sol en tourbillonnant, d'autres se jetèrent plus férocement encore sur les bases arrières des démons. L'immense majorité des sortilèges était cependant tournée vers les régiments elfiques, apparemment sans défense. Cela était sans compter la maîtrise des mages de Caledor qui étaient venus prêter main forte au Roi Phénix. Ils s'étaient dispersés au sein des différents régiments elfiques et dressaient sur toute la ligne de front une toile protectrice. Les sortilèges démoniaques heurtèrent un barrage invisible et seuls très peu d'elfes furent blessés. En riposte, ces derniers tirèrent depuis leur position des salves de flèches à l'empennage blanc. Les projectiles sifflèrent en nuées terrifiantes, avant de creuser les rangs de la marrée. De nombreux démons furent terrassés, mais certains se relevaient, transpercés de part en part, écumant toujours de rage.

Les quatre généraux de la légion s'impatientèrent. Ils ordonnèrent à leurs plus puissantes troupes aériennes d'intercepter les chevaucheurs de dragon adverses, avant que leur souffle ne fasse des ravages au sein des unités terrestres. Les gargouilles plus mobiles harcelèrent les lanceurs de sorts Asurs. Celles-ci survolèrent le champ de bataille en masse noire informe, puis fondirent sur leurs proies. Les régiments elfiques comprirent que leur propre survie dépendait de celle des mages et ils repoussèrent les démons ailées à coup de lances et d'épée. Quand une gargouille tombait, deux autres prenaient sa place. Certains sorciers solitaires ou particulièrement orgueilleux avaient refusé une garde rapprochée. Mal leur en pris, car ceux-là furent emportés et dépecés vivant sous l'oeil terrifié de leurs camarades.

Au temple d'Ishaa, Aernarion et sa monture semblaient invulnérables. Les démons tombaient par dizaine et bien qu'ils encerclèrent parfaitement le Roi, les assaillants finirent par se tenir à distance. Les quatre modifièrent leur projet et se tournèrent à l'unisson vers le temple pour y faire taire la menace. Dans leur perfidie, commettre le régicide affaiblirait considérablement le moral des asurs et précipiterait leur fin. Le premier démon à gagner le temple fut le sauvage Khornite. Massif et enragé, il maniait une hache aux proportions terrifiantes. Il piétina sans se soucier de leur sort de nombreux démons sur son passage, avant de se jeter sur Aenarion.

Malékith fut témoin de toute la scène et y vit là l'occasion de contrecarrer une fois pour toute la malédiction qu'il traînait depuis la mort de son père. Il tira la bride de son palefroi, resta sourd aux appels de Chyrès, jusqu'à ce qu'une voix plus autoritaire encore ne l'interpelle.

— Prince Malékith ! Votre statut ne vous dispense pas de rester dans le rang.

Malékith ne le considéra pas, personne ne dicterait sa conduite et certainement pas Caledor. Ce dernier reprit avec insistance.

— Si vous faîtes un pas de plus, mes archers auront ordre de vous abattre conformément aux lois du Royaume, punissant les déserteurs.

Cette fois le Prince réagit.

— Faîtes. Mon seul regret sera celui de ne pouvoir savourer l'expression de votre visage lorsque vous présenterez au Roi ma carcasse, transpercée de nos flèche. Vous lui expliquerez sûrement que son fils tentait d'abandonner son poste en se rapprochant du temple, certainement l'emplacement le plus adéquat du champ de bataille pour s'enfuir, persifla-t-il.

Il accompagna cette phrase d'un regard plein de mépris en direction de Caledor, puis tira de toutes ses forces sur la bride. Son cheval se cabra et fonça droit vers le temple. Le caparaçon en Ithilmar, l'acier dur mais léger des elfes ne semblait en rien le ralentir. Le vent s'engouffrait dans son heaume et sifflait fort dans ses oreilles. Les premiers démons ne tardèrent pas à s'interposer sur sa route. Il les évita aisément, profitant de la vitesse de sa monture pour les contourner, mais plus il se rapprochait du temple, plus la horde se densifiait. Sur la colline, Malékith n'avait d'yeux que pour le combat qui se déroulait. Le démon le plus massif chargea Idraugnir. Le dragon put intercepter le bras massif de son adversaire, empêchant la hache de le fendre. L'impact brutal désarçonna Aernarion. Le dragon tenta d'amortir la chute de l'elfe en glissant sous lui l'une de ses ailes. Il enroula ensuite sa queue autour du démon, le privant de tout mouvement.

Les ruines finirent par bloquer le champ de vision de Malékith. Au niveau du sol, les démons se pressaient à sa rencontre. L'un d'eux abattit sa hallebarde sur le crâne du palefrois, tandis qu'un autre tirait l'elfe par l'épaule. Ce dernier eut tout juste le temps de voir que deux autres lieutenant des ténèbres venaient d'atteindre le temple. L'un était svelte et pourvu de multiples bras et princes sensuelles. L'autre était muni d'ailes aux reflets flamboyants. Il disposait en outre d'un bec de rapace. Le Roi Sorcier roula dans la poussière avant d'éviter de justesse un coup vicieux qui le visait à hauteur de crâne. Il rassembla son pouvoir et invoqua une onde de choc qui écarta de son chemin les démons qui l'encerclaient, puis il dégaina son épée. La lame n'était sertie que d'un seul joyau en son centre, mais sa facture était exceptionnelle. Les forgerons d'un âge oublié l'avaient conçu pour être à la fois maniable et puissante, ce que Malékith ne tarda pas à vérifier. Il profita de l'étourdissement de ses assaillants pour abattre son sabre à loisir. Du sang frais vint tâcher sa tunique au blanc pur et après seulement quelques passes d'armes, il sentit l'épuisement le gagner peu à peu. Malgré la légerté et la souplesse de son armure, il ne pourrait survivre longtemps en tenant ce rythme effréné. Les millénaires engoncés dans son armure lui avaient fait oublier sa condition première. En ce temps, Malékith n'était qu'un mortel parmi d'autres et ses pouvoirs s'en trouvaient limités. D'autres démons se jetèrent brusquement sur lui en beuglant. Le Prince abattit sa lame une fois encore dans la perspective de se replier au sein des ruines.

Dans son dos, Aenarion livrait un combat acharné. Le démon majeur de Khorne venait de se dégager de l'étreinte et à l'instant ou il saisit sa hache pour l'abattre sur le cou nu du dragon, Aenarion lui perça le talon de sa lame. Le démon gémit de douleur et s'affaissa au sol, ce qui permit à Idraugnir de reprendre le dessus. Ce dernier lacéra le démon ensanglanté. Durant ces quelques secondes, le Héraut de Slaanesh se glissa dans le dos du Roi et l'envoya rouler au sol d'un coup de poing vicieux. L'armure de l'elfe amortit l'impact, mais plusieurs de ses côtes se brisèrent. Anticipant l'heure de son triomphe, le Duc du changement inonda de flammes le corps recroquevillé. Il s'imagina que le feu le dévorerait, mais oublia que pour devenir Roi, l'elfe avait déjà enduré l'épreuve d'Asurian, la plus haute divinité du panthéon elfique. Les flammes ne pouvaient plus rien contre lui. Aenarion s'extirpa du halo flamboyant, avant de se jeter sur le lanceur de sort. Le démon tenta d'amorcer un geste de recul, mais l'elfe fut plus rapide et d'un geste sec, il trancha la tête du démon. Ce dernier émit un gargouillement infâme, tandis que le sang noir se répandait sur les pierres du temple. Les ailes du démon s'affaissèrent sur lui-même, et son cou serpentin s'agita quelques secondes avant de cesser à jamais tout mouvement.
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Royaume du Chaos, les péripéties du Prince déchu   

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